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Ont
également
participé à
cette
journée,
Christophe
Baticle,
Stephen
Bouquin, Alain
Maillard,
Les temps sociaux sont-ils
compatibles avec les temps
historiques ?
Anne-Sandrine
Castelot,
Quels
cheminements du chercheur sur
l’expérience des « cadres »
et « encadrés »
dans les cadres flottants du
travail salarié et de la
syndicalisation ?
Olivier Lazzarotti était excusé
contribuerait à une Edition
papier éditée par Habiter-PIPS pour le texte,
"C'est moi que je peins..." Pour
un lieu d'ANTIRECHERCHES et
d'EGOSCCIENCES.
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Variations
anthropologiques
Par
Joëlle-Andrée Deniot
Professeur de sociologie à
l'Université
de Nantes
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« Ce
monde est sans accueil
[…]
Toute œuvre véritable,
comme tout individu
véritable,
est d’abord un ce qui
n’est pas […]
Il n’y a aucune science
possible, critique
possible, volonté
possible
pour ce qui n’est pas.
Aucune étoile ne
guidant, il faut suivre
fermement l’étoile
absente du langage… »
Rhétorique spéculative,
Pascal Quignard
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Variations…
prises au sens musical de ces
transformations modales,
tonales, rythmiques ou
mélodiques laissant toujours
entendre le thème original.
Placer cette ébauche réflexive
d’une dynamique de recherche
sous cette image offre un
avantage et un risque ;
l’avantage de correspondre à une
forte intuition dont je connais
les plus évidents contours ; le
risque de m’affronter aussi à
une intuition fluide,
multiforme, complexe dont je
n’ai jamais vraiment explicitée
les voies de secrète cohérence.
Cohérence de plus toujours
renaissante, recrée au fil du
moment où l’on parle. En effet,
tel Jean Luc Godard affirmant
qu’il est impossible d’expliquer
pourquoi on fait un film plutôt
qu’un autre puisque son
inflexion dépend des livres, des
événements, des références qui
vous entourent au moment de sa
fabrication, tout me porte à
penser qu’il en va de même
lorsque l’on cherche à ressaisir
son parcours intellectuel. Un
motif central se dessine. Et la
circonstance y joue un rôle égal
voire supérieur à celui de la
raison.
Ceci n’est pas …
Cette note initiale sur la
variation mène d’ailleurs à une
première question. En effet, je
titre
variations
anthropologiques et
non sociologiques…
pourquoi ce glissement de terme,
alors que c’est bien sous le
sceau institutionnel de la
sociologie, que ma formation fut
sanctionnée, mes recherches
effectuées, éditées et que c’est
bien dans le dispositif
universitaire de sa transmission
que j’effectue depuis longtemps
déjà mon professorat ?
Cette dissidence langagière
désigne un malaise : le constat
peu confortable, j’insiste, que
se dire sociologue actuellement,
c’est se penser, c’est concevoir
ses objets du point de vue d’un
savoir déjà achevé. Dans cette
science qui semble désormais
déjà close dans l’évidence de
ses indicateurs, repliée sur la
palette de ses paradigmes
adjugés, sur la prévision,
saturation de ses chaînes
causales, dans sa foi en une
rationalité transparente … que
faire ? On peut hésiter entre
scolastique - si l’on recherche
une plus grande visibilité - ou
technicité pure du méthodisme,
si l’on se contente d’une place
plus modeste… ou bien encore,
faire un pas de côté.
L’anthropologique
ici nommé est bien sûr pris
comme large catégorie d’approche
du social et non comme référence
à une tradition instituée.
L’anthropologique ici nommé
renvoie d’abord à cette
possibilité d’une indiscipline,
d’une liberté prise par rapport
à l’enfermement/achèvement
disciplinaire de l’art
officiel de la sociologie. Mais
je fais là aussi un usage
hétérodoxe du concept
d’anthropologie dont je n’ai pas
la formation patentée. L’écart
est donc double ! Pourtant que
signifie dans mes travaux cet
emprunt braconnier à la visée
- osons dire en paraphrasant
Charles Wright Mills - à
l’imagination
anthropologique ? Pour le
résumer brièvement, je
soulignerai que cela veut dire :
- Suivre dans l’appréhension de
tout objet, la dimension de la
longue durée ;
ceci revenant à postuler que
tout phénomène social contient
l’ombre portée d’un dogme
civilisationnel (Pierre
Legendre) en réactivation, en
gestation ou en destruction.
- Mobiliser pour toute culture,
celle du geste (pour les métiers
ouvriers, pour l’art scénique du
chant), celle de l’image (pour
le décor domestique populaire),
celle de l’esthétique circulant
au quotidien, celle du roman de
soi (celui d’un je, celui
d’un nous que chaque
informateur livre en toute
situation d’entretien) toutes
les formalisations et espaces
métaphoriques possibles. Je veux
dire aussi bien ceux de la
philosophie que ceux de la
psychanalyse, que ceux de la
littérature, que ceux de la
linguistique que ceux de
l’ethnologie bien sûr … et même
ceux de la sociologie (!) mais
je désigne d’abord là les voies,
les croisures d’ordinaire
barrées ou du moins peu
recommandées. Pourquoi ? Sans
doute parce que tout élément de
culture et donc de société
convoque virtuellement tout le
tissage des productions
symboliques dont il émane et où
il fait sens dans une
association impensée d’échos.
Pourquoi ? Parce que pour toute
pratique nous avons finalement
toujours affaire à ses
palimpsestes infiniment cachés,
pour tout thème à des
anthropoï d’inépuisable
opacité.
- Ouvrir l’épistémé d’un
mélange des genres
qui situe bien évidemment votre
ambition et vos ouvrages en
position d’outsider, non
pas solitaire, bien au contraire
finalement, mais se heurtant un
peu, beaucoup passionnément à
l’hostilité réservée à
l’inclassable ; ou se heurtant
tout simplement à
l’inhospitalité normale de
réaction face à ce qui ne se
fait pas.
Au-delà des parentés totémiques
Certes je n’ai pas débuté la
sociologie dans le doute mais
bien plutôt dans le ravissement.
Menant parallèlement études
philosophiques et études
sociologiques à l’Université de
Nantes, j’optai finalement pour
un troisième cycle de sociologie
dans un département à forte
identification marxiste et à
intense programmation de travaux
autour de la classe ouvrière,
syntagme qui, dans le milieu
ambiant des années 70, semblait
encore, si ce n’est aller de
soi, du moins tenir la route
pour interroger lucidement les
mouvements d’un monde toujours
ancré dans les représentations
des trente glorieuses. En effet,
si j’utilise dans ce moment de
ma réflexion cette notion de
« parentés totémiques », c’est
évidemment pour désigner une
filiation à laquelle je me suis
longtemps identifiée. Mais c’est
pour signifier également
qu’alors que mes deux
principales recherches jusque
dans les années 80 - une usine,
phare de la métallurgie nantaise
d’abord, le décor domestique des
familles ouvrières ensuite -
semblent bien étrangères l’une à
l’autre, elles sont pourtant
sœurs.
Car elles sont a priori liées
par le désir simplificateur de
la puissance tutélaire du lieu,
à savoir Michel Verret qui eut
pour ambition rationnelle -
irrationnelle de tout embrasser
des mondes ouvriers sur une
totalité de pratiques dans une
combinatoire d’échelles la plus
large possible. Deux objets bien
éloignés en apparence donc mais
amarrés à un même totem ; charge
sera à moi de me détacher de
cette volonté théorique et
politique d’unification des
« accidents de la substance » ;
charge m’incombera de laisser
pousser les herbes folles du
réel entre les pavés du concept.
Voilà qui fait d’emblée
réfléchir à l’inévitable
arbitraire des cadres de toute
initiation ; toutefois puisqu’il
faut bien admettre la nécessité
et la part de vérité de toute
convention formatrice, telles
furent les miennes.
J’entrai donc dans la recherche
en sciences sociales par le
chemin d’une véritable
monographie d’entreprise dont je
ne trouvais finalement que très
peu d’exemples déjà réalisés
dans la sociologie française des
années 80. Il n’y en eut
d’ailleurs pas davantage par la
suite…
Ce fut l’expérience de groupes
ouvriers réels
en situations hétérogènes de
travail, en identifications
inégales par rapport aux
conflits, aux organisations
syndicales en place, par rapport
à l’épopée combative, par
rapport à cette mémoire sublimée
du lieu et de ses collectifs. Il
est vrai que cet établissement
intégrant unité de production et
unité d’habitation, était une
exception notable dans
l’industrialisation de l’Ouest
français. Cette singularité
régionale de cité ouvrière,
densifiant les contrôles
patronaux, mais aussi les
sociabilités et les solidarités
réactives en constitua donc le
mythe fondateur, perpétuant
au-dedans et au dehors, cette
image d’un ethos de classe sans
faille avec laquelle chacun
devait plus ou moins s’arranger
et cela à l’heure même de mon
enquête tandis que
disparaissaient les dernières
maisons en bois de l’enclos
batignollais …
Outre la nécessité où j’étais
confrontée, d’une formalisation
inductive pour saisir cette
différenciation multiforme,
m’éloignant déjà de l’emprise
des modèles rationnellement
étanches, quelles sont les plus
insistantes empreintes
réflexives laissées par cette
étape de recherches qui, de la
maîtrise à la thèse jusqu’à la
rédaction d’articles et d’un
livre, s’est échelonné sur
environ six années ?
J’insisterai sur trois points :
le faire valoir ouvrier des
qualifications, la lecture
ouvrière d’un travail de
sociologue, l’irruption de la
pensée figurale (Yves Bonnefoy)
dans la connaissance.
- Le faire valoir ouvrier des
qualifications
La trace la plus active de cette
enquête sera bien mon approche
des savoir-faire ouvriers et
plus encore celle des modalités
de leur verbalisation, ce qui au
passage, m’incite à déplorer les
basculements d’une sociologie du
travail intégrant toute les
complexités savantes,
bricoleuses, éthiques,
esthétiques du métier vers une
sociologie désincarnée de
l’emploi. Mais chance d’époque,
lors de mes investigations de
terrain, l’emploi n’avait pas
supplanté la concrétude des
métiers. C’est donc plutôt en
phase avec l’air du temps
disciplinaire que j’entrepris
in situ cette étude des
savoirs producteurs
métallurgistes.
Le plus frappant - outre le
descriptif très riche des
habiletés - réside sans doute
dans le fait que chacun …
chaudronnier, soudeur,
machiniste, ajusteur, outilleur
ou traceur s’employa à me parler
de son métier sous sa valeur
fondamentale d’indépendance.
Machinistes et soudeurs se
considérant plus autonomes que
les chaudronniers ; les
ajusteurs, les traceurs vantant
leur liberté suprême dans le
procès de production ; les
chaudronniers de l’établissement
se trouvant plus libres que
leurs collègues intérimaires qui
eux-mêmes, affirmaient détenir
la palme de l’indépendance.
Cette récurrence inattendue au
regard des propos
sociologiquement convenus sur
les postes d’exécution des
productifs, m’interrogea et
m’interroge encore : était-ce là
(en deçà de leur récit d’une
indéniable expérience, bien sûr)
paroles d’hommes en rivalité
mimétique ? Ligne de conduite
adoptée face à une femme les
interviewant ? Est-ce un trait
défensif né du sein même de
l’usine ? Ou bien un modèle de
conduite enracinée dans les
écosystèmes domestiques
matériels et idéels de ces
familles de l’Ouest (Emmanuel
Todd, Jacky Réault) ?
Quelle que soit la perspective
adoptée - aucune ne s’excluant
d’ailleurs - de l’OS au jeune
entrant avec BTS en poche,
interrogé quelques années plus
tard, ni les uns ni les autres
ne se posaient en objets
victimaires ; voire même si l’on
suit cette déclaration modulable
mais transversale d’indépendance,
ils se posaient bien
davantage en sujets qu’en
assujettis.
S’il en allait ainsi c’est aussi
que cette parole sur les gestes
moteurs et mentaux du métier en
acte n’était évidemment que
faiblement socialisée que ce
soit dans les échanges
quotidiens ou bien dans
l’argumentaire syndicale.
