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Hégélienne serait
l'histoire
ouvrière nazairienne ? A chaque grand
moment, chaque marée d’industrialisation,
domine l’esprit d’un des trois peuples ouvriers qui la
constituent, se référant en frontières mouvantes à deux
grands blocs culturels sous l’égide arbitrale
d’un centre autoritaire personnalisé, la
magistrature
singulière du maire de Saint-Nazaire entre coutume et
institution. La survie
culturelle de chaque peuple alors que son moment de
scène historique est passé, leurs conjonctions en mobilisations
unitaires ou polarisées, constituent sur fond
territorial d’intense
insularité mentale, la spécificité
nazairienne. Son milieu intelligible n’est
pas la ville qui en constitue la scène mais un pays invisible manifesté en gestes épiques
dans l'après-guerre, que résume la conquête
d'une toison d'or en été
1955, découvert statistiquement en 1967 comme aire
d’emploi, au tournant récessif des
Trente Glorieuses engendrant la
mondialisation,
L'espace temps du
Saint-Nazaire
d'aujourd'hui, plus
agrippé que jamais à ce
que les soumis du
consensus de 1984
laissent subsister de
République française, est
celui de la grande crise
explosée à l'automne 2008,
celle du recentrage du
monde, de la désouverainisation des
peuples par les
financiers, du retour
violent de la
prolétarisation par
l'impossible
normalisation khmère-vert,
donc l'expropriation
tendancielle, de la propriété
populaire. |
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Penser les ouvriers nazairiens exclut d’entrée de penser
simple ; nous n’offrirons ici aucune munition pour
aucun camp ! Trop d’idées toutes faites trop d’histoires
de convention très contrôlées assaillent, trop de
mémoires
heureusement communes, plurielles mais surtout vivantes
: ni 1984, scission de la gauche et de la nation de 1789 ni 1991
implosion ici indolore de l'URSS, ne sont ici fin de le l'histoire !
Certes c’est par la ville site de ses géants chantiers[2a]
qu’on les nomme ;
elle fut leur seule
"scène nationale",
leur matrice
unificatrice. C’est
dans ses rues
qu’affluent et dans
ses places que se
concentrent,
visiblement et
cycliquement, les
multitudes ouvrières
qu’attirent encore
en 2009, ( quand se
rue au galop le
fléau prédateur de
la crise des crise),
ses doubles
chantiers de l’air,
de l’eau... Celui du
feu de la forge est
mort à Trignac en
janvier 1932 mais il
engendra ce feu
humain qui brule
encore
«marche (dite) de la
faim » des ouvriers
nazairiens
qui, le 23 janvier
1933[2b],
atteint sans
gagner, Nantes, - vu
d'ici, trop
ou trop peu
"chef"-lieu de cette
pourtant si
populaire république
des départements de
1789. Ne fallut-il
pas six mois pour
qu'arrive la
commande d'un
nouveau navire. Et
tant qu'il y aura
une république
française un tant
soi peu souveraine
un nouveau navire
viendra encore. La
crise en cours sera
de ce point de vue
le moment de vérité.
Régulièrement
Nicolas Sarkozy
soi-même croit devoir venir y
réaffirmer l'antique
contrat.
C’est dans la ville
que siègent,
longtemps et encore
temple de la
République, la
Mairie arbitrale, la
Bourse du Travail,
les Unions Locales,
centres de conquête
de l’aire et un,
-devenu si
improbable en 2008-
encore Centre de
culture populaire
toujours géré par
des militants
syndicalistes
que la dite
Deuxième gauche
n'a pu libéraliser ?.Certes
il fallut deux
générations pour que
le tissu urbain
reconstruit à la
soviétique et
tournant le dos à la
mer retrouve quelque
peu une vie urbaine
charnelle et dense
quoique les cafés
populaires aient en
grande partie laissé
place aux espaces
neutralisés et
musicalement
mondialisés de la
moyenne jeunesse
urbaine.
C’est là
cependant qu’une
monadique mais encore
classe
ouvrière, comme
séparée d'une
société qui l'a
reléguée au musée
social,
ordinairement
virtuelle hors
l’usine ou le
chantier, se donne
brusquement à voir
en immenses messes
unitaires de rue, -
réassurance rituelle
face à l’Etat, au
patron à l’hydre des
sous-traitants, à la
mondialisation
- ; mais elle sait
encore s’y ranger aussi en
ordre de batailles,
épopées de rue et
d’usines où
excellent (aient ?)
des multitudes
viriles : Culture de
fierté et de force
chez les hommes
assemblés dans cet
Ouest de la
dispersion bocagère
: précieuse
survivance ! C’est
par définition la
ville-commune,
peut-être
pourrait-on dire la
commune ville,
espace du
rassemblement comme
le fut si longtemps
l'Eglise, pour la
dispersion bocagère
des hameaux de
l'ouest (Ch. Tilly,
The Vendée), qui
permit l’institution
de cette fonction
municipaliste, sans
doute plus
corporatiste que
tribunitienne, du
maire-notable
populaire du temps
du bordereau[3a] et peut-être encore par réminiscence sourde, de la mairie
mutante
d’aujourd’hui,
fascinée par Nantes,
la dépopularisée[3b].
Mais la mairie
s'abolirait-elle
dans l'estuaire
cultureux d'une
agglomération
néo-féodale
"européenne", que
l'espace de la ville
resterait, les jours
de manifestation, le
propre des peuples
de l'aire. Le propre
c'est, ici comme
partout où subsiste,
(à l'encontre d'un
nomadisme de grands
urbains
mondialisés), le
lien de
collectifs
travailleurs, de
groupes domestiques
et lignagers et de
territoires, pour
des politiques du
peuple ( R.
Dupuy), voire pour
cette étonnante et
multiséculaire
culture historique
de la rébellion
française (J.
Nicolas), une victoire
du lieu sur le temps
(Michel de Certeau,
cité par J Deniot&J
Réault, Préface à
Espaces, temps et
territoires.
Lestamp-Edition
Nantes mai 2010.)
C’est
pourtant de plus large que de cette
ville très moyenne mais jamais
médiocre que l’on va parler ici
et que résume joliment un vocable
identifiant emprunté à l’espace on
l’on battait le blé,*
l’Aire
l'aire
de la force féconde entre l'aigle et
le blé, et non le bassin (de vie d'emploi) dont on suit
la pente vers le bas, formule qui l'a emporté en un
temps où la culture est plutôt hantée par Big Mother (M
Schneider). Le syntagme aire d’emploi est né d’un temps
historiquement unique (l’apogée des Trente Glorieuses)
où le travailleur libre[4]
se sait encore par définition « précaire » ce qui n'est
pas forcément triste, c'est l'attribut ambivalent du
salariat, mais il se sait peut-être plus encore ici
empaysé (J R 2004). Il éprouve donc contradictoirement que sa
liberté est l’unité tenue de tout un complexe de
déterminations à la fois organiques et séparées. La
première est évidemment le salariat même, son fragile
lien (d’emploi) y compris sa capacité de le délier lui
même en licenciant son patron, en détail les jours de
grève ou en gros quand joue dans le haut des cycles
Kondratieff, et à son avantage, la tension du marché du
travail.
La seconde est la paradoxale garantie d'un
Etat à la fois combattu (l'anarchisme de l’ambivalent «
bocage mental » de l'ouest) et toujours sollicité pour
civiliser les contrats léonins par un plus ou moins
quasi-droit. La troisième, irréductible à l’idéologie
marxiste ( sauf à y introduire l'anthropologie braudélienne de Claude Meillassoux), est l'assurance palpable, quand il le
peut, d'un patrimoine familial et lignager sauvegardé ou
reconquis dans des emboitements de territoires qui font
pays. Le "prolétaire" aussi réel qu’ inachevable a beaucoup
de patries contrairement à son congénère idéel du
Manifeste communiste. Tout cela fait beaucoup de réels mêlés pour
les manuels prémâchés d'une pseudo Science Economique
et Sociale.
Cette dense réalité là est décidément
insupportable et globalement hors d'atteinte même d'une
authentique sociologie devenue disciplinaire et "undercontrol"
de quelques clans au savoir achevé. Les travailleurs
libres d'ici pratiquent sans fin ces contradictions qui sont la dynamique même de leur vie et du rapport de leur vie à leur travail. Pas étonnant qu’ils se divisent en plusieurs pensées et qu’il se divisent eux-mêmes et parfois contre eux mêmes, pour ne se retrouver que dans d’exceptionnelles mais si puissantes
retrouvailles collectives !
