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Métamorphoses Précarisation
Pérennisation
Vous avez dit
cultures populaires ?
Ce
syntagme pose toujours problème puisqu’il
combine deux notions polysémiques à enjeux
sociaux forts. Par cultures populaires au
pluriel ( !) nous visons toute une
combinaison de pratiques où se donnent à
voir, à entendre, à comprendre des types de
symbolisations, de stylisations du rapport à
soi, à l’unité domestique, aux groupes
d’affiliations informelles ou
institutionnelles et ce dans des écosystèmes
sociaux toujours localisés, toujours
historiques [ Jacky Réault, 1989,1996,
2007]. Le terme de cultures populaires ne
renvoie pas au concept d’ambition
idéologique et homogénéisante de classe,
mais au concept plus descriptif de milieux à
paysage composite sur frontières floues.
Refoulé par les discours sociologiques
fuyant l’hétérogénéité (problématique des
champs focalisée autour de Pierre Bourdieu
en tête et problématique marxiste et
néo-marxiste incluses), effacé des discours
politiques délégués au novlang des
experts, parlé via le seul angle de la
dérision sur les scènes médiatiques, le
schème du populaire se heurte d’abord à
toute une série d’obstacles a priori de la
représentation qui en dissuade l’approche
théorique exigeante.
Ces obstacles sont
pourtant un peu vains puisque ou bien
réinventées sous le mode du revival
(langues, décors, apprentissages) ou bien
souterraines (Michel de Certeau ne voyait-il
pas le populaire comme cette strate la plus
silencieuse de la culture attachée à nos
gestes les plus quotidiens ?) ou bien
résistantes ou bien simplement, radicalement
diffuses, les cultures populaires ne cessent
de se manifester. Elles se manifestent dans
leur altérité (ne sont-elles pas cet étrange
étranger de l’intérieur ? Michel de
Certeau, encore) et a contrario dans leur
capacité à créer des imaginations communes-
cette instance décisive du passage à l’état
de société selon Castoriadis. Car le
populaire ne se réduit pas à sa plèbe (dans
le schéma vertical des stratifications) mais
renvoie également à ce qui réunit un
populus dans une histoire (selon le
schéma horizontal des singularités). Aussi
ces cultures populaires dans leur actualité
instable sont-elles l’un des topoi
décisifs de ce moment critique des sociétés
en ce monde contemporain dont nous cherchons
les problématisations transversales.
Des
identifications déstabilisées
Le
temps n’est plus où l’écrin-écran d’une
culture ouvrière [Joëlle Deniot, 1996]
d’abord mise en cohérence et en récit par
des appareils militants encore largement
représentatifs, pouvait servir de fiction
positivement identifiante pour des acteurs
dont la subjectivité ne s’est d’ailleurs
jamais réduite à cette seule dimension de
métier et de rapport social. Le tropisme
exercé par la culture ouvrière sur des
cultures apparentées par lignage, mariage,
proximité vicinale ou statutaire (paysanne,
artisane, salariés intermédiaires) est par
là même menacé de désuétude. Les cultures
populaires ayant perdu cet emblème
historique leur permettant de faire face au
désaveu, à la minoration quels sont les
ancrages conservatoires, les lieux et les
modes renouvelés de leurs expressions, de
leurs pratiques, de leurs mobilisations ?
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N’est-ce pas dans ces mondes ruraux, si
déniés du modernisme, que les ethnographes
de la consommation (Nicole Tabard), les
sémiologues de l’espace continuent de
trouver le tissu le plus serré de
représentations, d’émotions, d’actions,
noyau d’un populaire encore rayonnant face
aux cultures sans sol des mégapoles ?
-
N’est-ce pas là aussi ou dans ces
ambivalents univers rurbains qu’un
ultime et vivace sanctuaire se manifeste
sous nos yeux, de ce que Roger Dupuy (Fayard
2002) nomme la politique du peuple, à
travers les révoltes usinières ?
-
N’est-ce pas aussi ce commun du
populaire que l’on retrouve sous le marqueur
si trivial de la quantité marchande des
cultural studies (Stuart Hall, Eric
Maigret) ?
Vers un monde
d’hommes dépeuplés ?
Cette
part de déréalisation du populaire est au
centre du questionnement de l’habiter
pris en ses sens allant du plus spatialisé
au plus intime. Ce qu’un « bon sens commun »
désigne comme fuite du sens, n’est-il
pas la perte de ces fondamentaux
anthropologiques, des sexes, des âges, des
ascendances, auxquels s’accrochent – ce
n’est peut-être pas seulement un préjugé-
les milieux populaires qui persistent à
s’identifier eux-mêmes ? Car il s’agit de
penser un monde non pas polarisé entre
culture populaire et culture savante, mais
un monde où se joue une mise en crise
réciproque des cultures populaires et des
cultures lettrées, également menacées par le
nivellement médiatique et central du monde
et cherchant séparément ou conjointement des
modes de résistance.
Joëlle Deniot, avec Jacky Réault, 27 janvier 2010, Projet de présentation d'un axe de recherche pour le laboratoire Habiter-Pips de l'Université de Picardie Jules Verne
Marché aux tissus à Istanbul hiver 2008-2009
Photos PM
Réault.


Le tissu ou le commun
(pour le moins) des femmes et non des seules femmes " du commun" (Photo PMR)
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