Elle échappait donc en large
part au prisme du conformisme
des représentations fédérant
l’unité de tout groupe. Cette
échappée relative - dont je ne
prends ici qu’un indice - avait
pour mérite de mettre en lumière
des faire valoir de la
qualification résonnant comme
tactiques, ruses d’appropriation
proches de ce que Michel de
Certeau note comme le plus vif
des cultures populaires,
voire même des modalités
ordinaires de la culture. Cette
échappée plus individuée de la
représentation eut donc pour
avantage de me décentrer de la
stricte logique classiste
et de me rendre déjà plus
sensible à la dimension
populaire - cette notion si
problématique - de la culture
ouvrière, alors que c’est plutôt
l’inverse qui fit et fait encore
règle.
Mais toute pensée étant toujours
en tension entre deux pôles
contradictoires …
Cette usine vue selon le spectre
de cette économie d’indépendance
hiérarchisée, ainsi découverte
au fil d’énonciations moins
durablement et moins intensément
circonscrites par un discours
collectif … tous ces éléments
m’ont également blindé contre
toute pente d’embaumement des
ouvriers dans un en - deçà du
statut de classe,
autrement dit dans la relégation
domestiquée d’une ainsi nommée
« condition ouvrière » ;
syntagme anachronique se
déployant entre bonne conscience
et stigmatisation de fait, que
l’on vit refleurir, sous des
plumes illustres, quand la
classe ouvrière comme réalité
historique s’effaçait et que son
concept ne risquait plus de
mordre !
- La lecture ouvrière
A l’opposé de cette
expérience, ce qui a clos cette
étape de recherche, le débat
ouvert autour du livre sorti à
propos de cette monographie.
De la discussion où les
représentants syndicaux furent
les interlocuteurs quasi
exclusifs, je garde un certain
malaise. Au delà des compliments
de courtoisie, je vis se
dessiner un lectorat d’abord
tourné vers les informations
qu’ils jugeaient les plus
efficaces pour leurs actions :
descriptifs de « climat », de
composition sociale d’atelier,
de réception différenciée des
initiatives militantes. Normal.
Mais l’inquiétude vint
d’ailleurs, bien sûr. Écartant
d’un geste bref toutes les
paroles vives sur les métiers et
même celles sur les solidarités
spontanées de postes, seuls les
portraits, les récits
susceptibles de renvoyer une
mémoire -miroir de « l’âme
éternelle » des Batignolles,
mobilisaient chez eux attention
et passion.
Au printemps dernier, on me
demanda pour un film pour partie
financé par la mairie… de
dresser le même tableau figé
dans son écrin légendaire
politiquement officialisé en
somme !
Autrement dit ce qui était
implicitement demandé à
l’ethnologue, au sociologue
c’était donc d’assurer une
fonction instruite,
compréhensive de relais
idéologique. La sociologie
n’était-elle que cet entre -
deux du savoir, hésitant entre
utopie heuristique et réalisme
de l’instrumentation partisane ?
Quelle ne fut pas ma surprise de
constater quelque dizaine
d’années plus tard, que ce que
je considérais et considère
toujours comme un risque de la
raison, était désormais devenu
norme d’excellente bienpensance
disciplinaire. J’écrivis dans
l’étonnement sceptique et dans
la foulée de ce constat A so
small world : inter-dit
sociologique et idéologie de la
mondialisation
prenant pour cadre de cette
communication le colloque du
Lestamp de Décembre 2004 sur
Les sociétés de la
mondialisation organisé par
Jacky Réault,
Joëlle
Deniot et
Bruno Lefebvre.
- L’irruption de la pensée
figurale
Yves Bonnefoy dans son analyse
de Goya et de ses peintures
dites « noires »,
distingue pensée verbale et
pensée figurale. Par pensée
figurale, il tente de cerner un
mode d’intelligence de la
réalité, au plus près de
l’expérience sensorielle,
sensible se manifestant sous
forme d’images que celles-ci
soient visuelles ou bien
qu’elles soient langagières. La
pensée figurale c’est ce laisser
passer de l’intuition d’un
essentiel que l’on peut peindre,
que l’on peut graver sur la
pierre, couler dans le bronze ou
bien alors tailler dans le
poème, faire seulement surgir
dans la langue.
Ce qui est ici suggéré ressemble
à la thématique du rêveur
éveillé de Gaston Bachelard, ce
philosophe qui sut si bien
installer sa réflexivité dans
une belle dialectique entre
régime diurne - cet enchaînement
serré, logique des concepts - et
régime nocturne - cette
associativité fluide des
métaphores - au sein de l’acte
discursif.
J’évoque Gaston Bachelard car
c’est par son intermédiaire, par
ses travaux sur l’imagination de
la matière que je suis parvenue
à entrer dans une approche
compréhensive - voire même
intime - de la qualification
ouvrière. Aussi surprenant que
cela soit, c’est grâce à la
poétique de La terre
et des rêveries de la volonté
en particulier que j’ai commencé
à entrevoir ce que je pouvais
enquêter et interpréter des
gestes métallurgistes. Au départ
de cet écart anthropologique
singulier dont je parlais en
introduction - écart dont je
suivrai le cours - il y eut donc
une curieuse confluence de deux
sources fondatrices
d’intelligibilité.
D’un côté, il y eut Marx, pour
le concept de coopération et
l’inscription du travail ouvrier
au sein de rapports sociaux
antagonistes. D’un autre côté,
il y eut Bachelard pour penser
la dimension œuvrière du
savoir faire producteur. Entre
ouvrier et oeuvrier… quelque
chose était en train de
s’entrelacer, de germer du sein
même de cette monographie
d’usine.
Des fissures et des fils
Le décor ouvrier, c’est ainsi
que ma thèse d’État fut
intitulée dans la programmation
du Lersco. Tout de l’ouvrier :
l’en soi, le pour soi et … le
chez soi (formule de
Bachelard)
devait être capté sous l’optique
du rapport de classe. Mais un
questionnement me taraudait :
par quel miracle l’ouvrier,
sorti de sa situation usinière,
restait-il un ouvrier ?
Pourquoi une fois quitté son
« bleu de travail », n’allait-il
pas comme toute personne,
partiellement du moins, s’évader
de cette contrainte
d’appartenance et de rôle pour
devenir un père, un frère, un
amant, un promeneur… autrement
dit un sujet multiple à facettes
a priori inconnues.
Ce qui était posé ce n’était
plus l’éventualité d’une chaîne
causale linéaire entre
l’empreinte usinière et le décor
domestique de stylisation
nécessairement ouvrière mais au
mieux la superposition de
strates de déterminations à
temporalités et niveaux décalés
où se jouaient des cultures de
couple (mariant ouvriers et
employées), des cultures
d’enracinement (plutôt
rattachées à celles des ruraux
de l’ouest), des mimétismes de
vicinalité (à base sociale
hétérogène), des souvenirs de
lignée, des signes d’idéaux de
soi … dont l’enveloppe
matérielle de l’appartement, de
la maison allait tacitement
permettre de suivre le tracé.
En conséquence, je poserai avant
toute définition trois postulats
se démarquant de ce qui est
écrit ou doit s’écrire sur le
goût des classes zoologisées
comme « dominées » :
- 1°) Il n’ y a pas d’esthétique
de la nécessité
- 2°) Le chez soi des ménages
ouvriers n’est pas le lieu
-prétexte d’une esthétique
ouvrière mais l’espace où par
touches individuées, se retrouve
le puzzle d’esthétiques
populaires segmentés en divers
sous-systèmes symboliques.
- 3°) Il ne s’agit pas de décor
ouvrier mais plutôt d’un bel
ordinaire, titre que je donnais
d’ailleurs au livre issu de
cette nouvelle enquête
échelonnée sur huit années
environ.
Pour préciser davantage comment
cette recherche a finalement
déplacer les lignes de mon
itinéraire intellectuel et de
ses impulsions de départ,
j’aborderai trois points :
-
quelques remarques sur
l’esthétique populaire
-
la notion d’inspace
-
la notion d’iconotexte
- Remarques sur l’esthétique
populaire
Esthétique… ce principe de
l’émotion passive, active devant
l’embellie. Le chez soi -
sur ces diverses modalités
juridiques de jouissance - est
bien dans les ménages ouvriers
comme dans beaucoup d’autres, ce
lieu privilégié de la mise en
scène de ses modes, parcours,
normes, maîtrise et rêves de
vie. Toutefois contrairement à
ce qu’une vision hâtive pourrait
supposer ou même contrairement à
ce que nous savons de la
centralité de la figure
maternelle dans les ménages
ouvriers (Richard Hoggart,
Olivier Schwartz, Elisabeth
Lisse),
le décor est dans l’habitat,
affaire d’hommes et de femmes,
affaire de « producteurs
associés » ; certes plutôt
respectueuse d’une division
traditionnelle des tâches
(bricolage léger / bricolage
lourd ; jardin d’extérieur/
plantes d’appartement ; pose des
tapisseries/ pose des voilages ;
fabrications de napperons, de
canevas/ fabrications de puzzle,
de maquettes) mais mobilisant
tous les temps, forces,
expressivités disponibles ;
voire même ceux de l’ascendance,
de la fratrie ou des collatéraux
dans les phases rudes de
l’aménagement.
Nées d’une coopération acharnée
d’investissements,
la résultante et la dynamique de
ce paysage privé (dont le primat
est ici plus qu’ailleurs
peut-être, fortement affirmé)
entrent bien dans cette zone
d’incertitude d’une esthétique
populaire, c'est-à-dire tout à
la fois partagée et multiforme,
puisqu’ ayant spontanément mis à
l’œuvre diverse routines,
sensibilités, gestes, regards,
héritages sacrés de minutie,
d’harmonie ou d’objets.
Il s’agit par cet objet non
seulement de glisser sans
hésitation de l’ouvrier au
populaire, mais aussi de
délaisser le syntagme de
« classes populaires » au profit
de celui plus adapté de « milieu
populaire », même si « milieu »
garde encore la trace d’une trop
grande homogénéité et le
souligné trop exclusif, trop
mécanique d’une topique
d’appartenance.
D’autre part, angle des
pratiques fabricatrices, angle
des espaces d’accueil, des
espaces plus privés, angles des
maximes et proverbes affichés,
angle des objets-cadeaux, des
emblématiques de voyages, angle
de l’auto- symbolisation
photographique, angles des
mondes végétaux, des
enveloppements textiles, des
images, des motifs… chacun de
ces prismes nous conduit vers
des textures du populaire à
géométrie et à temporalité
variable. Loin de la grammaire
unifiante de l’ethos de classe,
ce réel nous renvoie à une
fragmentation des logiques de
références, d’emprunts,
d’invention ; il nous renvoie à
une combinaison mobile de
sédimentations culturelles, à
des expériences également plus
lointaines, des expériences
ancestrales, oubliées de ce
commun stratifié d’où sourd
notre histoire et que désigne
la catégorie aussi ambiguë que
profonde du populaire.
-
Inspace
Le terme de ce critique d’art
anglais me semble très
exactement nommer ce qui fut
l’une des pistes les fécondes de
ma recherche sur le décor, à
savoir la résonance de ces
objets privés et de leur
emplacements invitant au-delà de
leur paysage matériel, à des
voyages au plus près de leurs
significations les plus
intériorisés. Comment passer de
l’objet décor au sujet décorant
? Les travaux consacrés aux
ouvriers ne me furent pas d’une
grande aide pour ce renversement
de problématique. Il faut dire
que le décor et l’ensemble des
gestes qu’il suppose est en soi
une culture silencieuse. Il
appelle l’image plus que la
parole.
Pourtant là encore ce sont trois
travaux extérieurs à la
sociologie et à l’ethnologie qui
vont me permettre de mieux
regarder ces espaces et de mieux
questionner mes interlocuteurs.
Ce sont les travaux de Gérard
Genette sur la relation
esthétique, les travaux du
psychanalyste Didier Anzieu sur
le moi-peau et les enveloppes
psychiques et plus encore les
travaux de Patrice Hugues,
plasticien, historien,
anthropologue du tissu qui vont
m’assurer cette réorientation.
Je vais pouvoir grâce à cette
stimulation d’une sémiologie
plus universelle, aller à la
cueillette de propos non
seulement biographiques et donc
individués sur cet espace -
signe, mais encore me tourner
vers des récits d’intime
proximité ressentie pour
quelques objets - phares
fonctionnant comme de véritables
analogon de la personne.
Sur ce fil d’une grande
subjectivation de l’objet, je
tenterai d’entrevoir quel
symbole d’arrière plan se cache
derrière le symbole montré.