Ce
n’est pas la ville qui les a seule
engendrés par quelque parthénogénèse
mais ces pays si divers entre terre
mer et fleuve, Presqu’île
guérandaise, Pays de Retz, confins
de Nantes aux bords du sillon de
Bretagne ; c’est
de là que sourd (ent) la vie (les vies) diverse (s) qui
les ont modelés. La ville-scène-de-jour, ne les connaît
que comme un vaste chœur qui ne serait même plus la
métonymie du démos mais sa seule réalisation cyclique et
rituelle, d’où la tentation d’insularité mentale que
cultive encore la forte sous-culture, aristocratique,
celle-là, de l'anarcho-syndicalisme en ses
métamorphoses contemporaines. Et pourtant, si la « ville
ouvrière », « la capitale (avec Nantes alors) de la
contestation sociale », fut promue scène nationale des
luttes sociales des années 50 et 70 n’est-ce pourtant
pas surtout par la geste fondatrice (1955) de bataillons
juvéniles en vies et solidarités villageoises encore
vivantes[5],
les soudeurs ruraux, arrivés de la dernière pluie.
Les ouvriers nazairiens d’aujourd’hui toujours nombreux
- tout l'ouest de "l'accumulation primitive continue"
(Meillassoux 1975) a vu croître le nombre d'ouvriers du
temps même de la mondialisation - baignant toujours, fait
exceptionnel en France à cette échelle, dans leurs
propres traditions et cultivant leurs propres mémoires.
Ils travaillent et surtout vivent plus que jamais dans la
dispersion, entre Pontchâteau, Donges et Paimbœuf. Moins
urbains par le travail, ils habitent toujours moins la
ville même mais toujours plus ses périphéries. D’origine
Saint-Nazaire est habituée à mourir un peu chaque soir,
mais désormais, à l’ère de la mondialisation, et comme
toutes les autres, la ville tend toujours plus à
refouler ses peuples hors ses murs à l'instar des media
qui les refoulent dans le néant et des oligarchies
continentales et mondiales qui prétendent les abolir
comme mode, avec leurs femmes "employées" du peuple
social et comme producteurs directs de biens et services, noyau dur avec les
paysans et les artisans, d'une nation souveraine.
Au moins Saint-Nazaire-ville si
enracinée dans un bout du monde si matériellement
présent de mer de fleuve et de roc, restée industrielle
et ouvrière, échappe encore à l’insupportable arrogance
des bobos[6]
déterritorialisés qui se sont appropriés les capitales y
compris celle des Pays de Loire[7],
même si les derniers infléchissements de la mairie
donnent l’impression d’un affadissement d’une imitation
de l’exemple nantais qui tendrait à ne plus proposer
d’identification collective que celle très déréalisée
que se donnent partout les hauteurs des "classes
culturelles" (E. Todd, L'illusion économique, PUF 1997)
qui restent maîtresses des centres villes. A
Saint-Nazaire l’heure est cependant loin d’être venue où
la vie publique et les respirations de l'imaginaire,
pourraient ignorer qu’elles doivent toujours compter
avec les « politiques de peuples »[8a]
toujours latentes et prêtes à resurgir parmi ces derniers
créateurs d'univers que sont les constructeurs de
maisons de bateaux et d'avions.
Dans les moments de
crise intense, telle celle qu'a engendré le carnage de
la passerelle du Queen Mary II le 15 novembre 2003, par l'unité et la
coloration de l'émotion qui entoure les gens de la
navale, c'est empiriquement un bloc populaire, social et
sociétal (accrochant au noyau travailleur les valeurs
communes) qui s'affirme, comme d'ailleurs quand revient
la très grande crise et l'extrême péril en janvier et
mars 2009[8b]. Capitale de cette aire salariée ouvrière et
rurale, Saint-Nazaire ne deviendra pas si facilement
cette Saint-Nazaire sur mer, ilot "branché" de
l'archipel d'un déclinant mais prédateur Etat culturel
asservi à
l'idéologie de la mondialisation.
La navale au cœur
La Navale nazairienne, cette industrie par excellence,
celle qui engendre le seul monde complet autosuffisant à
l'exception de la planète, le navire, et que
célébrait
l'ouvrage aussi immédiatement référentiel que vite
enterré par les notables - Saint-Nazaire et la construction navale- où
s'inscrit à son origine cet essai, symboliserait leur
unité ? Mais quelle assemblée de peuples désassortis que
le soir disperse entre Vilaine et Vendée au delà des
deux ponts si beaux et qui enjambent si large qu’on est,
les ayant franchis, dans des au-delà qu’aucune annexion
ne menace, construits qu’ils sont entre mythe et
histoire dans l’imaginaire[9]!
Quelle armée ouvrière fut plus divisée contre elle-même,
inégalitaire, si peu citadine, quoiqu'elle ait fait
récemment, et ceci contradictoirement aussi grâce à son
ambivalent dernier maire, d'évidents progrès : L’usine
de la ville, celle des producteurs citadins désormais si
intriqués de l’économie du savoir, ingénieurs
techniciens ouvriers, c’est l’aviation, l’actuelle
Airbus industrie avatar provisoire de la virtuelle
Europe[10],
mais si enracinée aussi dans la ville, le territoire et
l’État français.
Reste que si les effectifs de la Navale
fondent lentement, ni le pétrole ni la chimie ou même
l’Aérospatiale ne modèlent toujours en 2008 aussi large
territoire de vie quand le travailleur rentre chez lui.
Le salarié modal résiste à la lénifiante et confuse
"tertiarisation", prêt à penser globalisant des manuels
scolaires ; il reste ouvrier, et l’ouvrier modal est
toujours le « métallo » masculin qualifié quoique
toujours plus imprégné de sciences et de techniques[11a].
Penhoët ! Le sanctuaire du métallo est peut-être encore
le Chantier naval si fortement nommé par le sonore
vocable breton intégré dans ce tissu vivant, borderline
entre la terre et l’eau, de la métallurgie d’après
Vulcain, celle des constructeurs de mondes. Penhoët est
encore le sujet historique flamboyant de 1932, 1936,
1955, 1967, etc. , où travaillent soixante pour cent
encore de cette improbable classe-ouvrière-cyclique
anachronique et contemporaine, si intense dans ses
brusques et aléatoires renaissances quand elle se
manifeste apparemment à contre histoire et se fait, ce
faisant, de temps en temps, l’histoire même.[11b].
Pas
plus que la forme de la ville ni même la forme
utérine où naissent les navires, le seul travail
ouvrier ne résume les vies ouvrières séparées
et communautaires, les vraies vies qui intègrent
ce travail à leurs propres fins, dessinant des
territoires variés. L’expression moderne d’aire
d’emploi les condense en les trahissant. L’offre
d’emploi centralisée, le marché les unifièrent, mais il
les voile : Sous l’aire une poignée de
cantons des dizaines de communes[12a]
où les ouvriers restent, - ce qui n’est plus le cas de
la ville -, majoritaires, n’en finissent pas d’exister
pour eux mêmes. Sur ces fiefs ficelés par le réseau de
transports, sur les travaux divers de l’industrie tant
unifiant que diviseurs, une geste ouvrière historique
unifiée, s’est faite mémoire, institutions, rites,
identité ouvrière voire, on l’a suggéré,
ouvriériste, mais en plus, pas à la place,
d’autres identités. Le mode capitaliste de
production n’a pas détruit leurs propres modes de
reproduction.[12b]
A l’inverse, leurs manières d’être en villages, en
lignages, sur leurs terres et sous leur toit colorent
leurs actions de classe. Grèves, votes,
appartenances, jusqu’aux ficelles des métiers ne sont
déductibles de la seule usine, ou du travail salarié.
L’aire
est quasi-organisme Centre et
périphérie. Sur une vaste marge
rurale et rurbaine, des
travailleurs libres à la fois
salariés et petits possédants.
Doubles donc .Collectivistes et
libéraux, autonomistes forcenés
et nostalgiques de communautés
fusionnelles. Au centre
s’installe d’abord le premier,
un peuple sans héritage, sans
maison, sans qualification
souvent, entre le port, Méan et
un glacis asséché de la Brière,
Trignac. En 1991, -en 2006 plus
encore ?-, il reste plus
dépossédé. Plus habile à
l’action collective qu’aux
stratégies privées, il à bien du
mal à conserver simplement
l’emploi. Marquée par ce premier
peuple prolétarien, peu
consensuel mais égalitaire, et
par l’aristocratie d’hommes de
métier moins consensuels encore,
la ville[13a]
ne devint centre d’un consensus de classe et pas
seulement de coexistence commune que tardivement quand
la loi impose la trinité syndicale, emblème ici de ses
trois peuples, contre l’ancien monopole des
professionnels puis du bloc laïc. Le monopole
municipal céda plus tard encore, il y fallut la guerre,
l’occupation, la Poche…. Si elle offrit ses rues à
l’intense et précaire unité de ces peuples, le sujet
de l’histoire nazairienne n’est pas sous le
pavé urbain mais dans les arcanes fluviaux maritimes
maraichins et bocagers de toute l’aire ; c’est
là qu’il faut creuser.
Cet article bat le rappel des trois
formes de vie ouvrière engendrées par l'histoire
industrielle moderne au sein des trois "peuples" de l'aire sous ce qui
risquerait de devenir l’histoire sainte d’une seule
classe. [13b] Trois peuples, trois territoires, trois
fils historiques et deux blocs culturels. Voila
pour tant de moments singuliers résultantes de leurs
enlacements ou affrontements entre eux et avec "le temps
du monde", comme avec "l'identité de la France" (Braudel
et Braudel), nos clés.
-
Des
hommes dépourvus de biens et de
métier, des deux fois prolétaires
donc, - prolétaires achevés dans
notre typologie- citadins de
Saint-Nazaire ou néo villageois de
Trignac, de culture laïque, bleus
puis rouges, puis.... voila
le premier peuple, plutôt seul, le
plus proche d'une classe ouvrière
assimilée à un prolétariat réduit
aux ressources du salaire voire,
dans la vie pavillonnaire trignaçaise au
travail domestique plus ou moins des deux sexes..
-
Des hommes encore, mais professionnels qualifiés citadins,
laïcs aussi, bleus jamais très rouges longtemps
hégémoniques, rejoints par ces briérons double
possédants, entre ville et îles, du métier et de la
terre : C’est le deuxième peuple, il
connait la promotion scolaire et croise la militance
qu'engendra l'école publique, plus peuple que classe
sauf souvent verbalement
plus classe que moyen
sauf à penser comme l'essentiel
du peuple sociétal, le
vaste volant de pérennité que
doit défendre sans fin le
travail paysan puis le salaire
précairement patrimonialisés..
-
Des
hommes et des femmes, ruraux
apparemment sans qualité,
dépaysannés des années, Trente déjà
mais surtout des Trente Glorieuses
(1944-1974)[14],
le troisième peuple encore immergé dans la terre,
liée aux lignages paysans, longtemps relié par les
paroisses, il s’abolirait lentement dans les
précédents si son mouvement n’avait institutionnalisé
une autre culture, via le syndicat « chrétien » qui aida
leurs passages, introduisant en le civilisant le
dualisme de l’Ouest d’après 1793 dans le mouvement
ouvrier. Double dualisme de la religion et de la
propriété: antithèse du premier peuple, prolétaire
inachevé (?)
Et par-dessus (ou par dessous) tout ça deux socles de
symboles deux blocs culturels. On dira par convention
bloc chrétien, bloc laïc,
guerre civile pacifiée en
interaction devenu mutuellement, civilisatrice.
Double vie double culture
Double vie
? La vie entre deux monde, le pays le villages, le
domaine domestique et productif, la logique séparée
privative d’un côté ; le travail industriel concentré,
la logique socialisée collective, de l’autre. Champions
de la Double vie, les briérons puis les
dépaysannés de l’Expansion. Simple vie ? Le
premier peuple ouvrier de l’estuaire est plus
moniste par sa nudité prolétarienne à Saint-Nazaire,
sinon à Trignac où il redevint villageois et tardivement
accédant.
Bloc
catho et bloc laïc
En 1936 encore, sous la bannière républicaine et laïque,
les deux premiers peuples semblent culturellement n’en faire qu’un, s’opposant en bloc au monde
paroissial et rural dont maints enfants sont déjà dans
l’usine, mais un peu à l’écart. Ils sont exclus du
mouvement ouvrier surtout s’ils veulent s’y intégrer à
leur manière, via le syndicat chrétien, mais
jusque dans les années 50 en passant sans façon mais non
sans traces langagières, par les paroisses catholiques,
confirmant ainsi, plus que par leurs stigmates
linguistiques et comportementaux ruraux, leur soumission sur la
terre des prêtres et des marquis. L’isolat
nazairien pousse à l’extrême ce dualisme de Guerre
civile froide de l’Ouest post-vendéen.
La C.F.T.C. se nourrit certes du réseau paroissial mais
comme à Saint-Etienne
vise aussi dans l'usine même, les oubliés d'une
conscience de classe sous l'hégémonie aristocratique des
métiers sinon de l'avant-garde communiste: manœuvres, ruraux, soudeurs,
... jusqu’aux aux femmes, femmes de ménages ou
pontonnières. Le discours du militant ouvrier
chrétien, personnaliste, solidariste et par les
ouvriers plus que par les employés, populaire, est en
porte-à-faux avec la doctrine collaborationniste voire
libérale de la confédération liée à l'Eglise. Contre le monopole de la C.G.T.,
et de facto souvent à côté du
militant C.G.T.U. qui l'effraie mais le fascine,
il intègre nolens volens, l'esprit de revendication
et se frotte pratiquement à la lutte de
classe. Ce vocable longtemps honni, qui prendra un
goût si troublant de transgression permise lorsque entre
Vatican II et la signature du Programme commun de la
gauche, il sera surinvesti via la confuse autogestion,
puis neutralisé. Ce sera bref.
Entre 1936 et1947, par glissement puis saut
institutionnel, la C.F.T.C.. devient une forme légale,
puis instituée[15]
du mouvement ouvrier et non plus son antinomie. Il lui
restera à devenir légitime dans l’insurrection
populaire de toute l’aire en 1955. Pour que la mutation
se concrétise, il faudra que soit isolé dans le bloc
laïc - la scission de F O de 1948 y aidant -, le
noyau intégriste et que soit marginalisé dans la
C.F.T.C.. un monde frileux d’employés bigots,
selon l’expression de l’un des fondateurs nantais du
mouvement Reconstruction acteur régional et national de
cette mutation[16]
Le Bloc chrétien peut ainsi s’ouvrir par
l’entreprise, et non plus par la paroisse, au flux de la
seconde (dernière ?) industrialisation. La
nouvelle culture gagne son brevet de classe en
1955, atteint le parti socialiste dans les années
soixante dix s’accomplit dans l’Union de la Gauche ; en
passe de devenir politiquement hégémonique saura-t-elle
éviter la décomposition de son personnalisme
communautaire dans l’idéologie dominante individualiste
et privative et le ralliement acritique mais surtout
libéral post-catholique à l’Europe ?
Ces deux blocs nés de la Révolution et de la
Contre-révolution étaient bien toujours là, actifs et
pertinents en 1991, à la veille de la ratification
acrobatique du Traité de Maastricht ; ils ne le sont pas
moins quoique autrement en 2006 et 2008, après le massif Non
français de 2005 ; les trois peuples ouvriers de l’aire,
urbains et ruraux ont cependant presque également et fortement voté non,
en forte rupture avec la « gauche » culturelle[17]
et tertiaire supérieur de Nantes. Si la réalité se
montre régulièrement ici si adéquate à son concept,
il ne faut pas prendre à la lettre la
dénomination commode, idéaltypique de ces deux blocs qui
se réalisent en formes historiques mouvantes. La
rencontre du troisième peuple et des militants du
Bloc chrétien institutionnel et culturel,
n’implique pas que ce dernier flux soit plus chrétien
que, par exemple, privatif, égalitaire, patrimonial et
en tout cas il n'est plus majoritairement sous emprise
d'église.
Mais, historiquement, ce bloc fut le relais de
l’acculturation douce du troisième peuple, sas
entre la ferme et l’usine, accompagnateur de ses
radicalisations, éclaireur de sa mutation politique,
acteur de son nouvel enracinement[18a].
Il est encore la base principale de la C.F.T.C., à peine
moins de la C.F.D.T. dont les militants sont cependant
plus divers. [18b]
Double vie
a donc un sens plus profond. Le long frottement des
blocs finit par tout rendre un peu dualiste ici, du
mouvement syndical au Parti socialiste dominant, des
ruraux confrontés à l’usine et aux valeurs
prolétariennes, aux citadins compromis avec l’Ancien
Régime. Double identité partout ! Comment les actes ne
seraient-ils pas à la fois ancrés dans des permanences
et inattendus, en un mot, historiques. Nous
survolerons l’irruption historique des trois peuples
dans cette aire et cette ville, pour faire le point,
ensuite, dans les groupes de la vie privée ouvrière de
la prolétarisation dont l’inachèvement ou l’inversion
reproduisent la double vie ; et conclurons sur le vote
syndical et politique rapporté aux trois peuples, aux
deux blocs.
L'unité résultante problématique de trois histoires enlacée ou délacés
Les prolétaires immobilisés, la mémoire souterrains d’un
passé offensif, qui s’institua dans le communisme,
Le premier peuple, sans biens, ni lignages, ni
métiers, nu déjà dans la paroisse bretonne ou plus
lointaine qu’il a laissée, aménage l’estuaire, au mitan
du siècle de Germinal, construit, le port, puis
le chemin de fer, la ville. Terrassiers, maçons,
débardeurs et autres hommes de peine puis dockers,
charbonnier, manœuvres aux forges ou
cheminots, ils n’intègrent le sanctuaire naval que dans
les années vingt, avec des emplois d’aides, riveurs,
élingueurs ou autres matelots[19],
servants des hommes de métier autant que du capital.
Les ouvriers nazairiens originels ce sont eux ;
installés d’entrée dans la boue et la vie vraiment
précaire, entre Méan et Trignac par les villages sans
églises. Leur conscience s’ancre plus qu’en un
travail particulier, dans la précarité qui les poursuit.
Les débuts sont terribles, morbidité, mortalité; sans
eau potable, sans hygiène. Ils perdurent dans le risque
et les violences du chantier avec l’alcoolisme
compensatoire, le taudis, le salaire dérisoire, l’emploi
rompu chaque soir ! Reste un style marquant la culture
urbaine: un goût pour la prouesse violente spectaculaire
à connotation virile, mais aussi un certain fatalisme,
une immobilité, une clôture ouvriériste.