- Iconotexte
Ce
concept forgé par l’artiste
Michael Nerlich
cherche à indiquer un champ de
réflexions sur le rapport texte
et image photographique. En
effet, cette recherche ne mit
face à l’obligation de
travailler constamment avec
l’image, cette archive sensible
dont les sociologues et même les
ethnologues se méfient toujours
un peu. Or avec l’image sur les
différents registres des données
existantes et surtout de la
constitution de données – témoin
et mémoire, de la constitution
d’un corpus sélectif, de relais
d’interaction dans l’enquête
mais aussi de support
heuristique que j’ai travaillé
intensément tout au long de
cette enquête (1000 clichés
environ, plusieurs visites pour
70 ménages). Dans
l’investigation et dans la
restitution d’un texte faisant
circuler le sens entre le verbe
et l’iconographie.
Tout ce jeu de déplacement
posant avec de plus en plus
d’acuité la question de quelle
écriture en sciences sociales ?
Suite réflexive : le défi
sémantique
Ce maniement d’images, cette
approche des esthétiques
ordinaires m’amenèrent vers
d’autres glissements d’intérêts
dont le travail de latence
demanderait des parenthèses et
détours qu’il n’est pas de mise
de développer ici. Je dirai
simplement que d’enquêtes en
enquêtes, d’observations en
rencontres et interviews
s’imposa à moi la déception
réitérée d’une perte. La perte
de ce qui sur le vif du terrain,
m’était apparue comme la forme
la plus éruptive de la présence
de mes interlocuteurs, à savoir
leur voix ; cet élément péri
-linguistique qui disait tant de
la personne, de la situation, de
l’interaction, des sous-entendus
biographiques mais dont le
souvenir était bien fragile ; ce
geste qui intuitivement livrait
beaucoup mais dont la
restitution, voire même
l’évocation en pointillé
semblait hors de portée du
dicible, de la saisie raisonnée
des sciences sociales.
Il eut donc un assez prenant
moment de bascule où je me suis
orientée ver un maximum
d’approches existantes sur la
vocalité (Phonologie,
Psychanalyse, Philosophie,
Esthétique, Anthropologie,
Histoire de l’art,
Musicothérapie, Linguistique,
Sociolinguistique, Sciences du
langage, Musicologie,
Littérature). Symptôme de mon
lien persistant à mes objets de
recherche initiaux et devenus
identifiants, j’ambitionnai un
premier chantier sur les parlers
ouvriers.
Déroutée par l’ampleur de la
tache et surtout gagnée par la
conviction grandissante qu’on ne
pouvait avec ce type de sujet,
procéder par découpage
d’indexation sociale a priori,
je me tournai assez vite vers un
autre objet de recherche, vers
un autre déroulé de la parole
signifiante
où la voix est au centre de
l’écoute, à savoir vers le chant
et plus précisément encore, vers
ce chant commun qu’est la
chanson.
Depuis treize ans désormais, sur
un corpus de chansons dites
réalistes dont il s’agit,
au-delà de l’étiquetage de
rechercher l’histoire, la genèse
dans les formes de l’expression
populaire afin d’en envisager
d’éventuelles filiations
contemporaines, je me concentre
sur la compréhension de
l’icônisation de certaines
grandes voix féminines de la
scène française. Voix de femmes,
pourquoi ? Parce que ces
dernières nous mettent sur la
longue durée, au cœur de l’Eros
fascinant de la présence vocale.
Cette affirmation réfutable
demanderait bien sûr d’amples
débats (je la livre là à l’état
brut !). Parce que plus
prosaïquement, cette fois, elles
furent les premières dans
l’histoire scénique de la
chanson à l’amplifier
émotionnellement d’une intense
dramaturgie interprétative,
vocale et visuelle. C’est cette
lignée d’une esthétique du
destin, cette histoire baroque
du désir, de l’amour et des
larmes s’adressant à tout un
peuple que je me suis employée à
suivre via la théâtralité et
l’authenticité de ces chants qui
nous parle de culture du
sentiment, de civilisation des
émois, de tensions
historiquement variables entre
retenue et effusion, de société,
de socialité jusque dans ces
voisements de la mélodie, des
mots et du geste.
C’est ainsi qu’après avoir
travaillé sur dix ans environ
sur des figures emblématiques
comme celles d’Yvette Guilbert,
de Fréhel, de Berthe Sylva, de
Damia, d’Yvonne George,
de Lys Gauty, de Marianne
Oswald… sans oublier l’arrière
plan sans tête d’affiche, d’une
chanson populaire de métiers et
de pays, je me suis dans mon
dernier ouvrage terminé au début
de l’automne 2008,
concentrée sur celle que je
n’avais pas pu manquer dans mon
tour d’horizon, sur celle dont
le mythe reste, chose inouïe,
encore passionnément vivant dans
ce début de siècle, à savoir
Edith Piaf.
Près d’un demi siècle après sa
disparition, hors propos des
ambiances musicales actuelles,
on l’imite, on la re-présente.
Des plus pâles reprises aux plus
troublantes compositions, il
existe autour d’elle comme une
invraisemblable frénésie de
réappropriations. S’abreuvant à
son mystère, des comédiens et
des chanteurs cherchent à
capter son identité, à s’emparer
de ce visage, de cette histoire,
de ce timbre, incarnant toujours
l’idéal d’une voix à dimension
presque oraculaire.
Le cœur de l’ouvrage est
consacré à la stylisation du
personnage et de la personne
d’Edith Piaf, à l’avènement de
son iconicité. Il s’agit de
saisir les langages
scéniques (systèmes
symboliques verbaux et non
verbaux) véhiculés par les
prestations de l’artiste. Cette
étude conjuguée du visage, des
postures, des chorégraphies, du
corps, de l’espace de cette voix
chantée prend pour appui
empirique un tissage de
matériaux sonores et iconiques :
affiches, photographies,
scénographies d’expositions,
extraits audio-visuels de
concerts et de chansons.
A travers notamment le montage
de séquences détaillées de
chansons célèbres et moins
célèbres de ce répertoire, il
s’agit d’aller au plus près de
la grammaire de ces gestes
vocaux pris du sein même de
l’art interprétatif qui s’y
manifeste, comme outils de
lecture sensible d’une culture
des affects, d’une modélisation
des sentiments, d’une manière de
signifier l’indicible ... à
moment donné de l’histoire
sociétale. Une fois bien cernée
cette calligraphie de la voix de
Piaf, j’en confronte l’identité
à celle d’autres grandes
interprètes de la chanson
française : encore Damia, mais
aussi Barbara, Juliette Gréco,
Catherine Ribeiro. Car une fois
estimées les différences
sémantiques, les métamorphoses
musicales, on peut se demander
si nous n’avons pas aussi
affaire à un même élan, à une
même poétique féminine du geste
tragique poursuivant son
histoire.
Ce travail fait et la
confrontation menée durant toute
l’aventure de cette recherche
face aux différentes figures de
l’indicible : Comment dire la
voix ? Comment dire le visage ?
Comment dire le geste ? Je ne
sais si je suis parvenue à poser
quelques balises sur les chemins
d’indépassables secrets. Je sais
seulement que cette traversée de
l’écoute et de l’image de la
voix des chansons m’a conduite
vers des expérimentations
inédites de saisie de l’objet à
traiter, vers une expérience
phénoménologique de la réception
qui chahute le tabou de
l’objectivation, vers la
réitération ethnologique de
cette réflexivité emphatique
sujet/objet comme partie
prenante du savoir se
constituant,
vers la revendication délibérée
d’une écriture nourrie du savoir
des lettres et des humanités
…en bref, vers la nécessité
hétérodoxe d’une autre
sociologie de l’art.
Autre
sociologie que je
consentirai volontiers à nommer
sémiologie, au sens de Ferdinand
de Saussure qui subsumait sous
cette notion -vision l’étude
de la vie des signes dans la
vie sociale en accordant
d’ailleurs aux gestes et aux
rituels quotidiens, une place
essentielle dans ce champ de
savoir imaginé. Mais sans doute
ce jeu d’étiquettes
déboucherait-il sur d’autres
querelles terminologiques et
surtout il ne parviendrait pas à
calmer les gardiens de la
Discipline. En conséquence, je
persisterai à qualifier cette
recherche
d’anthropologique. Plus
précisément, je la désigne par
un nouveau syntagme, comme
Anthropographie esthétique
appliquée.
Cette étape achevée (sans
délaisser l’analyse des grands
mythes populaires de la
chanson), au titre des projets,
il me faut travailler à un
niveau plus théorique sur
l’axiomatique de cette
anthropologie esthétique mise en
œuvre, il s’agit de mon horizon
le plus proche d’écriture. Et
parallèlement, je commence un
chantier sur l’anthropologie
latente de quelques grands
écrivains et/ou essayistes
vivants contemporains.
Joëlle
Deniot, 5 02
09
« Voir
une image,
c’est saisir le vestige d’un
passage,
trouver
dans cette
trace la
place du
spectateur
que nous
devenons. »
In
Qu’est-ce que voir une image ?
Marie Josée Mondzain, 2008
Rattaché au sens premier de
techné qui dit savoir-faire
et puis savoir y faire aussi…
Dans
sa communication Alain Maillard
soulignera la distinction entre
temps historiques et temps
sociaux
Approche
complémentariste ainsi nommée
par Georges Devereux
ethnopsychiatre et dont la
question est fondamentalement
abordée par Yves Gérin lors de
cette journée d’études de
l’axeIII sociabilités et
légitimations : approches
sociologiques de l’EA 4287
Habiter-PIPS.
Bien
rares sont en effet les études
sociologiques qui vont enquêter
les ouvriers là où simplement,
ils occupent leurs fonctions et
où l’usage de la catégorie n’a
donc pas a priori à se dilater
idéologiquement.
Lors
des échanges Gérard Déhier
souligne avec ironie et un
certain désabusement, ce
contraste entre ouvriers
théoriques et ouvriers réels
Elisabeth
Lisse sur son propre terrain,
celui d’une cité à image
fortement désymbolisée, retrouve
en 2000-2006, un phénomène
semblable de mythe positif
unifiant posant les bases d’une
identité collective
réactive.
Jacky
Réault, Ouvriers de l’Ouest, in
A.T.P. CNRS, L’Ouest
bouge-t-il ? Son changement
social et culturel depuis trente
ans, Vivant Editeur, Nantes,
1983. Formes de vie ouvrières
et écosystèmes sociaux de
reproduction. Cahier
Lersco CNRS- Université de
Nantes.1989
[ Dans
le débat de cette journée,
Pierre Cam insistera sur le
cadrage juridique de la
qualification, autre
vecteur-clef de cette vive
conscience d’indépendance.
Anne-
Sandrine Castelot expose
comment a contrario de la
littérature existante, elle
s’attache à saisir l’impact
intime de l’engagement syndical,
pour les personnels de
l’encadrement, cette fois.
Cultures
autrement abordées par Sébastien
Peyrat, à propos des jeunes gens
issus de l’immigration et sur le
thème des conflits entre justice
et droit.
Cet
en deçà désigne ici pour
moi le déni de toute virtualité
de fondation même datée, même
passée de ces personnes et
collectifs salariés en sujets de
l’histoire. Manière de croiser
au fil des débats, cette
proposition avec l’accentuation
émise par Stephen Bouquin sur le
double refus et d’un optimisme
et d’un misérabilisme du regard
dans l’appréhension des mondes
du travail.
Joëlle
Deniot,
Usine et coopération,
Métiers, syndicalisations,
conflits aux Batignolles,
éditions Anthropos, Paris, 1983
13]Le
pain noir et les roses rouges, Film
de Marc Grangiens,
2008
In
cd-rom, livre codirigé par Jacky
Réault et
Joëlle
Deniot
The societies of
globalisation Lestamp, 2006;
une première version de ce texte
est consultable sur
www.lestamp.com
Yves Bonnefoy, Goya, les
peintures noires, éditions
William Blake, 2006
Développements
sur ce thème in
Joëlle
Deniot
La photographie, une
sociologie off² ? In
www.master-culture.info ,
conférence 2006 au Diaporama
festival de la photographie
à Nantes
[17]
Gaston Bachelard, La poétique
de l’espace, P.U.F, 1957
Joëlle
Deniot,
Ethnologie du décor en milieu
ouvrier, le bel ordinaire,
L’Harmattan, Logiques sociales,
Paris, 1996
Expression empruntée à Jacky
Réault
Joëlle
Deniot,
Le décor textile, les murs et
la table in Ethnologie
Française, Paris, 1985
Elisabeth
Lisse, « On est quoi, nous ? »
D’une génération à l’autre,
des vies au sein de la cité
Ney, thèse de doctorat de
sociologie, 2005, Université de
Nantes
Il
faut bien sûr là distinguer
entre appartement, maison
individuelle ; entre phase de
stabilisation des salaires et
période plus critique.