Leur misère frappe en 1900, les frères Pelloutier dans
la Vie ouvrière en France. En 1936, au vu du
recensement les choses ont peu bougé. Réduits au salaire
de l’homme, démunis de tout moyen d’autoproduction,
culturellement étrangers aux stratégies privées,
ils restaient condamnés au collectivisme de masse.
Si leur histoire propre leur fut ravie par les
professionnels stabilisés, les briérons et plus tard les
ruraux plus lointains qui investissent la ville au cours
du siècle, Ils ne furent pas toujours des loosers.
Les luttes trignaçaises, l’appropriation de la rue,
par les dockers et les charbonniers nazairiens,
leurs pugnacité et leur rationalité revendicatives
manifestent surtout avant 1914, un monde jeune et
conquérant. Loin d’être résumés par l’ouvriers
professionnel de la Navale et ses servants ruraux,
l’histoire ouvrière est leur affaire jusqu’au désastre
trignaçais de 1933[20],
Le déclin du port, la fermeture des forges et la fin du
charbon, puis la guerre, l’exode se liguent contre eux.
Dès les années vingt, la culture des chantiers évince la
leur. Ce sera le temps du “bordereau"[21],
l’institution de la négociation collective du salaire
monopolisée par les professionnels.
La
C.G.T.U.., en dehors de rares professionnels
sous-traitants de la chaînerie trouve ses maigres
troupes du côté des riveurs et chanfreineurs, des
cheminots, des dockers, des charbonniers, épousant de
facto leur marginalisation ; mais la masse reste
distante. Le municipalisme personnalisé fascine leur
faiblesse ; leur goût de la violence immédiate se plie
mal à la bolchevisation. Actifs en 1936 et 1938,
l’unité les étouffe un peu mais la concentration en
cités de relogement en 1945 les soude comme jamais. Le
quartier d’Erbins sera une véritable base rouge[22].
En 1947, une C.G.T. nouvelle qui ne les marginalise
plus, les organise et les accroche au communisme mais,
réduite à leur soutien, elle passe très près de la
marginalisation[23].
Ils doivent en passer par le rapprochement avec les
autres refoulés sur d’autres marges, les chrétiens et
ruraux, alliance vitale pour la survie de la C.G.T.,
selon Paul Malnoë, dirigeant historique de Force
Ouvrière. Cette incongruité produit de l’histoire en
1955. La marque des prolétaires de force se mêle
à une action directe violente et
anti-intellectuelle propre aux jacqueries. Le lien
privilégié C.G.T.-C.F.D.T.. reproduira cette conjonction
jusqu’à la fin des années quatre-vingt où semblent se
dessiner les prémices d’une nouvelle marginalisation.
Seul l’anticléricalisme de F.O... semblait freiner encore
le changement de bord du bloc chrétien vers un bloc
réformiste du salariat installé ; en 2006 la
perspective de ce bloc réformiste s’est éloignée avec le
reclassement de fait des choix politiques autour de la
mondialisation et de son vecteur principal l’Europe
libérale opposée aux acquis ouvriers nationaux. Ne va t
on pas vers un rapprochement des frères ennemis de l’ex.
CGT unifiée contre une CFDT toujours plus politiquement
intégrée à la deuxième gauche libérale et
européiste. C’est l’hypothèse que nous faisions déjà en
1995, à Nantes, lors du Colloque pour le centenaire de
la CGT.
Mais il faut distinguer pour le moins trois mi-lieux
prolétariens dans l'aire
- Isolés dans un tissu résidentiel qu’envahit le
tourisme marchand, les pêcheurs prolétariens du Croisic
maintiennent une de ces identités résistantes qu’induit
la communauté de travail affrontant une nature
redoutable, sur la mer ou dans la mine, dans l’extrême
dureté d’une discipline et d’un arbitraire hiérarchique
d’un autre âge, mais le temps joue contre eux, qui
réduit l’emploi comme le revenu, qui ferme les
conserveries où leurs femmes trouvaient l’appoint
irrégulier mais récurrent du salaire misérable, sinon
une véritable salarisation. L’alcoolisme et l’anomie des
adolescents creuseront toujours plus la précarité de
leur vie et leur marginalisation sur leur propre sol par
une petite bourgeoisie marchande et immobilière
impitoyable et âpre au gain ? Cette typification est
évidemment abusive et datée ; en 2006 rien ne permet de
tenir un propos si assuré.
- Trignac, le village estuarien en amont de Méan, passe au socialisme municipal bien
avant Saint-Nazaire. Un village à soi ce n’est pas rien
même si c’est le triste Trignac et sa forge sauvage et
ruineuse de vies puis ses irrécupérables ruines
industrielles qu'aucun bobo ne tenta heureusement
d'esthétiser en friches post-industrielles pour palier
l'ennui des classes (en réalité "post"
) culturelles. Le village prolétarien si longtemps même
sans église gère toujours son destin qu'aucun touriste
morbide ne vient polluer, gardant ses
fidélités politiques propres. On y conquiert (mais il s’agit
d’abord de nouveaux arrivants), en nombre, la maison
individuelle à la fin des Trente Glorieuses.
- Les prolétaires de la ville de Saint-Nazaire semblent,
eux, ne plus rien maîtriser, trois fois dissous, par la
fin des cités de relogement, l’exclusion du travail,
l’obsolescence ou l’affadissement du lien communiste.
Le groupe éclaté entre le surclassement acrobatique (une
frange trouve in extenso, via l’Aide
Personnalisée au Logement, l’aubaine de la maison
individuelle et des traites ) et la marginalisation, a
perdu sa cohérence socio-spatiale. Combien d’héritiers
du premier peuple dans les 22 % de chômeurs du
canton de Saint-Nazaire-Est en 1991? Stigmatisés par un genre
de vie qui détonne dans un univers ou tout le monde,
sauf eux, est maître en son domaine, privés des deux
messianismes social-chrétien et communiste qui furent
porteurs de fraternité et d’intégration légitime, qui
dirait leur révolte et leur désespoir ? Si le Front
national, (la seule alternative encore tribunicienne (
Z. Stirnhell) que s'inventèrent les
ouvriers abandonnés par leurs partis
?) ne trouve pas cependant parmi eux les scores
que lui donne les territoires de la désindustrialisation
sauvage des années 81-86 dans le Nord et l’Est de la
France, il y puise cependant des électeurs à son apogée
et qui préfèrent de toute façon
l'abstention consciente à la
désidentificatrice soumission.
De
la quasi ethnie briéronne à l’hégémonie des hommes de
métier
Deuxième
peuple : Tradition millénaire certes pour le bois, la Navale moderne
du fer et du pétrole est seconde, la construction des
navires ne se pérennise qu’au début des années 1880 ;
les ouvriers du port, des forges même sont déjà là.
Comme par miracle ces hommes vont renaître vers 1884 du
sol Briéron où ils bricolaient leur vie avec un
prodigieux patrimoine de techniques polyvalentes en se
passant du Capital comme ils s’étaient passés des nobles
sinon des prêtres. Ils deviendront ses salariés mais
jamais exclusivement; gardant leur savoir polyvalent y
compris dans le Chantier jusque dans les années soixante
et sur leur terre comme dans leurs eaux si belles au
soleil des matin d’hiver.[24].
Produit d'une manufacture hétérogène dirait le Marx
lumineux de la Section IV du Capital, le
navire requiert une armée différenciée d’hommes de
métier et une marge de quasi-domestiques que la
périphérie de l’aire fournit d’abord avec d’ex-vrais
domestiques ruraux, âgés souvent. L’armée navale
atteindra 11000 hommes à son apogée dans les années
cinquante quand elle se concentre en un seul chantier,
flanqué d’établissements mécaniques ou chaudronniers.
Rien d’un Léviathan capitaliste faisant de petits
producteurs des prolétaires achevés,
isolés, hétéronomes, et sans qualité. C’est comme si les
Chantiers avaient passé contrat tacite(?), voire fait
alliance quasi politique avec une communauté (quasi)
ethnique entière..
Au patron la plus-value née de leur
savoir, pour eux la normalisation du travail, la
chefferie sur les autres ouvriers ; leur force de
marchandage restant leur capacité à se passer du
patron en assez longue période grâce à la double
activité[25].
Ils le prouvent en vivant sur leur fonds dans les temps
de chômage ou de grève. Après avoir longtemps brisé
les grèves des citadins, ils inventeront la grève du
temps récupéré ; le salarié redevenant par elle petit
producteur à son compte. Il a fallu presque un siècle
pour briser dans la division du travail leur force
encombrante, devenue celle de tous les professionnels de
la Navale. D’autres[26]
ont décrit ce processus d’Organisation Scientifique du
Travail précoce mais limitée, l’école des apprentis, la
sérialisation relative des années soixante. On se
limitera à l’aspect historique et anthropologique
global.