Joëlle
Deniot,
Figures intérieures, in
Cahier du Lersco, 1992
[Michaël
Nerlich, Qu’est-ce qu’un
iconotexte ? Réflexion sur le
rapport texte - image
photographique in
Iconotextes sous la direction
d’Alain Montandon, Ophrys,
Paris, 1990
Joëlle
Deniot,
Intérieurs ouvriers,
l’ambiguïté iconographique
in Archives sensibles, images et
objets du monde industriel et
ouvrier, sous la direction de
Noëlle Gérôme, éditions de L’ENS
Cachan, 1995
Que
j’aborderai explicitement dans
deux articles : Echos
d’absences et restitution (
2002), Le poids, la perte
des mots - au fil de l’enquête
(2003)
Joëlle
Deniot,
Parlers ouvriers : la
perspective des dynamismes
vocaux in Métamorphoses
ouvrières, tome 2, L’harmattan,
Logiques sociales, Paris, 1995 ;
texte remanié 2005 Paroles
ouvrières sur
www.sociologie-cultures.com
Surtout si l’on se réfère au
répertoire français et plus
largement francophon
Ceci
vaut pour l’espace lyrique et
ses divas, y compris pour le
trouble à nouveau mis à
l’honneur des voix de
haute-contre, héritiers des
castrats.
Les
historiens me furent d’une
grande aide dans l’appréciation
de ce poids culturel des gestes.
J’avais d’abord le somptueux
éclairage du livre de
Jean-Claude Schmitt, La
raison des gestes dans
l’Occident médiéval que je
gardai en mémoire et en fiches !
Durant cette journée, Geneviève
Hoffmann, à travers la
présentation de son travail sur
les stèles funéraires attiques,
illustra de facto la
pertinence des croisements
disciplinaires dans la saisie de
la complexité.
Question
soulevée par Christophe Baticle
à propos de son enquête sur les
chasseurs de la baie de Somme et
croisant d’ailleurs une des
propositions de Stephen
Bouquin : décider de faire dans
son travail de sociologue ce que
personne d’autre ne pourrait
faire à sa place. Cette
centralité de l’expérience reste
en effet le plus précieux bien
de la connaissance.
Antoine
Baczkowski qui travaille sur les
raves et la musique techno fera
part de son débat intellectuel
avec les paradigmes existants en
ce domaine.
Contre toutes attentes
Antoine Baczkowski
Doctorant
Lisst-Cas/Habiter-Pips
« Bilan réflexif et
critique des itinéraires de
recherches ». De prime abord
accrocheur, ce thème avait
finalement de quoi m’inquiéter :
moi, fildefériste inexpert,
cherchant toujours la stabilité
dans cet aller dont je ne devine
pas la fin. Revenir sur ses pas
à peine la marche entamée
n’était-il pas se retourner trop
tôt ? Comment revenir sur ce qui
n’est encore fait, acquis et
cumulé ? Ma question fondatrice
n’ayant pas trouvé de
réponse, je n’avais que
peu de matière
intellectuelle pour
esquisser cet
autoportrait. N’avais-je
pour autant rien à
dire ? A redire ? De
fraîche date doctorant,
mon parcours se résumait
à celui d’un étudiant.
De ce constat, je
décidais moins de
rebrousser chemin que de
reprendre mon
cheminement à ses
débuts, jusqu’ici balisé
par l’université, afin
d’en dresser le bilan.
La balistique…
La voie universitaire
est, comme chacun le
sait, l’actuelle étape
propédeutique au métier
de
sociologue fournissant
savoirs et savoir-faire
à tout novice s’y
engouffrant. Plus encore
qu’une voie, allusive à
un passage indéterminé,
l’université est
trajectoire ; celle qui
balise le trajet menant
classiquement aux
métiers de la
sociologie. En France,
ces derniers sont
enseignés, soit au sein
d’un département de
sociologie propre à une
unité de formation et de
recherche (UFR),
soit au sein d’un
institut
; plus rarement d’une
école.
Quelle que soit la
composante universitaire
proposant l’accès à la
connaissance
sociologique, il me
semble que sa
programmation, avalisée
par certains organes de
la gouvernance
universitaire,
ait pour souci de
répondre à la demande
sociale telle que peut
la définir Robert Castel :
« [telle] la demande que
la société, c’est-à-dire
les sujets sociaux
différemment configurés
dans l’espace social,
adressent à la
sociologie (…) ». Et
Robert Castel de
préciser que « c’est le
travail des sociologues
de tenter d’y
répondre ». La
crédibilité sociologique
des réponses étant
validée par l’université
qui seule délivre le
diplôme. Ou plus
justement, les
diplômes : ce diplôme
européen, le master
professionnel
sociologique,
anciennement DESS,
ce précédent titre
français de la
sociologie appliquée ;
le master recherche
préparant à une longue
exploration
sociologique, cette
carte d’invitation au
doctorat, autrefois
connu sous le nom de DEA.
Lancé dans l’université
à la fin de l’année
2000, j’ai
progressivement
intériorisé ces
possibles sociologiques
où l’étudiant en
sociologie, diplômé d’un
master à finalité
professionnelle, pouvait
être un expert, cet
examinateur sachant
scruter quantitativement
et qualitativement le
réel, proposant ses
services sur la base de
besoins sociaux
exprimés. Ou chercheur,
celui qui doué d’une
acuité critique, pourvu
d’un master à finalité
recherche, répondait à
une interrogation
sociale collectivement
partagée. Acceptant la
demande sociale sans la
remettre en doute, le
premier se faisait
rentable, se ployait à
l’instrumentalisation de
son savoir. A l’inverse,
le chercheur,
dépouillant la demande
sociale de ses omissions
et malentendus,
proposait un retour à
une question de départ
qu’il s’était en premier
lieu appropriée.
Interlocuteur privilégié
face à l’inconnu,
celui-ci résolvait un
« problème »
spontanément posé en des
termes informes et qu’il
s’était évertué à
remodeler. Il guidait
l’agir du commanditaire
par sa résolution de la
question sociale. A la
différence de l’expert,
écarté de la
délibération, que l’on
consulte strictement sur
ce que l’on savait ne
pas pouvoir maîtriser.
Tel était en 2003 et
2004 ma représentation
des métiers de la
sociologie s’indexant
d’une part sur ces
garants formels, les
diplômes aux intitulés
différents, délivrés par
l’université ; d’autre
part sur ma
« proximité » avec les
enseignants-chercheurs
donnant chair à ces
conceptions de la
sociologie. Etais-je
pour autant
clairvoyant ? Mes
représentations des
applications de la
sociologie étaient-elles
typiques de ce que la
sociologie est ?
Caractéristiques de ce
que la sociologie fut ?
…et ses prémices
A la préhistoire de la
sociologie, il y eut un
intérêt intellectuel
passionné pour la
société mû par « le
thème de l’ordre, plus
précisément de
l’ordonnancement ».
D’après Jean-Michel
Berthelot, jusqu’au 18ème
siècle, « la pensée
politique oscillait
entre la recherche sur
le fondement, divin ou
naturel, de cet ordre,
et la réflexion sur
d’autres ordres
possibles. Le social
était soit chose divine,
au même titre que la
nature dont il achevait
le plan, soit création
humaine, selon les
termes d’un contrat
originel. Dans les deux
cas, il n’avait aucune
consistance, aucune
densité propre».
Le siècle des Lumières
appuya la seconde
alternative : le social
ressortit davantage du
contrat. Cette théorie
contractuelle
solutionnait le problème
de l’allégeance humaine
à la société par le
droit. Comment
l’expliquer ? Savoir
vivre en société
impliquait que l’on
abandonne les principes
égoïstes de ses actes
pour s’en remettre
définitivement à la
loi : ce règlement
supérieur accordant les
êtres, normalisant les
écarts. Autonomie et
sérénité individuelle
fondaient le respect. En
d’autres termes, se
soumettre à la société
signifiait faire montre
d’abnégation en appelant
à la volonté générale de
vivre ensemble ; un
appel audible à
condition que la
constitution espérée du
social ait été l’objet
d’un accord
synallagmatique.
La loi symbolise ce
contrat, elle veille au
respect de ses termes en
protégeant la volonté de
faire contractuellement
société, par les
sanctions encourues en
cas de transgression.
A cette étape de
l’histoire humaine où le
social procédait d’un
pacte, autrement dit
d’une création, l’homme
s’opposait à la
conception d’un droit
divin
; également à
l’absolutisme, en
affermissant le
libéralisme politique.
Ce 18ème
siècle européen va, pour
ce qui est de son
épistémè, faire valoir
avec Emmanuel Kant
l’autonomie de la
volonté,
mue par la raison pure
qui d’une part est
inaliénable à cette
souveraineté de soi ; de
l’autre au dessein moral
qu’elle ambitionne. Il
va promouvoir avec Isaac
Newton
(1642-1727) l’empirisme
contre la métaphysique ;
il va avec Jean le Rond
d’Alembert (1717-1783),
Denis Diderot
(1712-1784) valoriser le
progrès social et moral
de l’Homme ; faire
émerger la figure de
l’intellectuel engagé
avec François-Marie
Arouet dit Voltaire
(1694-1778). Toutes ces
connaissances et
attitudes présidèrent au
discrédit des divisions
sociales de l’Ancien
Régime, de cette
injonction à être évalué
relativement à son rang,
dans une distribution
verticale des places.
Matériellement,
pour ce qui est de la
transformation de
l’économie politique
jusqu’alors pilotée par
l’absolutisme
monarchique, la
bourgeoisie, dont le
pouvoir s’est accru
depuis approximativement
la seconde moitié du 17ème,
jouera un rôle clef. Un
rôle facilité par la
marche naissante de
l’industrialisation dès
la fin du 18ème
siècle : cette classe
ambitieuse sut mieux
l’investir que la
noblesse rivale.
D’après Jean-Michel
Berthelot, « les
transformations
profondes dans les
rapports sociaux et les
modes de vie qu’entraîne
le développement du
capitalisme industriel
obligent les pouvoirs
publics, les
administrations, les
collectivités locales,
les associations de
soutien et d’entraide à
changer radicalement
leur approche des
problèmes et à recourir
de plus en plus
systématiquement au
recensement et à
l’enquête. De façon
balbutiante se mettent
progressivement en place
les procédures et les
techniques d’un vaste
appareil d’observation
des phénomènes sociaux
et économiques, qui ne
cessera dès lors de se
perfectionner : les
recensements
statistiques et les
enquêtes sociales
apporteront, tout au
long du siècle, une
moisson de faits,
d’interrogations, de
techniques dont la
sociologie académique
peu à peu apprendra à se
nourrir ».
Nous pensons
à l’enquête de Frédéric
Le Play (1806-1882)
Ouvriers européens.
Études sur les travaux,
la vie domestique et la
condition morale des
populations ouvrières de
l’Europe (1855) du
réformateur, au
Tableau de l'état
physique et moral des
ouvriers employés dans
les manufactures de
coton, de laine et de
soie dépeint par
René Louis Villermé
(1782-1863) ; à la
« statistique morale »
dont le savant Adolphe
Quételet (1796-1874)
était une figure de
proue.
Cependant la vision de
Jean-Michel Berthelot
relative à l’enquête
sociale du 19ème
siècle est lisse. Louis
Chevalier y ajoute
quelques aspérités quand
il évoque le regard
bourgeois posé sur le
prolétariat ; une vision
inquiète emplie de
mépris.
L’industrialisation et
l’urbanisation ayant
enfanté des « maux »
jusqu’alors « contenus »
– conceptions hors
mariage, alcoolisme,
criminalité,
insalubrité, etc. –le
prolétariat était moins
perçu comme classe
laborieuse que
dangereuse.
Ces « déviances »
horrifièrent la
bourgeoisie qui, de
connivence philosophique
avec l’ « utilitarisme »,
aussi travaillée par
cette idée du social
héritée du 18ème
siècle, examinant tout
objet au tribunal de la
raison, ne pouvait
qu’étudier ces « vices »
afin de mieux les
juguler. Ainsi les
enquêtes sociales du 19ème
siècle ne
fusionnaient-elles pas
mésestime bourgeoise à
l’égard du monde ouvrier
et critique, cette
nouvelle faculté de
l’âme, sachant produire
des jugements de valeur
sur la base de partages
sociaux opérés ?