Organisation du temps, hiérarchie interne et partage des
tâches de l’équipe de base, formation finale - même
après son amputation par l’école (patronale)
des
apprentis -sont un compromis bilatéral, pas une
pure domination du capital. La coutume du chantier, si
bien rapportée par Louis Oury, la norme de la dépense de
force, la maîtrise des temps du boni ,
qu’imposent les professionnels pèse autant que la loi du
patron.
L’exclusivisme briéron, culture de pays ethnicisée
par les urbains, archaïque, hostile aux nazairiens
finira par se fondre au Chantier, sinon dans les iles
briéronnes, dans une caste unifiée de professionnels.
L’hégémonie des professionnels, à partir de 1920, repose
d’abord sur des citadins de souche, des promus du
premier peuple et une minorité d’ouvriers
exogènes(des gens de Montluçon sont dans les années
vingt parmi les premiers semeurs communistes). Mais
beaucoup de ces citadins sont des briérons plus ou
moins intensément et précocement séparés du marais.
La finale loi de ce milieu fut un compromis très
proche de la coutume briéronne après la fin de leur la
bouderie corporatiste entre 1921 et 1933.L’idéologie du
contrat, valeur culturelle centrale et commune,
constituera le socle culturel de la C.G.T. confédérée
et de son monopole de négociation. C’est le temps du
bordereau, l’institution de la négociation
collective du salaire monopolisée par les professionnels
dans les années vingt.

« Le temps du bordereau » L’ensemble de l’’iconographie
de l’article de 1991, ici reproduite, est l’œuvre de
Thérèse Dumont (Ecomusée de Saint-Nazaire,
Saint-Nazaire et la construction navale).
Le contrat collectif précoce survivant ici à l’économie
de Guerre s’ancre dans cette culture de professionnels
monopolistes de type anglo-saxon que décrit
Benjamin Coriat dans l’atelier et le chronomètre.
La grève n’est qu’une figure limite. On frisera le
corporatisme autoritaire excluant, les femmes, les non
qualifiés, aussi bien que la lutte véritable. Le modèle
organiciste et inégalitaire de l’Ouest des notables
n’est pas loin. La mairie de Saint-Nazaire noue le
système sous son patronage. Il faudra la conjonction de
deux égalitarismes, le prolétarien et le paysan, pour le
briser entre 1936 et 1955.
La C.G.T- Force Ouvrière gérera cet héritage, sur Saint-Nazaire plus qu’en
Brière, sans plus pouvoir ni vouloir l’ouvrir que la
C.G.T. de 1935. Les salariés garantis de la
construction aéronautique, les services de l’Etat à
l’exception des chemins de fer étaieront cette base dans
le même esprit contractuel avare de grève, fièrement élitiste et
masculin. L’effritement s’accélère dans les années
quatre-vingt... C’est dans les années 60 à 80 le
syndicat des pères de familles professionnels
autochtones citadins ou côtiers et laïcs. Son lien au
militantisme de l’école laïque fait cependant perdurer
une sensibilité politique anarchisante que la montée en
puissance de la deuxième gauche post-catholique a
contribué à maintenir mobilisée. Une fraction du vote
d’extrême gauche nazairien induit par l’éloignement des
partis de gouvernement et des classes populaires y
trouve toujours un vivier.
La Brière ouvrière se clivera, entre les marges encore
très paysannes et le Centre, aux nombreuses générations
ouvrières selon le chanoine Vince inventeur d’une
analyse des espace-temps de la salarisation dans l’aire
de Saint-Nazaire. Au cours des années trente, la
C.F.T.C.. gagne St André-des-Eaux, Besné, Crossac sur les
thèmes culturels de la mère au foyer, et du
salaire minimum indexé au nombre d’enfants.
Dans le centre historique à Saint Joachim, Saint
Malo-de-Guersac, voire à la Chapelle, F.O.. et la C.G.T.
d’après1947 fidélisent une base à la fois possédante et
revendicative. Le P.C. suit ; il y résiste encore. Dans
les secteurs indépendants de la hiérarchie des métiers
de la Navale, l’Aéronautique et la pétrochimie la C.G.T.
et le P.C. captent entre 1936 et 1950 une seconde base.
Ce sont des ouvriers qualifiés, modernes, chers
aux auteurs du Manifeste, qui furent ses
meilleurs zélateurs; citadins, exogènes souvent ou
transfuges du premier peuple passés par l’école des
apprentis puis par l’enseignement technique. D’abord non
possédants, ils rejoignent, dans l’Après-guerre, la
cohorte des accédants à la propriété sans pour
cela changer de bord.
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Le syndicalisme nazairien
est très représentatif : des adhérents nombreux et une participation élevée des
salariés aux élections professionnelles
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20 Septembre 1948 :
meeting
interprofessionnel à
ST-Nazaire.
Après
la Libération
,
un équilibre relatif s’instaure entre les trois principales organisations
syndicales
( CGT, CGT-FO et CFTC )
|
La troisième vague : l’ouvrier rural sans qualification
des Trente Glorieuses et l'irruption des femmes
Le troisième peuple, la Navale l’attire d’abord
dans ses flancs lors de la mutation technique de la
soudure au rivet à partir des années
Trente, mais la
gésine d’une nouvelle force sociale attendra la
Deuxième et dernière
industrialisation, étayée par le boom du Bâtiment de la
Reconstruction.
Bien avant 1945 un monde ouvrier organisé par le métier,
le bâtiment, perdure en entreprises dispersées de la
côte bauloise et pornicaise. Il sera gonflé par la
Reconstruction, le tourisme marchand, la ruée vers la
maison. Les hommes de métier urbains et laïcs dominent
un peuple rural de manœuvres, de compagnons, pour qui le
bâtiment n’est qu’étape ou appoint et qui ne devient
visible qu’en 1955 au sein du troisième Peuple.
C’est, dès les années vingt, plus que l’organisation
scientifique du travail, largement volontariste, la
révolution technique de la soudure à l’arc chassant le
rivet qui ouvre la Navale aux nouveaux ruraux. Le
soudeur de première génération n’est pas l’homme d’une
formation mais d’une maîtrise des gestes et d’une
sensorialité fine aléatoirement distribuées par la
nature et l’enfance. Un flux de jeunes hommes,
euphorisés par la liberté du salariat au regard des
dépendances rurales, supplante le manœuvre rural et
soumis d’âge mur, ou le riveur urbain prolétarien.
Sacrifiés d’office du temps de l’hégémonie de la
C.G.T.(confédérée), ils vont être captés un peu par les
unitaires de la C.G.T.U.. par le contact au
travail des jeunes prolétaires, par la C.F.T.C.surtout,
au village même.
Entre 1930 et 1965, les adaptions de la Navale
s’accompagnent de recrutement neufs et se doublent d’une
deuxième industrialisation propre à l’Ouest Français des
Trente Glorieuses mais engagée, ici comme au Mans, dès
les années trente. Paimbœuf, Donges, Montoir,
accueillent la chimie demandeuse de ce travail posté
non qualifié, si adapté à la double-activité de
l’ouvrier paysan, puis la construction métallique, le
biscuit à St Michel, l’habillement etc.; La pétrochimie
(étudiée par Danièle Kergoat), à côté d’un travail de
haut niveau, requiert des manœuvres puisés dans les
villages de Donges. Chimistes, pétroliers, femmes de
l’alimentation et de l’habillement, travaillent sur
place, mais le nouveau flux naval tendra à se rapprocher
de l’agglomération. Les trois flux (Navale, Bâtiment,
industries de process) se gonflent entre 1950 et
1955 en une cohorte massive, juvénile, impatiente,
optimiste sur le changement social bousculant la
tradition ouvrière de la ville.
Entre 1947 et 1962 on observe plus de 4% de progression
annuelle des salariés de l’industrie, encore 3% de 1968
à 1982.En1968, 72 % des actifs de l’aire sont salariés,
83% en 1982, plus que la moyenne française. Le nombre
absolu des ouvriers croît jusqu’en 1982.Rien à voir avec
la France industrielle du Nord-est! La salarisation des
actifs variait en 1968 de 86, 4% dans le canton de
Saint-Nazaire à 37, 6% dans celui de Saint Père en Retz,
en 1982 le minimum est de 63%, Saint-Nazaire atteignant
92%.
Les trente glorieuses nazairiennes*
*Sur
ce thème
Persée a réédité en 2011
l'article très complémentaire paru
in Annales de Bretagne et des Pays
de l'Ouest, Jacky Réault,
Les Trente glorieuses de la CGT
nazairienne et les aléas de la
mondialisation. Il est désormais
disponible in extenso (note de
l'éditeur)
Les Glorieuses,
on croirait la formule faite pour eux, leur mouvement
s’inscrit sur la scène nationale ou il donne le ton,
dans l’ensemble plus vaste de la Basse Loire .Les
livres disent Nantes-Saint-Nazaire ! Renversement
d’une clôture localiste ! Les porteurs de mémoire de la
nouvelle identité ouvrière unifiée qui surgit
s’affirment, exceptionnels et exemplaire !