Si le 18ème
siècle fit du social un
« objet »
philosophico-politique
bon à penser, à
révolutionner, le 19ème
siècle en fit davantage
un terrain « chaotique »
d’étude. Quant au 20ème
siècle, il constitua le
social en une science.
Cette élaboration
scientifique du
« social » nécessitait
d’une part que la
définition scientifique
de l’objet fasse
consensus ; de l’autre
que la discipline
scientifiquement définie
s’institutionnalise,
s’établisse
officiellement.
L’organiciste René Worms
(1869-1929) fut le
premier à œuvrer en ce
sens. Econduit par
l’école durkheimienne,
son projet intellectuel
fut laissé à l’abandon.
On lui préférait cette
définition du social
d’Emile Durkheim qui
dans Les règles de la
méthode sociologique
(1895), les présentait
comme relevant de «
manières d’agir, de
penser et de sentir,
extérieurs à l’individu,
[…] doués d’un pouvoir
de coercition en vertu
duquel ils s’imposent à
lui ».
« Ce texte [Les règles
de la méthode
sociologique] n’aurait
sans doute pas eu ce
rôle fondateur si,
simultanément, Durkheim
n’avait pas développé
son entreprise dans deux
directions :
scientifique, d’une
part, en apportant la
preuve sur des
phénomènes donnés – le
suicide, l’évolution du
système scolaire
français, le totémisme
australien – de la
solidité et de la
fécondité du programme
de recherche qu’il
inaugurait ;
institutionnelle, de
l’autre, en rassemblant
autour d’un projet
commun, l’Année
sociologique, toute une
génération de jeunes
universitaires, et en
menant un combat acharné
et permanent, y compris
dans les attributions de
postes académiques, pour
la reconnaissance de la
nouvelle discipline ».
Savoir ce qu’on
recherche, susciter
l’adhésion
intellectuelle,
travailler avec ceux
convaincus pour produire
des résultats
s’actualisant dans une
revue, l’Année
sociologique, furent les
premières armes de
l’institutionnalisation
de la science sociale en
France ; appelée depuis
1847 « sociologie » –
une dénomination
inventée par Auguste
Comte (1798-1857) dont
l’emploi se
généralisera. Mais cette
avancée, seule, ne
pouvait combler. Encore
fallait-il intégrer la
sociologie à
l’université pour en
consacrer la discipline.
A ce sujet Claude Dubar
dit que « c’est en
1920 qu’est créé le
« certificat de morale
et sociologie » qui
restera pendant près de
quarante ans la seule
attestation (un quart de
la licence de
philosophie)
universitaire ».
Certes existait à
l’époque l’Institut
français de sociologie ;
créé en 1924, dissout en
1962.
Mais il est à noter que
cet institut rassemblait
des « chercheurs
« sociologisant » de
tout horizon
disciplinaire »
en une association
sélective, hostile à
l’identité de la
sociologie.
Comprenons qu’avant
1939, « l’enseignement
de la sociologie reste
encastré dans celui de
la philosophie et pourvu
d’une image passablement
floue ».
Après la Seconde guerre
mondiale, « l’appel
aux recherches
sociologiques (…)
devient un instrument de
fonctionnement des Etats
modernes et, plus
encore, des
administrations et des
grandes organisations.
La période d’expansion
de l’après-guerre se
marquera, dans les pays
occidentaux, par un
développement sans
précédent des études
commanditées, frayant la
voie à la définition de
nouveaux profils
professionnels : plutôt
que de faire appel
ponctuellement à des
équipes diverses,
certaines grandes
administrations ou
certains bureaux
d’études préféreront se
doter de sociologues
permanents, inaugurant
la profession de
sociologue non
universitaire ».
Parallèlement à la
« professionnalisation »
de la sociologie, la
discipline gagne en
1946, le Centre national
de recherches
scientifiques
(CNRS), créé en
1939, par son Centre
d’études sociologiques
(CES) ; elle gagne
l’université en 1958
grâce à Raymond Aron,
par la création de la
licence de sociologie.
Il faudra attendre 1962
pour que soit créé un
troisième cycle
universitaire en
sociologie,
1970 pour que les
sciences économiques et
sociales (SES) entrent
au lycée ;
1972 pour que les SES
intègrent les écoles
normales supérieures,
1976 pour que les SES
donnent lieu au CAPES et
à l’agrégation.
Si la seconde moitié du
20ème siècle
fut l’époque où la
sociologie intégra
l’enseignement
secondaire,
l’enseignement et la
recherche universitaire,
cette intégration ne
s’est cependant faite
sans luttes intestines.
La controverse à propos
de la discipline
perdure…
« La Société française
[de sociologie ayant
succédé à l’Institut
français de sociologie],
avec le soutien de
Pierre Massé,
commissaire au Plan, et
de Claude Gruson,
administrateur de
l’INSEE »
avait programmé les
« Journées d’octobre
1965 »,
des journées
d’études ayant fait
l’objet d’une
publication
« Tendances et volontés
de la société
française »
que Claude Dubar
commente en ces termes :
« les
communications
trop « critiques »
n’ont pas été publiées
sans que les
justifications données
paraissent
convaincantes. Les
sociologues
« critiques »
interprètent cette
« censure » comme un
coup de force
idéologique destiné à
faire prévaloir une
conception « experte »
et « bien pensante » de
la recherche
sociologique. Certains
quittent la Société en
dénonçant le parti pris
des organisateurs en
faveur d’une sociologie
« conseillère du
Prince » prête à toutes
les compromissions avec
le Pouvoir. (…) Les
événements de mai 1968
vont révéler et
amplifier la coupure
précédente entre les
sociologues-militants et
les sociologues-experts.
L’image de la sociologie
comme « discipline
agitée et agitatrice »
[…] date de cette époque
qui semble sceller
l’absence de consensus
sur le sens même de la
formation et ses
curricula ».
Quel était ce
« critique » d’antan ?
Faisait-il la synthèse
entre la raison du 18ème
siècle, cette raison en
tant qu’elle est à la
fois discernement et
improbation liée selon
Arnaud Fossier et
Anthony Manicki à « la
formation du sujet
moderne et [à]
l’émancipation à l’égard
des autorités
»
et la raison du 19ème
siècle générée par
l’inquiétante « question
sociale » ? Quant aux
experts, ces analystes
conformistes du 20ème
siècle, descendaient-ils
des orthodoxes
enquêteurs sociaux qui
les précédaient ?
Je n’ai pas appris la
sociologie de l’expert
lié à une morale du
bien, ni celle du
militant doué d’une
éthique plus
relativiste. La critique
se profilant lors de mon
cursus avait trait à la
rationalité scientifique.
Mon apprentissage de la
sociologie s’approchait
ainsi de ce que
Jean-Marie Brohm
pointait comme étant
d’actualité en
sociologie, une
« sociologie de la
critique » c’est-à-dire
une « critique
rationnelle des théories
sociologiques ».
Quant à l’expert
présenté dans ce cadre,
c’était un analyste tout
terrain d’enquête, aussi
bien adroit dans les
collectivités
territoriales et
administrations d’Etat,
que dans les sociétés de
services. Nulle raison
pour cet examinateur
« omnibus » de
discriminer les
commandes, la nature
juridique du
commanditaire, ni de
juger de la finalité de
la demande sociale
émanant d’entités de
droits public et privé.
Mon idée du réalisme
sociologique ne
correspondait pas à
celui des années 1970.
Militantisme critique et
expertise « constructive »
reflétaient les
oppositions des analyses
sociologiques sur les
effets des Trente
Glorieuses à propos des
inégalités sociales.
L’augmentation de la
production des biens et
des services
d’après-guerre
allait-elle gommer les
disparités sociales ? La
réponse méfiante,
critique était en
substance pessimiste,
voire hostile et
subversive ; la réponse
plus tôt plébiscitée
par Georges Friedmann,
Edgar Morin et Jean-René
Tréanton,
impulsée par « les
problèmes économiques et
sociaux du 20ème
siècle » et s’orientant
vers « l’action
pratique »,
bien plus optimiste.
S’opposant à la révolte
et la révolution des
premiers, ces derniers
préféraient la réforme à
la radicalité, afin
d’instiller le
changement.
Les années 1970, via la
dépression économique
naissante en 1973,
donnèrent pour un temps
avantage à la critique :
la « perte de
confiance généralisée
dans le progrès
économique et social »
justifiait le discrédit.
Les années 1970 auraient
également annoncées, via
« l’esprit de 1968 »,
les difficultés d’ordre
rationnel de la
critique. Selon
Jean-Marie Brohm, la
remise en cause
institutionnelle – « de
l’entreprise à l’école
en passant par l’armée,
la famille, les Eglises,
la médecine, la
psychiatrie, la
télévision, la culture,
le sport, etc. »
rendit inadéquate les
clefs théoriques de
lecture critique.
« Structures et
fonctions, acteurs et
systèmes, mouvements
sociaux et
représentations
collectives, champs et
habitus, organisations
et appareils ont été
bouleversés, contestés,
subvertis par
l’ébranlement des
principales institutions
sociales ».
La perte d’adhérence
critique aurait permis à
cet analyste
politiquement muet, le
chercheur,
épistémologiquement
bavard, d’apparaître.
S’étant chargé des
apories de la synthèse
holiste, il ajusterait
la focale sociologique à
la nouvelle
individuation se
profilant à l’horizon de
68 pour valoriser
l’acteur. Car la fronde
contre les grands récits
institutionnels, ces
guides identitaires,
annonçait la réinvention
de repères sociaux. D’où
cet individu qui, se
saisissant des
représentations
collectives, à la quête
de son identité,
prendrait une part
encore plus active dans
la production historique
de soi : l’acteur.
Toutefois était-il
sociologiquement juste
de tirer cette opération
cognitive singulière des
seuls effondrements
institutionnels de mai
68 ? Cette conception de
l’individu moderne le
présentant tel un être
déductif justifiant son
action par sa capacité
à se jouer
rationnellement des
symboles et des
« établissements », est
une vision courte.
Norbert Elias
rapporte les conditions
de cette faculté au
faisceau historique qui
suit : complication
grandissante de la
chaîne sociale du
travail, réorganisation
de la société en Etat et
confiscation étatique de
la violence militaire et
policière.
Cette organisation
sociétale singulière
prolongeant l’Ancien
Régime, par l’avènement
de l’Etat moderne, la
brutalité que celui-ci
monopolisait et la
division sociale amorcée
sans fin du travail,
elle révéla à l’homme
d’autres horizons
d’attente. L’avenir
commença à s’envisager à
cette étape
socio-historique
bourgeoise, où les
craintes pour sa vie
allaient s’amenuisant.
Dès lors vaincue la
tripartition féodale
empêchant toute
mobilité, les
aspirations naquirent
graduellement : la
représentation de soi
dans un milieu espéré
qu’il s’agissait
d’atteindre, était
imaginable. Le travail
permettait la
réalisation de cet
idéal. Mais la force de
travail étant canalisée
par son emploi social,
encore fallait-il
trouver une mission
fonctionnelle au cœur de
la division sociale du
travail si l’on
souhaitait se
transcender.
Cette
réorganisation fit de
l’homme moderne un sujet
en puissance (passive),
celui qui, connaissant
l’ouverture du champ des
possibles, pouvait
rendre raison de ses
actions.
La raison, forme
singulière de
conscience, a partie
liée selon Norbert Elias
à ces trois couches
fonctionnelle de la
structure psychique : le
ça, le moi et le surmoi.
Fondée sur des rapports
réciproques et
nécessaires entre des
individus toujours plus
nombreux au cœur d’une
spécialisation
croissante des tâches,
il eût été impossible de
policer par la force
cette chaîne
interminable de la
division sociale du
travail.
La différenciation de la
division sociale du
travail s’amplifiant à
la suite de l’Ancien
Régime, elle exigeait
que chacun veille à ne
pas dévier de sa mission
fonctionnelle, en usant
de raison, cette faculté
permettant de connaître
les états psychiques
autorisés ; les états
proscrits mus par des
impulsions
instinctuelles, sachant
détourner tout individu
de sa concentration. En
agissant comme il
se doit ; en réprimant,
le cas échéant, ses
pulsions. D’où la
pression résultant de la
complexification du
réseau fonctionnel, sur
la liberté pulsionnelle,
et plus généralement sur
l’économie émotionnelle.
Le façonnement social de
ces strates de
l’appareil psychique, le
moi et le surmoi nous
livre la sociogénèse de
la contrainte
intériorisée.