Comme ouvriers d’abord, une conscience aiguë d’être à
part, et comme nazairiens.
L’isolement géopolitique nazairien est double,
finisterrien quant à l’Europe, coupé de la société
française par la contre-société post-vendéenne! Si leur
mouvement social rompt l’isolement en 1955, 1957, 1964,
c’est par l’improbable conjonction derrière le premier
et le troisième peuple, des deux universalismes,
communiste et chrétien, en concurrence mimétique. L’action
directe victorieuse est à la rencontre de la
jacquerie paysanne, de la prouesse virile prolétarienne,
et d’une capacité des professionnels à négocier. Les
bornes de l’immédiateté rebelle à la stratégie sont
ainsi compensées, sublimées aussi par la générosité des
militants. Les chrétiens fascinés quoiqu’ils en aient
par le mondialisme communiste. Les communistes, immergés
dans le premier peuple habillant d’eschatologie
la violence prolétarienne latente. Ainsi
contraint à suivre mais feignant de précéder, le P.C.
comme la C.G.T., tireront bénéfice du nouveau cours
ouvrier, celui du troisième peuple et du bloc
chrétien, unis même si c’est sur le mode du conflit,
aux ouvriers prolétariens et à la C.G.T. Le choc de
l’effondrement patronal de l’été 1955 scelle une
alliance historique.
Ce bloc
biculturel de la nouvelle hégémonie C.G.T.-C.F.D.T..
fait alors école dans les sociétés de l’Ouest entre 1955
et 1980, infléchit le mouvement social français. La mue
de la C.F.T.C.. joue un rôle médiateur permettant de
tourner le blocage de la S.F.I.O.... et de F.O.. par la
naissance du courant unitaire qui aboutit au Programme
Commun de 1972.
L’Avant Mai 68, a ici
un an d’avance dans une incroyable grève des
mensuels, à moins qu’il ne commence, et c’est notre
thèse dès 1955 Mai-Juin, en Basse Loire, a la
double saveur des sociétés de l’Ouest français en cours
d’industrialisation, et des vieux sites industriels du
Nord-est. C’est aussi la formule nationale du Mai 68
ouvrier quand le troisième peuple impose son propre
style ; à Flins ou Cléon à Caen, à Sochaux, pas à
Billancourt. Les militants C.G.T. locaux et chrétiens
iront très loin ensemble à Saint-Nazaire. Le veto
parisien du P.C. saccage tout. La C.G.T. mettra cinq ans
à s’en remettre.
Quand trois poules vont au champ...La troisième va
derrière. Alors que la majorité large des ouvriers devient
qualifiée entre 1962 et 1982, à l’instar de sa
base historique Force Ouvrière syndicat – virtuellement
majoritaire en 1947[27- semble se contenter de toujours suivre, alors
qu’il tente en réalité de résister contre l’air du temps
qui l’étouffe entre stalinisme et libéral-individualisme,
entre 1955 et 1968. Il accueille alors les plus distants
et se laisse ensuite marginaliser par l’accord C.G.T.-C.F.D.T...
Stagnant d’élection en élection, il recule pour de bon,
dans les années 80, a contrario de ses résultats
nationaux, cible principale ici de la deuxième gauche
son ennemie intime trop loin culturellement du deuxième
peuple. La S.F.I.O.. reposait sur une base électorale
plus vaste mais sur une base militante de même culture,
il fallut qu’elle s’ouvre moins au troisième peuple
qu’aux militants du bloc chrétien et à l’Unité de
la Gauche pour éviter le même déclin.
Finalement par le néochevénementisme de Joël Batteux, elle survit mieux
pour avoir mieux su se métamorphoser que son syndicat
nazairien frère et que son homologue politique nantais
floué et digéré par le neutralisme attrape-tout du
leader municipal Jean-Marc Ayrault assez habile pour
faire accéder sur la scène nationale pour la première
fois en position de leader un notable nantais mais cela
se fait sur la base lisse du consensus euro libéral. On
reviendra en dernière partie sur le détail de
l’évolution actuelle de ces forces politiques et
syndicales.
Dans les Trente Glorieuses, les légitimités culturelles
basculent. Les nouveaux ouvriers ne sont plus des
paysans d’âge mûr et faillis mais des jeunes gens dont
le premier emploi est l’usine. C’est un temps de rejets
quelque peu honteux, chez l’ouvrier ou
coupables, chez le mensuel, -selon les
distinctions de l’ethnopsychanalyse, - des soumissions
traditionnelles; à moins que cette bonne volonté
d’acculturation soit encore soumission à la culture
dominante d’usine. Alain Touraine la repère dès la fin
des années cinquante ; au village on change plus
tard, autrement, après 68 dans la famille, après 1974
pour le vote. Nombre de grèves sont des fêtes
appliquées d’intégration à un rite nouveau. Dans un
article de 1968 publié dans l’ouvrage collectif Carra :
Le partage des Bénéfices (Editions de Minuit
1968), notait que la migration en ville des années
soixante est l’occasion de lâchages culturels en bloc
derrière une bonne volonté anticipatrice du changement.
Prolétaires et possédant des années quatre-vingt dix
Ces deux industrialisations, ces trois peuples,
constituent un tissu exceptionnel de différences avec
les autres mondes ouvriers français: Extrêmes, -quel que
soit le champ de la comparaison, les départements les
aires d’emploi, la Loire Atlantique ou la France entière
-, le taux d’ouvriers qualifiés, la masculinité, le
tardif confinement domestique des femmes, les possessions dont
la maison et le groupe domestique sont le centre, le
maintien de ressources extra-salariales. Exceptionnelle
aussi, par-dessus tout cela, mais paradoxale, une
reprise aiguë de la prolétarisation qu’illustrent le
taux de chômage le plus fort de France, l’isolement
féminin monoparental, la délinquance, l’alcoolisme.
Deux
mondes autochtones exceptionnellement, comme cloués au
sol, l’un par la possession l’autre par le dénuement.:
Mais combien de temps encore la classe ouvrière
organisée parviendra-t-elle à intégrer, en son sein, la
société dualisante. De se placer ici sur l’échelle de la
prolétarisation atténue le dessin des trois peuples. A
sa place, une polarisation intense et croissante entre
les ouvriers les plus dépossédés et les plus possédants.
Dans le syndicalisme, -c’est à dire en quelque sorte
dans ce qui reste, avec l’unité locale de la Gauche tant
qu'elle fera sens, une classe ouvrière historique -, perdure une configuration du deux
contre un héritée des luttes offensives du temps de
l’Expansion; mais l’unité défensive reste toujours
actualisable ; Dans la vie séparée, en revanche, le
principe organisateur est celui des deux derniers
peuples s’opposant au premier.
Déjà, en appliquant à
l’aire nazairienne la formule d’Immanuel Wallerstein
décrivant les périphéries de l’économie-monde, le
prolétariat n’est plus la classe ouvrière ; ajoutons,
les ouvriers multiples ne forment quasi classe
ouvrière que lors de ritualisations discontinues
imposées par le temps du monde.. Le
vingtième Siècle fordien, -défini par l’unité de
la production de masse et de la consommation non de masse,
-comme le répètent stupidement les manuels de la dite
science économique-, de multitudes privatisées,
effectivement
garantie par le salaire indirect des Etat-Providence -,
fut trinitaire ; l’avenir est-il dualiste ? La
réponse est dans l'affrontement indécis des procès de re-prolétarisation qu'induit la mondialisation et les
mobilisations pour l'affronter dans la vie familiale et
domestique.
Aucun destin - et à plus forte raison aucune
évolution, cette anhistoricité pour bêtes à
cornes et sociologues courts-, ne l'adjuge hors d'une
histoire ouverte dans l'Etat-nation France, société de
et dans la mondialisation, pour autant qu'elle gardera
assez de souveraineté pour sauvegarder ses industries
navales et aéronautiques face au centre américain ou
face à l'ainsi nommée Europe. Cette histoire
requiert certes des sujets collectifs qui ici sont
toujours bien vivants et d'autant plus que les sujet des
formes de vie connaissent et pratique depuis si
longtemps l'autonomie dans le bocage ambivalent
des vies séparées des sociétés l'ouest français.
(J Réault, Nantes l'excès la ville .in
Philographie. Lersco 1986.)
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Entre 1955 et 1965, 80%
des ouvriers nazairiens sont devenus propriétaires entre écarts ruraux ou
hameaux urbains. "Relative deprivation", difficile à vivre pour les
restants ! |
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La maison individuelle c'est
à dire commune à une famille, est
conquise à Saint-Nazaire (
photo ci-contre)
mais surtout à Trignac et à Montoir-de- Bretagne
en 1982, 27% seulement des ouvriers nazairiens
habitent encore Saint-Nazaire |
HLM de
la Bouletterie, en construction
Mutations migrations rurbanisation
En 1982, 27% seulement des ouvriers de l’aire habitent
encore la ville. La rente foncière urbaine, le recul du
travail ouvrier à l’usine, le tropisme du micro-domaine
autonome surtout, expliquent cette mutation. Double par
définition, l’espace rurbain semble fait sur
mesure pour tous, le nouveau canton de Montoir le
résume. Venant de la ville et des champs, ils y sont à
tous égards chez eux.