« La
crise mondiale de 1968 –
avec ses effets à
l’Ouest comme à l’Est –
a secoué la sociologie
bien plus que ne veulent
le concéder les ténors
de la discipline ».
Faut-il en convenir avec
Jean-Marie Brohm ?
Certes ladite crise a
imposé l’acteur comme
« objet » sociologique
aux yeux des sociologues
de la critique.
Cependant faut-il
conclure que la décade
accoucha de l’acteur ?
Il me semble que les
revendications
politiques portées par
le vent des années 1970,
furent possibles dans la
mesure où elles étaient
l’obligé de la raison,
forme particulière de
conscience historiquement
déterminée. Ne
faudrait-il pas
interpréter la période
postérieure aux
événements de Mai comme
ceux révélant la
difficulté de normes
surannées à contenir une
raison grandissante ?
Comme l’indice
historique de règles
inadaptées à des
comportements humains où
prévaut la faculté
pensante ?
Le fléchissement
institutionnel et
normatif de la décade
70 n’a pas enfanté cette
aptitude à combiner des
jugements de fait et de
valeur. Gratifié de
raison, l’individu
moderne, ayant
intériorisé lors des
années 1970 ces règles
allégées et la
dépréciation des
institutions, fut acculé
à se responsabiliser.
Autrement dit à
user de plus de raison
encore : la capacité
évaluative individuelle,
subjective, devant
combler les trous
institutionnels et
normatifs, se substituer
aux cadres sociaux,
objectifs, jusqu’alors
indiscutés.
« L’organisation de
la société en Etat, la
monopolisation et la
centralisation des
contributions et de
l’emploi de la force »
pour reprendre Norbert
Elias, ainsi que la
complication de la
division sociale du
travail et ses
conséquences
civilisatrices ou
« résonnances »
psychiques, sont certes
des états structurants ;
néanmoins ce sont des
états que toute volonté
politique forte peut
infléchir. Cette
sociologie fut par le
passé, bien plus
qu’aujourd’hui, l’objet
de luttes idéologiques
ayant tourné à
l’avantage des libéraux.
Le libéralisme est
aujourd’hui cette
idéologie qui,
instruisant le cours de
la division sociale du
travail et l’Etat,
contraint nécessairement
les états de
consciences, la raison.
En faisant de cette
dernière un mode
dépolitisé de la
conscience, il me semble
que l’actuelle
sociologie de l’acteur,
par ailleurs sociologie
de la critique,
aujourd’hui dominante en
sociologie, néglige
l’orientation libérale
des aptitudes
individuelles à
connaître, juger et
agir. Elle entretient
bon gré mal gré,
« positive » ce qui lui
échappe analytiquement :
les effets politiques du
libéralisme sur les
consciences. Tout comme
l’expert qui, aidant
celui qui cherche à
rester maître de son
entreprise, « positive »
la direction de
celui-là.
Par ailleurs, posant la
neutralité axiologique
comme condition d’une
plus fine connaissance,
la sociologie de la
critique accuse – et
c’est un comble – la
critique sociologique de
partialité politique,
ainsi que de décadence
intellectuelle, alors
qu’elle-même n’est pas
dénuée d’effets sur
l’actuel cours
politique.
Bien que ma trajectoire
à l’université ait été
faite à ce moment
disciplinaire où les
sociologues
« positivaient » la
société, mon itinéraire
n’était que balistique
et produit historique.
Toute marche s’éprouve
en son temps.
L’épreuve
Primitive prise de
contact avec certaines
figures, premières
paroles capturées,
premier malaise.
« Bienvenue sur le
parking du chômage ! ».
Et l’impudent ethnologue
à l’origine de cet
accueil, écueil
mémorable, en cours
magistral, devant un
parterre d’environ trois
cents étudiants en
première année
d’enchérir au vu et au
su de tous
: « considérez votre
carte d’étudiant comme
celle d’un chômeur. De
toute façon, moins de 10
% d’entre vous
arriveront en
doctorat ! ».
Autre époque, autre
université, autre
formation,
professionnelle cette
fois-ci et à thématique
culturelle ; dernier
malaise. Alors que ses
concepteurs nous
mettaient en demeure
d’écrire un mémoire
traitant du stage de
formation selon un
cadrage « scientifique »
d’écriture, un
enseignant-chercheur,
vraisemblablement en
froid avec les
instigateurs de la
formation culturelle
mais participant tout de
même à notre
instruction, dit qu’il
était vain de produire
un mémoire
scientifiquement
contraint ;
alléguant l’inutilité de
ce type de connaissance
pour les acteurs de la
culture. Et ce
sociologue d’ajouter
qu’il faut nous
accorder, par gain de
temps et
d’investissement
intellectuel plus sûr,
avec nos directeurs – de
mémoire et de stage –
dans la rédaction d’une
pseudo-reconstitution de
l’apprentissage.
Autrement dit se
contenter d’une langue
de bois.
En dehors de ces deux
bornes mnémoniques, que
me reste-t-il ? En
bouche, une saveur
amère, voire acide. La
conception digestive
d’un enseignement
atomisé en amphithéâtre
et autres « TD ». Après
le gavage intensif sur
cinq années, il
implique, en temps de
restitution, la
régurgitation de la
connaissance avalée.
D’où cette sapidité. Et
côté moteur, je ne sais
intellectuellement
marcher « seul » que
depuis peu ; mon sujet
de
thèse ayant été
nouvellement
immatriculé. Que d’aléas
avant l’enregistrement.
D’abord ma première
soutenance de mémoire,
ayant particulièrement
manqué de me faucher. En
effet la délibération de
cette juridiction
inaugurale, après trois
années passées dans la
seule verticalité du
rapport didactique
entretenu avec
l’enseignant-chercheur,
m’a décontenancé.
N’étant pas assez
théorique, il me fut
vivement conseillé de
pratiquer la marche
sociologique sur
d’autres sentiers moins
escarpés, disons plus
professionnels.
Car « la théorie, c’est
la vérité ! » pour
relayer cette
affirmation qui emplit
encore aujourd’hui mes
pensées, clamée par un
spécialiste du rapport
réticulaire au social
dans son cours
d’épistémologie-méthodologie.
« Le masque et la
plume » ?
« (…) Pour être efficace
– pour obtenir le statut
de théorie générale –
une théorie tend à ne
proposer qu’une seule
mise en scène du réel
pour engendrer le
sentiment chez le
lecteur qu’il est en
face du réel : l’effet
de réel n’est pas propre
au romancier, il est
observable en sociologie
dès que l’auteur fait
tout pour faire oublier
que des dimensions du
social ne sont guère
perceptibles par son
point de vue. Elle
contribue aussi, à sa
manière, à simplifier le
réel en éliminant ce
qu’elle considère comme
secondaire (…) ».
Et François de Singly,
auparavant dans le
texte, de préciser que
si toute simplification
d’un réel
sociologiquement
construit est en soi
légitime,
« l’abus de confiance
commence [cependant]
quand, par effet
d’écriture, le lecteur
est incité à croire que
la démarche scientifique
se confond avec la
démarche exposée ».
Mon mémoire inaugural,
ne montant pas en
généralité, était
effectivement plus
impressionniste, local,
que théorique et
d’envergure sociétale.
Néanmoins faire de
l’argument théorique
l’ultime critère
dénotant la capacité
d’une connaissance à
embrasser le réel, faire
de la théorie un
jugement de fait à
convoquer pour trier
dans la connaissance le
bon grain de l’ivraie,
tirer argument de ce
dernier pour apprécier
ou déprécier les
candidats, est abusif.
Il consiste à
croire et à faire croire
que, pour ce qui est du
domaine sociologique, la
théorie, la theoria
en grec,
c’est-à-dire la
« contemplation »
organisant le social
est le plus sûr moyen
d’épuiser le réel,
d’acheminer ce dernier à
la vérité.
Or la théorie
sociologique est un
raccourci de
l’expérience humaine ou
la sélection d’une
donnée jugée
fondamentale de
l’expérience sociale que
le sociologue échafaude
en un ensemble
systématisé. Dès lors,
comment la théorie
employée par le
sociologue peut-elle
constituer une source
irréfutable et
universelle de vérité ?
Ce sociologue qui, pour
reprendre François de
Singly filant la
métaphore, est le
« spécialiste des
masques ».
Celui-là même qui masque
des perspectives au sein
desquelles s’inscrit
pourtant son « objet »
mais que sa théorie ne
saurait saisir et faire
valoir.
En effet si la
sociologie privilégie
l’analyse systémique,
elle minimisera l’action
sociale ; et
réciproquement. Si la
sociologie avantage
l’intégration sociale,
elle dédramatisera le
conflit ; et
réciproquement.
Contrairement à François
de Singly, je ne pense
pas que la méprise soit
générée par la plume
d’un sociologue
malhonnête. Ce qui
concourt à prendre la
partie pour le tout, à
confondre la théorie
singulière avec
l’entièreté de la
sociologie, c’est la
partialité analytique ;
ce « totalitarisme »
d’une théorie partiale
rendant inimaginable
l’antithèse.
Demander que je quitte
la recherche, faute de
théorie suffisante à
l’occasion d’un premier
essai, était immérité.
La théorie sociologique
n’étant qu’insuffisance,
paradoxalement
boursouflée. Arguer de
ce qu’on ne fait
finalement pas soi-même
– la production d’une
connaissance
théoriquement pleine et
typique, sachant
simultanément intégrer
l’embrasement et
l’adaptation, l’agir et
la société – pour
justifier l’expulsion de
la trajectoire
universitaire, est
malhonnête. La
sociologie serait-elle
en proie à l’improbité
intellectuelle ?
La désillusion
De mon épreuve
universitaire, je
retiens cette mise en
garde formulée à peine
le cursus démarré d’un
avenir incertain proféré
par ce prêcheur se
délectant d’un cynisme
mal placé. Ce maître de
conférence mû par la
futurologie prédisait
notre incapacité, d’une
part à gagner un
troisième cycle
universitaire ; d’autre
part, si tant est que
nous étions
ultérieurement doués de
compétences
sociologiques et
consacrés sociologues, à
trouver un emploi dans
ce domaine.
Nous responsabiliser
face à l’avenir était
chose louable. Suggérer
la responsabilité de
notre défaite si nous
nous entêtions ne
l’était en aucun cas.
Notre embarras
n’était-il pas imputable
aux personnels de la
discipline
sociologique ? Ces
derniers ne
peinaient-ils à
maintenir le bien-fondé
de la sociologie au sein
de la société à cette
« heure » européenne et
mondiale ?
Jan Spurk affirme que « sa
raison d’être [y] est de
plus en plus mise en
question parce que la
spécificité de son
discours s’efface par
rapport aux discours de
journalistes, de
politiciens ou d’experts » –
cette veine des discours
résolument
instrumentaux. Nous
inspirant de Danilo
Martuccelli,
nous pourrions
synthétiquement dire que
ces trois discours
seraient des instruments
en tant qu’ils sont des
« leviers de
rationalisation »
destinés à « la
capacité de maîtrise du
monde social ». Et
Jan Spurk de préciser,
pour ce qui est des
experts instruits de
sociologie, que «
[…]
le contrôle et
l’action de pouvoir sont
les éléments clés de
l’expertise, ce que l’on
oublie souvent dans les
discours sociologiques
et ce que Adorno
souligne dans Minima
moralia. De cette façon,
l’expertise sociologique
trouve sa place au sein
du « monde administré »
(Adorno) »
Accaparé par le marché
de la prospective, de la
maîtrise temporelle et
du contrôle social
s’étant consolidé sur
cinquante années de
« professionnalisation »
de la sociologie, le
chercheur « positivant »
la société « s’invente »
un peu plus chaque jour
expert, offrant un
savoir manipulable à une
demande sociale en quête
de pouvoir.
La technocratisation
grandissante du savoir
sociologique, la pente
vers son exploitation à
des fins décisionnelles
et autoritaires est un
constat qui s’impose
sans que je puisse pour
autant pleinement me
l’expliquer. Et qui ne
cesse de poser des
problèmes. L’éventuel
triomphe de ce marché,
où des sociologues quasi
interchangeables luttant
pour se faire les
interlocuteurs
privilégiés auprès de
structures de pilotage,
ne risque-t-il pas d’une
part de fomenter les
mésintelligences entre
sociologues ? D’autre
part de faire
disparaître la
recherche « positive »?