La population ouvrière ayant un emploi stable fond..
lentement, depuis les années quatre-vingt. Plus que 1700
dans le Chantier naval, encore dispersés par l’habitat..
Usine citadine, l’Aérospatiale résiste mieux mais elle
est de moins en moins ouvrière. La ville aussi, moins
ouvrière que sa périphérie, 37% des actifs contre 39%
sur l’aire. La métallurgie dans son ensemble, tissu de
la culture ouvrière, garde 13400 salariés en 1986 (16000
en 1982) mais son poids relatif recule lentement[28]
.Ces employés dont croit le nombre, voire les
techniciens, vivent-ils cependant dans des univers si
séparés?
Qualification une appellation moins contrôlée !
Les ouvriers nazairiens décomptés dans l’aires sont
peut-être les plus qualifiées de France. L’écart
persiste entre 1968 et 1982, le taux des ouvriers
qualifiés passant de 51 à 71%. De la défaite des
métiers à la qualification pour tous? Bizarre! Sous la
diffusion d’une classification, un rétrécissement des
compétences, de l’autonomie, avec la sérialisation des
modules pré construits, Aéronautique, Navale, Bâtiment,
unis. La réalité, dans le travail aussi, c’est la
polarisation. Le savoir ouvrier migre chez le
technicien; et prolifèrent des OP1 que certains
chercheurs du Cereq[29]
nommèrent spécialisés qualifiés .Qu’est donc
cette qualification quadrillée par deux fois
plus de contremaîtres qu’en 1968?L’autonomie module
séculaire ici de la culture du travail recule. La
migration des nouveaux ouvriers qualifiés de la périphérie de
l’aire vers le centre semble se ralentir malgré la
demande de la Navale et de l’Aéronautique. La chimie,
l’alimentation, voire le bâtiment se cantonnent dans
l’O.S. ou l’O.P. 1.
Les femmes au centre de la double vie
Hommes et femmes au travail
On reste dans un monde d’hommes, voire de pères de
famille 11, 7% de femmes en 1982, 9, 3 en 1968; Si les
ouvriers non qualifiés reculent c’est en se
féminisant, 31% en 1962 contre 15 en 1968.Confinées dans
l’alimentation et l’habillement, elles fournissent les
cohortes de la surexploitation du travail saisonnier lié
au tourisme après la disparition de la conserverie
côtière. L’ouvrière est périphérique, dans les
cantons de Pornic et de Saint-Gildas-des-bois.
L’agglomération résiste à la féminisation du salariat,
paradoxalement moindre à Saint-Nazaire qu’à
Saint-Père-en-Retz et Saint Gildas. Sur trois cent
quatre vingt zones d’emploi en France, la
nazairienne est dans les trente plus masculines.35% de
femmes seulement dans les salariés; seuls le Var, le Pas
de Calais, la Corse font moins.
Un
ménage mono professionnalisé rationnel ?
Pour comprendre cette situation, il faut briser le
fétichisme du marché du travail. Même si prend un
instant le marché pour ce qu’il se donne, l’offre
de travail sexuée et bornée n’explique pas tout. La
structure de la demande compte aussi. L’offre
renvoie à l’accumulation localisée du capital. Il a
littéralement plu des emplois féminins non qualifiés
dans tout l’Ouest entre 1950 et 1980; pourquoi pas là?
La
demande nous ramène à l’autonomie ouvrière dans son
groupe domestique centre de vie, à la norme populaire
des formes de vie. Sa base est à la fois culturelle et
économique, dans des modes de reproduction. L’indicateur
d’activité de la conjointe de 1982 très loin de la
normalité française résume tout, indiquant où il
faut creuser: dans les groupes et les territoires de vie,
sous le marché du travail.

Dans l’Ouest qui fut un monde rural où primait
l’élevage bovin et intégrant séculairement le
travail des femmes, l’aire se singularise par la
convergence, en un écosystème de reproduction de
compromis, des traits bretons moins activistes et des
modèles ouvriers pluriels[30].
La civilisation briéronne lie foncièrement
l’activité productrice des femmes et le sol domestique.
Si l’ouvrier-paysanne se fait rare et
périphérique(8) la production domestique ne disparaît
pas. Les cultures prolétariennes centrales, -et
cela vaut aussi pour le professionnel nazairien
classique-sont attachées à la femme -disponible
pour les hommes -, ostentation de leur capacité
virile à l’entretenir, mais économiquement stérile,
réduite au marché des ménages et à la garde
d’enfant .Plus traditionnel, mais d’une tradition
activiste, le troisième peuple est plus moderne
mais l’emploi précaire et sous-payé fait de la
production domestique ajoutée au salaire indirect le
choix le plus rationnel.
De
l’avantage ambivalent au handicap double:
revenu ou demi-revenu ?
La femme au foyer renforce ses échanges lignagers
sur l’axe mère-fille accentuant la clôture culturelle du
couple, alors que s’il est double actif, le couple
ouvrier est un peu biculturel. Employée ou paysanne
la conjointe favorise une culture des mobilisations
privées (scolaire ou patrimoniale) à côté(ou à
l’encontre) des attentes collectives, étatiques du
prolétariat où, la femme au foyer redouble le
ghetto culturel[31].
Le troisième peuple culturellement activiste
(surtout au sud de la Loire), selon note typologie des
formes de vie ouvrières (1989 Lersco) ajoute la salarisation des
femmes à l’autoproduction, pour construire ou consommer
même si c'est aux dépens de la scolarisation des enfants
poussés jeunes sur le marché, trait culturel de l'ouest
intérieur, relayé ici par l'ancienne hégémonie de la
culture prolétarienne.
Ces modèles ne sont pas en l’air, ils font
système avec les structures bien réelles, quoique
secondaires et déterminées: l’offre d’emploi et la
division du travail mais aussi les hauts salaires
ouvriers, après 1955.Revenu central, le salaire masculin[32]
est supérieur aux salaires nantais et bien placé
nationalement. Les professionnels de la Navale et de
l’Aérospatiale s’entraînent mutuellement; les autres
ouvriers qualifiés suivent selon les
périodes, ou dans la pétrochimie, précèdent. Ces hauts
salaires relatifs ont permis de retarder la salarisation
des femmes d’ouvriers qualifiés de la ville non
possessionnés, à plus forte raison celle des femmes de
prolétaires inachevés du centre briéron.
Si l’exigence moderne de libération (ou la course au
revenu ne parviennent pas à combler le retard du travail
des femmes), c’est par ce verrouillage, scellé par la
reproduction culturelle de rôles sexuels
anthropologiques dans
la famille, dans l’enseignement privé féminin, et par
les bénéfices secondaires qu’en retirent les hommes.
Attirer là le Tertiaire de bon niveau qu’évoque le
Comité de Bassin de Saint-Nazaire, supposerait une
demande féminine modernisée,
individuée, non résignée au seul choix effectif
actuel : le travail borné, sous-qualifiée, dominé voire
saisonnier. L’autonomie des cultures ouvrières tourne là
au cercle vicieux et approfondit l’écart inter-ouvrier.
La femme d’ouvrier possédant, productive chez elle ne se
déclasse tant qu'elle se protège du salariat. La femme prolétarienne
dont le conjoint chôme en majorité, scelle le
déclassement du ménage par son confinement.
Familialisme ? [33]
précarisation et isolement
En 1982, parmi les ouvriers de Loire Atlantique, c’est
l’homme ouvrier nazairien qui vit le plus en famille
nucléaire; 87 % des ménages dont la personne de
référence est un ouvrier. Le couple est la règle, la
famille est au centre de sa vie, sa maison bien mal dite
individuelle, est à tous égards familiale
.C’est la belle façade, illusion statistique qu’induit
la polarisation sexuée des formes de vie! Le foyer
monoparental, comme la vie isolée touchent d’abord les
femmes-mères, ex-épouses, filles des ouvriers; mais
quand elles sont actives, ces femmes sont pour
l’essentiel, employées. . Sauf la petite troupe
travaillant à l’usine, la femme séparée ou
divorcée perd l’indexation ouvrière attachée au travail
du mari. Dans un tableau statistique, la précarisation
des familles ouvrières est d’abord transférée par
la catégorie socioprofessionnelle employés. Si
l’épouse séparée n’a pas d’emploi, elle disparaît
de la visibilité sociologique accrochée aux catégories
socioprofessionnelles d’actifs.
L’habituelle
description de surface crée l’illusion d’une famille
ouvrière stable et rassurante. Bel exemple de fétichisme
statistique! Pourtant les foyers monoparentaux sont plus
fréquents ici que dans l’aire nantaise plus urbaine! Les
Employé(es dans leur ensemble-et pas seulement
comme face cachée des mondes ouvriers (avec les chômeurs
et les femmes seules sans profession
marginalisées)-, sont exclus en majorité de la normalité
familiale nucléaire vécue comme conjoint; vivant en
monoparents ou isolé(e)s ou en mineur(e)s
domestiques chez leurs parents. L’effet de protection
relative à l’égard de la dissolution qu’apporte au
couple la propriété familiale et la ruralité, est encore
visible mais s’émousse. Prolétaires et possédants
tendent à se ressembler dans la nouvelle précarité,
celle du couple.