Effectivement dans ce
contexte, je n’ai que
très peu de chances de
trouver un emploi en
qualité de sociologue,
dans cette course
expansive à la lutte des
places; qui plus est
entre sociologues
instrumentalisant et
autres métiers du même
acabit instrumental. La
faute revient aux aînés
n’ayant pas su résister
à cette assimilation
graduée de la sociologie
par la société. Que dire
de l’université, a
priori universelle,
totalisante, ployant
sous ce singulier
« technicisme
gouvernemental » qui
souffle…
Depuis les années
1980 des rameaux
(trans-) disciplinaires
appliqués,
« professionnels » s’y
sont progressivement
institués afin d’être
enseignés.
Quant à notre incapacité
pointée, à nous
étudiants, d’être d’un
niveau intellectuel
suffisant pour parfaire
et honorer le cursus,
envisageons des causes.
Cet outrecuidant
universitaire subissait,
tout comme nous en
étions l’expression, la
politique de la
massification de l’école
des socialistes.
M’appuyant sur Claude
Dubar, rappelons cette «
« prédiction
autocréatrice » formulée
par le ministre
Chevènement en 1984 :
« 80% d’une classe d’âge
doit arriver au niveau
du baccalauréat en l’an
2000 »
« Ce volontarisme
politique qui n’est pas
très loin de s’être
réalisé eut des
conséquences encore plus
redoutables sur les
études de sociologie.
Une part croissante de
l’enseignement
secondaire, général et
technique (et même
parfois professionnel
après l’instauration du
bac pro), qui ne purent
pas entrer dans les
formations « courtes »
(IUT principalement)
devenues de plus en plus
sélectives, se
retrouvèrent, sans
l’avoir voulu, dans les
secteurs réputés les
moins exigeants de DEUG,
en particulier en
sociologie […]. Les
cursus de sociologie
durent partout
accueillir une masse
d’étudiants que rien ne
préparait à « devenir
sociologue ».
D’ailleurs, ils ne le
deviennent généralement
pas […] »
Cette politique de
massification n’a donc
pas eu seulement pour
effet d’accélérer la
professionnalisation des
disciplines
universitaires à dater
des années 1980. Elle a
aussi participé au
fourvoiement contraint
d’étudiants au sein
desdites disciplines.
Mais responsabiliser les
étudiants ayant fait un
choix sociologique à
défaut de leur premier
souhait,
de surcroît surligner
leur faible niveau, qui
n’est in fine
qu’une adaptation subie
de l’intelligence,
revenait à charger plus
que l’on ne peut
charrier… Cet abus,
gratuit, m’a révélé
l’enseignant-chercheur
en science humaine comme
pouvant être
inconséquent :
l’exclusivité de sa
« sympathie
compréhensive »
n’allait-elle qu’à
l’ « acteur », cet
« individu objet »
agissant avec raison ?
Il faut croire que
« leurs » étudiants
« déraisonnables »
bénéficiaient d’une
générosité bien
moindre.
La sociologie ayant une
pente à l’expertise, je
décidais de suivre,
désillusionné, le
courant après
l’accomplissement non
sans heurts d’un master
recherche, en gagnant un
master professionnel
officiellement
pourvoyeur d’experts,
producteur de
connaissance composite.
Ainsi suis-je parti
ailleurs, me former à
l’expertise –
culturelle.
La réflexion retrouvée
Sans nul doute, ma
future expertise sera la
caution intellectuelle
des attentes et besoins
culturels se
rationalisant. Mais
chose hors pair, ma
certitude fut chahutée.
Car le projet de la
formation, pour ce qui
est de « l’estimation
culturelle », consistait
premièrement, à nantir
l’expert de réflexes
ethnographiques afin
qu’il puisse transcrire
son expérience en une
fidèle monographie.
Deuxièmement, à
réorganiser le récit de
l’expérience en fonction
d’un critérium de
fondamentaux : espaces,
temps, collectifs et
interrelations,
symboles. Troisièmement,
à replacer la
temporalité de
l’expertise dans une
durée extrinsèque à
l’expérience, dans une
chaîne causale
temporelle indépendante
afin que l’expertise
face historiquement
sens. Quatrièmement, il
s’agissait de faire
émerger la (les)
particularité(s) de
l’activité travailleuse
en jouant sur une
restitution cinématique
de l’expérience, pour en
saisir la dynamique et
en déterminer les
logiques sociales
mobilisées.
Cinquièmement, il
s’agissait de répondre à
la demande de notre hôte
– demande métrique
d’audience de
l’activité, connaissance
des publics, étude de
prospective et
proposition de mesures
adaptées aux prévisions,
etc. Sixièmement, il
nous fallait également
établir les enjeux
sous-jacents à la
demande, pour le reste
en induire les intérêts
et l’idéologie des
acteurs de la culture.
Nous avions là les
réquisits d’une
expertise réflexive.
L’enseignant-chercheur
ayant tenu auparavant ce
propos inconsidéré, la
vacuité de notre examen,
s’était vautré dans
l’erreur : le programme
de la formation qu’il
dépréciait à tort, était
de réarmer la
considération,
l’observation
sociologique appliquée
d’une « distance » ; ou
de distancer davantage
le rapport de l’expert à
son « objet » tout en
distançant encore le
rapport du but examiné à
celui qui, sollicitant
les services de
l’analyste, le vise.
Autrement dit, il
s’agissait par le profit
que tire l’expertisé de
l’analyse de l’expert,
de garder une autonomie
de pensée. Les besoins
d’optimisation
d’organisations humaines
ne faisaient pas céder à
l’analyste, et par
extension à la
sociologie qu’il
incarne, sa curiosité
intellectuelle et son
sens de l’analyse.
Certes, il répondait à
l’exigence sociale par
son exposé de l’état des
lieux du travail
culturel, du problème
« naturellement »
rencontré par le
commanditaire, ainsi que
par sa description des
possibles s’offrant à ce
dernier pour le
solutionner.
Mais par le détour
socio-historique de ce
besoin exprimé, l’expert
faisait tomber le masque
du travailleur culturel,
manifestement généreux,
en dévoilant son calcul
subreptice, ses mobiles
intéressés.
En outre, il conviait
l’expertisé à réfléchir
son activité par rapport
à un domaine social de
réalité plus vaste – à
relativiser ses
entreprises – en donnant
sens à son univers, en
touchant à sa raison.
C’est cette relativité,
cette réflexion, qui
potentiellement ébranle
les certitudes, appelle
à l’humilité.
Mais je ne suis dupe.
L’exposé de ces
filiation et rapport,
cet appel au flottement,
autrement dit le tour
d’une expertise
réflexive ne se
ferait sans les
animosités et les
réactions de
l’expertisé. Sans
résistances. Et cette
tournure, sachant
irriter le
commanditaire, de
disparaître des mémoires
de l’expertise. Encore
que de connivence avec
cette formation
exceptionnelle faisant
de la résistance à
l’instrumentalisation de
la connaissance, il
m’était désormais
inimaginable de ne pas
faire cas dans ma
réflexion ultérieure.
Que faire ? Rester pour
m’user dans la
bataille ? Perdre ? Ou
partir afin de
concrétiser, ne
serait-ce qu’une fois,
ce qui me porte ?
Demi-tour : je faisais
derechef face à la
recherche sociologique
en butte à l’expertise,
pour tenter de m’y
frayer une place sans
que je dusse m’aliéner
l’esprit. Il fallait
demander quelques
« faveurs » aux
personnels de la
sociologie afin que je
puisse regagner le
parcours pour faire une
thèse, produire une
connaissance analytique
et réflexive à partir
d’une question
d’inspiration
personnelle, alors que
la mode sociologique
était à répondre à des
questions intéressées,
institutionnellement
relayées qui
préfiguraient les
réponses ;
cela m’exposait à
probablement ne pas
seoir au « milieu ».
Malgré cela, mon
entêtement a « payé ».
J’ai trouvé place.
Bilan
Les pères
institutionnels ne
doivent pas être mis au
rebut. S’il me fut
permis d’étudier la
sociologie, c’est pour
partie grâce à ces
chercheurs s’étant
décidés à
institutionnaliser la
discipline tout au long
du 20ème
siècle. Je pense
notamment à Emile
Durkheim, précurseur de
l’établissement
scientifique de la
sociologie en France.
Quant à la constitution
et à la reconnaissance
universitaire de la
sociologie, tout
étudiant est d’une
certaine façon redevable
à Raymond Aron,
annonciateur en la
matière, créateur de la
licence de sociologie.
Toutefois ce dernier,
par extension la
discipline, semble avoir
profité de la
conjoncture – les Etats
modernes, après-guerre,
ayant rencontré quelques
besoins sociologiques
pour se relever.
Antichambre de la
division sociale du
travail, l’université
instruit aussi les modes
de la première. La vogue
était en 1958 à l’heure
sociologique. Durant la
seconde moitié du 20ème
siècle, la sociologie ne
s’est réduite à n’être
qu’instrument d’Etat :
les critiques de la
sociologie ont fait
entendre leur soupçon.
Il en allait tout
autrement au 19ème
siècle où la sociologie,
plus précisément
l’enquête sociale,
donnait sa caution à une
société d’ordre de même
qu’aujourd’hui les
sociologues, mutant en
experts, « positivent »
cette société
mondialisée du consensus
libéral.
C’est à cet âge
« positif » qu’il me fut
donné d’être un étudiant
sérialisé, jugé
approximatif,
théoriquement maigre ;
quand bien même la
théorie sociologique est
carencée.
Mais contre toute
attente, je suis encore
là. Et contre toutes
attentes sociales, ayant
quelques affinités
critiques avec la raison
des Lumières, j’entends
conduire ce qui, dénué
de mobiles techniciens,
m’anime toujours.
Références
bibliographiques
Brohm Jean-Marie,
Sociologie critique et
critique de la
sociologie,
Education et sociétés
1/2004 (no
13), pp71-84.
Elias Norbert, La
dynamique de l’occident
(1re éd.
1939), Paris, Pocket,
Agora, 1975, 320 pages.
Fossier Arnaud et
Manicki Anthony, Où
en est la critique ?,
Tracés
2/2007 (n° 13), pp5-22.
Lahire Bernard (dir.),
A quoi sert la
sociologie ? Paris,
La Découverte, Textes à
l’appui / laboratoire
des sciences sociales,
2002,193 pages.
Spurk Jan, Quel
avenir pour la
sociologie ?, Paris,
PUF, Intervention
Philosophique, 2006, 227
pages.
Van Meter Karl M.
(dir.), La sociologie
(1ère éd.
1992), Paris,
Larousse-Bordas, Textes
essentiels, 1997, 831
pages.
Références
« orales
Ferrand Alexis, cours
magistral de
Méthodologie et
épistémologie,
Institut de sociologie
et d’anthropologie, USTL
(Lille1), 2003.
Rodriguez
Jacques, cours magistral
de Sociologie et
faits sociaux,
Institut de sociologie
et d’anthropologie, USTL
(Lille 1), 2003.
Titres Universitaires
Maîtrise d’Histoire
Grecque : 1971
Agrégation externe
d’Histoire : 1972 (51ème)
Doctorat d’Etat
ès-lettres :
Thèse
d’Etat d’ancien régime,
inscrite en 1980 et
soutenue le 29 juin 1987
auprès de l’Université
de Paris VIII, sur le
sujet La Jeune Fille,
les Pouvoirs et la Mort
dans la Société
athénienne du Ve siècle.
Directeur de Thèse :
Mme
Claude Mossé, Professeur
à Paris VIII. Jury :
Mesdames Nicole Loraux,
Annie Bonnafé, Madeleine
Rébérioux ; Messieurs
Pierre Lévêque
(Président du Jury) et
Pierre Vidal-Naquet.
Mention « Très
Honorable » à
l’unanimité du jury.
Cadre de la recherche
- membre principal de
Trame
- membre associé du
Centre Louis Gernet
depuis 1981, membre du
Conseil de Laboratoire
de 1998 à 2002.
Livres
1. Le Châtiment des
Amants dans la Grèce
Classique, Paris, de
Boccard, 1990.
2. La Jeune Fille, le
Pouvoir et la Mort dans
l’Athènes Classique,
Paris, De Boccard, 1992.
3. Les Pierres de
l’Offrande, Actes du
colloque de 1998 en
l’honneur de Christoph
W. Clairmont, Zürich,
Akanthus, 2001.
4. La Culture grecque,
Paris, Ellipses, 2002.
5. Les Mondes
Hellénistiques (en
collaboration avec C.
Grandjean), Paris, A.
Colin, 2008.
6. Participation au
Dictionnaire de
l’Antiquité sous la
direction de Jean
Leclant, Paris, PUF,
2005.
7. Actes du
colloque :
Rituels et
transgressions de
l’antiquité à nos jours
(en collaboration avec
Antoine Gailliot),
Amiens, à paraître en
décembre 2008.
8. Participation au
Dictionnaire de
l’Antiquité grecque
sous la direction de
Maurice Sartre, A.
Colin, à paraître fin
2008.
Articles
15. « Le Marbre et
l’écrit dans la
Prière sur l’Acropole
de Renan », La Terre
et l’Ecrit, de la
découverte archéologique
au texte scientifique et
littéraire, études
rassemblées par I. Chol
et R. Perichon,
Montbrison, 2000, pp.
55-64.
16. « Brasidas ou le
fait d’armes comme
source d’héroïsation
dans la Grèce
classique », Kernos,
supplément 10, 2000, pp.
365-375.
17. « Biographie et
Stèle funéraire
attique », dans
Biographie des hommes,
biographie des dieux (sous
la direction de M.-L.
Desclos), Grenoble,
2000, pp. 189-197.
18. « Le Dieu Pan et
l’Effet comique dans le
Dyscolos de
Ménandre », dans Rire
des Dieux, Etudes
rassemblées par
Dominique Bertrand et
Véronique Gély-Ghedira,
PUBP, 2000, pp. 47-53.
19. « De la rareté du
Kalathos sur les
stèles funéraires
attiques de l’époque
classique », in
Technica,
Hommages à Marie-Claire
Amouretti, 2001, pp.
679-692.
20. « L’Empreinte des
valeurs sociales au
miroir des monuments
funéraires attiques du
IVe siècle », Colloque
de Rouen de novembre
1998, organisé par
Françoise Thelamon, sur
Autour des morts
Mémoire et Identité,
2001, p. 347-354.
21. « L’expression du
Temps sur les Stèles
funéraires attiques »,
Mètis XII 1997,
pp. 19-43.
22. « La Stèle de
Dexileôs », dans La
Guerre Imaginée
(sous la direction de
Philippe Buton),
éditions Seli Arslan,
2002, p. 33-44.
23. Présentation du
Dossier « Alexandre le
Grand, Religion et
tradition », publication
des Actes de la journée
organisée à Amiens le 6
mars 2001 (Mètis).
24. « La lyre de
Phyrkias », Pallas
63, 2003 p. 37-42.
25. 3 notices : « le
serment », « le héros »
et « le culte
funéraire », dans le
Dictionnaire de
l’Antiquité sous la
direction de Jean
Leclant, Paris, 2005.
26. « Socrate hors les
Murs dans le Phèdre
de Platon», Hommage à
Nicole Moine et Claire
Prévotat, Reims, 2006.
27. « Ordre et variété
dans la gestuelle des
monuments funéraires
attiques de l’époque
classique »,
L’expression des Corps,
PUR, 2006, p. 110-115.
28. « Entre nature et
culture : l’eugénisme
spartiate », dans The
Contribution of Ancient
Sparta to Political
Thought and Practice,
(N. Birgalias, K.
Buraselis, P.
Cartledge), colloque
international d’Olympie,
25-30 août 2002,
Alexandria Publications,
2007, p. 391-406.
29. « Agalma : la
Représentation divine
chez Hérodote », à
paraître dans l’hommage
à Danièle Aubriot,
publication 2007.
30. « A propos de la
stèle funéraire attique
de Mika, fille
d’Hippoclès,
quelques questions
méthodologiques (Inv.
N°Λ5775) », Pallas
75, 2007, p. 177-187.
31. « Peinture et
sculpture dans l’oeuvre
d’Euripide », dans
Voyages en Antiquité.
Mélanges offerts à
Hélène Guiraud,
Pallas, Presses
Universitaires du
Mirail, 2008, p. 19-29.
32. « Le lit vide des
funérailles civiques
athéniennes », colloque
Rethymnon, décembre
2005, à paraître en
2008.
Encadrement et activités
de recherche :
Direction de thèse :
Michaël Martin : Le
Chamanisme dans le monde
gréco-romain, thèse
soutenue en décembre
2003.
Damien Langlois : Du
héros grec à l’idéal
héroïque d’aujourd’hui
(inscription 2002)
Yoann Le Tallec : Les
Dioscures dans les
mondes grecs
(inscription 2002).
Julien van Imbeck :
Les Guerres grecques,
entre norme et démesure,
inscription 2008
(Amiens)
Membre de jury
- Soutenance de la thèse
de Florence Gherchanoc,
dirigée par Pauline
Schmitt-Pantel, sous la
présidence de François
Hartog (Paris VII,
1998).
- Soutenance de la thèse
de Pascale Roth 16
novembre 2001 :
Autour du lit. Usages
féminins. Images et
textes dans le monde
grec classique
(Toulouse, direction de
Mme Hélène Guiraud).
- Présidence du jury
lors de la soutenance de
la thèse de Valéry
Raydon, 24 mai 2003 :
La Richesse chez
Hérodote (Université
de Provence, direction
Pierre Villard).
- Présidence de la
soutenance de la thèse
de Roxane Marie
Bocquelet Galliez,
l’Enfant en Grèce
ancienne : entre Désir
et Rejet, Lyon II,
23 septembre 2005
(Université Lyon II,
Marie-Thérèse le
Dinahet).
Colloques
- Organisation du
Colloque Musique et
Poésie les 23 et 24
mai 1997 à l’Université
Blaise-Pascal (Clermont
II), en collaboration
avec G. Pinault.
-. Organisation du
Colloque en l’honneur de
Christoph W. Clairmont,
les 9, 10 et 11 décembre
1998, en collaboration
avec Odile Cavalier et
Valérie Deshoulières
(Université
Blaise-Pascal).
-. Participation à
l’organisation de
l’exposition de la
collection des Vases
d’Auvergne sous la
responsabilité de D.
Frere (1999) (Université
Blaise-Pascal).
-. Journée de DEA 7 mars
2001 (Amiens) :
Alexandre le Grand,
Religion et Tradition,
journée publiée par la
revue Mètis.
- «Démocratie, monuments
publics et deuil
privé », Communication
au colloque organisé par
l’Université de Crète :
9 et 10 décembre 2005,
Emotions over Time :
Ancient Pathê- Moderne
Sentiments a Comparative
approach, organisé
par David Konstan et
Anastasia Serghidou.
- Organisatrice du
colloque international
Espaces et Rituels :
Traditions et
Transgressions de
l’Antiquité à nos jours,
23, 24 et 25 janvier
2008, Université
d’Amiens.
Compte-rendu de
lecture :
1. Claude Calame,
Choruses of Young Women
in Ancient Greece,
1997, RHR mai
1999.
2. Victor Hanson, Les
Guerres Grecques,
Autrement, 2000,
Historiens et
Géographes, 2001.
3. Pierre Sineux,
Amphiaraos. Guerrier,
devin et guérisseur,
Paris, Les Belles
Lettres, 2007, pour la
REA.
4. Marcel Detienne,
Les dieux d’Orphée,
Paris, Gallimard, 2007
(1989), 234 p, pour la
REA.
5. Christiane
Sourvinou-Inwood,
Hylas, the Nymphs,
Dionysos and Others.
Myth, Ritual, Ethnicity,
Stockholm 2005, pour la
revue Anabases.
6. Lorna Harwick et
Carol Gillespie,
Classics in
Post-Colonial Worlds,
Oxford, Classical
Presences, 2007, 422 p.,
pour la revue
Anabases.
7. Martin M. Winkler
(éd.), Spartacus :
film and history,
Malden, Blackwell
Publishing Ltd, 2007,
267 pages, pour la revue
Anabases.
8. Claudia MOATTI et
Wolfgang KAISER (sous la
direction de), Gens
de passage en
Méditerranée de
l’Antiquité à l’époque
moderne. Procédures de
contrôle et
identification,
Paris, Maisonneuve et
Larousse, 2007, 512
pages, pour la revue
Anabases.
9. Marcel Detienne,
Les dieux d’Orphée,
Paris, Gallimard, 2007
(1989), 234 p, pour la
REA.
10. Isobel HURST,
Victorian Women Writers
and the Classics.
The Feminine of Homer,
11. Oxford University
Press, 2006, 253 pages,
pour la revue
Anabases.
11. Pierre Brulé, La
Grèce d’à côté. Réel et
Imaginaire en miroir en
Grèce antique,
Rennes, PUR, 2007, 542
pages pour la REA.
12. Martin M. Winkler
(ed.), Troy : from
Homer’s Iliad to
Hollywood Epic,
Malden, Blackwell
Publishing Ltd, 2007,
231 pages pour la revue
Anabases.
13. Gabriella Pironti,
Entre Ciel et guerre.
Figures d’Aphrodite en
Grèce ancienne,
Kernos, supplément
18, Liège, 2007, pour la
REA.
14. Dominique Jaillard,
Configurations
d’Hermès, Kernos,
Liège, 2007, pour la
REA.
15. Philippe Borgeaud et
Francesca Prescendi
(éd), Religions
antiques. Une
introduction comparée,
Genève, Labor et Fides,
20008, pour la REA.
16. Marie-Hélène
GARELLI, Danser le
Mythe. La Pantomime et
sa réception dans la
culture antique,
Editions Peeters,
Louvain-Paris-Dudley,
2007, 511 pages, pour
Anabases.
17. Rita FELSKI (edited
by), Rethinking
Tragedy, Baltimore,
The John Hopkins
University Press, 2008,
368 pages, pour
Anabases.
18. Barbara GOFF et
Michael SIMPSON,
Crossroads in The Black
Aegean, Oedipus,
Antigone, and Dramas of
the African Diaspora,
Oxford, 2007, 401 pages,
pour Anabases.
Conférences :
1. « Ménandre et la
société athénienne du
IVe siècle » (Université
d’Avignon), mai 1997.
2. « La personne et le
politique dans les
stèles funéraires
attiques » (EHESS), mars
1997.
3. « Les stèles
funéraires » :
présentation au
Laboratoire
d’Anthropologie
religieuse de Clermont
(CNRS), 27 janvier 1998.
4. « Dexiléôs : une
biographie
d’exception »,
conférence dans le cadre
du DEA de Grenoble
(PARSA), 24 mars 1998.
5. « Les Héros athéniens
et la liberté »,
conférence à l’Institut
d’Etudes Politiques, 15
février 1999.
6. « Le Citoyen athénien
au Ve siècle : ses
devoirs, ses droits »,
Participation aux
journées sur la
citoyenneté organisées
les 9 et 10 mars 1999 à
Reims par l’APHG.
7. « La Représentation
de la Jeunesse sur les
Stèles funéraires
attique », conférence
donnée à Nancy le 21
janvier 2000 dans le
cadre du DEA.
8. « Les Guerriers sur
les stèles funéraires
attiques du IVe
siècle », conférence
donnée à Lyon III dans
le cadre du DEA, le 8
mars 2000.
9. « La Représentation
des femmes sur les
stèles funéraires
attique de l’époque
classique », conférence
à Toulouse le 8 avril
2000, dans le cadre du
DEA.
10. Semaine de
conférences à Cluj
(Roumanie), 11-16
décembre 2000 (niveau
DEA : La Liberté ou la
Mort dans le monde
grec).
11. Conférence dans le
cadre du séminaire de
François Lissarrague :
« le Kalathos sur
les stèles funéraires
attiques » (14 mars
2001).
12. Conférence :
« L’instrument de
musique sur les
monuments funéraires
attiques de l’époque
classique », DEA
Toulouse, 8 décembre
2001.
13. Conférence sur « la
Musique et les Musiciens
dans la Grèce
classique », Musée
Saint-Raymond, Toulouse,
6 avril 2003.
Fonctions
administratives et
responsabilités
collectives
Participation aux
Institutions
-. Responsable du
département d’Histoire
(Clermont II),
1994-1998.
-. Responsable du CRCA,
1996-1999.
- Membre du Conseil
d’Administration de
l’Université de Clermont
II, de 1992 à 1996.
- Membre de la
commission de
spécialistes de
l’Université Jules-Verne
d’histoire, de
géographie en tant que
suppléante, de la
commission de
spécialistes de Caen.
- membre du Conseil de
Gestion de la Faculté
d’Histoire Jules-Verne
d’Amiens, depuis 2001.
- responsable du
département d’histoire
Amiens, 2001-2003.
- membre élu du CNU de
2003 à 2007.
Le 6 novembre 2008
signé
Geneviève Hoffmann.
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