Les prolétaires inachevés
 |
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Village
de
la Brière
Eaux-fortes de J-E Laboureur, 1932 |
Les prolétaires inachevés nazairiens ne sont pas
seulement des ouvriers que l’accumulation du capital n’a
pas dépossédés jusqu’au bout ce qui les rend fréquemment
éloignés de l’action de classe comme l’analyse Immanuel
Wallerstein[35];
ils cumulent depuis deux générations au moins les
mobilisations collectives et les mobilisations privées.
Le groupe domestique n’est pas ici pure unité de
consommation mais centre de mobilisation privée et
de productions marginales si multiples qu’elles
ne le sont plus. La maison sur son terrain, objet de
tous les efforts, n’est pas seulement jouissance mais
cadre et moyen de travail, cellier, lopin,
garage-atelier.
Quel ouvrier nazairien non prolétarien ne travaille pas
hors du travail ? Le type idéal du briéron classique est
loin d’être figure du passé l’ouvrier paysan fiscal
de la périphérie reste plus fréquent dans l’aire que
dans le reste du département. La forme plus légère de
l’ouvrier paysan au noir, perdure près du centre
rurbain, par exemple, encore en 1985, à
Saint-Malo-de-Guersac. L’entourage écologique,
l’héritage technique polyvalent expliquent l’importance
de la pêche, de la cueillette marine, de la chasse. Sur
le marais, le fleuve, la mer, une production souterraine
générale et systématique, souvent marchande. Même si
l’on fait abstraction des compléments monétaires
marginaux de revenus, l’ensemble des autoproductions
domestiques masculine ou féminine et des échanges, à
l’intérieur du lignage, de biens et de services se
cumulent en un massif évitements du marché. Les
liquidités monétaires dégagées permettent le projet la
stratégie patrimoniale ou potentiellement scolaire.
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L’homme à la barque
Eaux-fortes de J-E Laboureur,
1932 |
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Après le petit train la voiture ou l’autobus ont
intégré
les briérons à l’activité urbaine. |
L’ouvrier petit-patrimonial,
la
vallée des castors et le H L M
Le patrimoine ouvrier est d’abord hérité, d’origine
paysanne ou artisane. Les pères et grands-pères
agriculteurs sont plus héritiers, plus
propriétaires que leurs congénères départementaux:
presque vingt points de plus que ceux de l’aire de
Châteaubriant. En Brière centrale, le fonds paysan,
passe entier en mains ouvrières. En 1962 les ouvriers
sont ici plus propriétaires que les cadres. En 1982,
malgré le prolétariat central, les ouvriers et
employés restent plus souvent héritiers de leur
maison que les cadres supérieurs ou moyens. Mais le
patrimoine c’est d’abord ici, et de tous temps, une
mobilisation, pas un attribut passif.
L’extrême mobilisation pour l’accession, bénie par l’Eglise,
invoquée par l’Etat, souvent induite par l’entreprise,
fut d’abord familiale. Débauche de travail même si le
capital d’enracinement s’ajoute à cet effort: le
réseau du lignage rural aide et prête[36]
En 1982, 45% des ménages ouvriers sont ici accédants
(28% sur la France), maximum absolu sur quatre vingt
quatorze départements. L’accès au micro-domaine
domestique est ici le modèle même de la vie accomplie.
La maison-domaine est but, la propriété moyen. 60% sont
propriétaires (43% pour la France ) mais 72 % maîtres
de maison individuelle, autant que les cadres
supérieurs, 94% en périphérie. En un siècle le modèle
est devenu la norme. Pour tout l’Ouest de
l’industrialisation des Trente Glorieuses, ce fut la
vraie grande affaire ouvrière. Etonnante entrée en
classe ouvrière par la propriété, pour le flux des fils
de paysans souvent eux mêmes sans terre.! Mais le
caractère exceptionnel de l’aire c’est le cumul de
l’héritage, l’intensité de la mobilisation, et
l’engagement auto constructeur. En 1990, on n’est plus
que marginalement constructeur mais on reste, à vie,
transformateur[37] Le H.L.M., -moins de 11% des
résidences principales représente ici, pour le chef de
famille stabilisé, le stigmate spatial de la
prolétarisation achevée, de la vie privée de
toute autonomie... La proportion de ménages anomiques,
d’isolés de femmes monoparentes y est très forte,
intense la délinquance.
L’ambivalence de la possession
Haut (ou double) salaire, maison séparée, sol cultivé,
construction récente, disposition minoritaire mais
croissante de deux voitures voire d’une résidence
secondaire... les plus avantagés, les plus mobilisés
auraient-ils tout pour eux ? Trop d’écart révèle une
tension intime. Nationalement l’accession corrèle avec
l’alcoolisme et, dans une moindre mesure, le suicide[38].
L’invasion du temps libre par le travail immédiatement
productif pour soi devient obstacle à l’investissement
plus vital, la scolarisation, la formation continue. Le
chômage, l’effet pervers de la désinflation sur les
traites, la précarisation croissante des couples touche
ce fragile équilibre. La somme de ces tensions c’est
aussi l’intensité de la délinquance. Finalement la
mobilisation domestique obsessionnelle peut produire ou
rejoindre ce qui constitue sa négation: l’attentisme
prolétarien et l’abandon aux processus économiques.
Depuis vingt ans toute cette mobilisation a modifié le
paysage de l’aire. Trignac a fait un bond vers la
propriété mais c’est surtout par ses nombreux immigrants
récents arrivés des villages autant que de la ville;
certains prolétaires anciens qui restent locataires se
sentent, eux, un peu moins chez eux[39].
Quant au prolétariat de la ville de Saint-Nazaire, il
reste toujours aussi oublié. Le succès des uns contribue
à enfoncer les autres. L’écart à la nouvelle normalité
de classe devient stigmate supplémentaire. Difficile à
vivre pour les restants !
Quel quatrième âge nazarien ?
Dans toute l’aire, sur le temps long du vote social
entre 1935 et 1987, l’essentiel, malgré un recul
continu, c’est la force et l’équilibre relatif des
syndicats; c’est aussi la rupture de cet équilibre par
l’ascension du bloc chrétien : 23, 5 % de voix de
l’industrie en 1935, 42, 2 en1982 mais 41 en 1987 (pour
la somme C.F.T.C..-C.F.D.T..) ; le bloc laïc résistant
autour de 55%.
L’ascension du bloc chrétien suit l’arrivée des
dépaysannés, s’interrompant quand cesse la création
d’emplois masculins. La tertiarisation des années
quatre-vingt ne modifie pas l’équilibre sauf en
contribuant au recul de F.O.. gardienne du métier
masculin. L’entrée des femmes dans le salariat
dessine les futurs rapports de force. Non par un clivage
culturel hommes-femmes mais par l’ampleur et la rapidité
de la contribution des trois peuples à ce dernier
flux. Le bloc laïc, handicapé, progresse pourtant (par la
C.G.T.) dans la campagne activiste.
Le maintien de la croissance chrétienne dans
le centre rurbain est plus ambigu. Est-ce un
renfort d’ouvriers d’un bloc laïc miné par l’accès à la
propriété? L’effet patrimoine défavorise le communisme
mais ne transforme que lentement les mentalités. Notre
étude sur les années soixante, soixante-dix montre le
lien étroit du bloc chrétien avec la propriété mais
seulement dans son ancrage et sa genèse rurales, nous
savons peu de choses des citadins. Le lien social du
laïc est d’abord culturel avec l’école publique, et
écologique, ancré sur l’estuaire et la côte. Les gains
C.F.D.T.. dans le canton de Montoir et en ville procèdent
en fait des migrations et du chômage sélectif vidant les
usines des voix du premier peuple.
Avec l’épuisement du vivier paysan un simple
chassé-croisé spatial relaie-t-il l’ascension du bloc
chrétien? La défaite de la CGT. aux Chantiers en 1990
est-elle stratégique ou simple mouvement d’humeur de fin
de grève ratée? Indécidable! Mais le jeu profond des blocs
ne résume pas la réalité. La perte par F.O.. de 24% de
ses voix en dix ans menace la structure trinitaire de
direction du mouvement social installée en 1947[40]
comme expression des trois peuples. Sans cette trinité
on changerait d’ère[41].
L’aire condense intensément l’immense mutation du
passage à gauche des salariés de la dernière
industrialisation transférant l’unité syndicale rêvée en
politique réalisée. Au vu des chiffres de premier tour,
le gain parait minime (43, 7% de voix à gauche sur
l’aire en 1946, 48, 1 en1978). Mais le vrai point de
départ est dans les 29% de 1958 .Si la Gauche de la
ville ou de Trignac ne retrouve jamais les résultats
plébiscitaires qu’obtiennent leurs maires en 1946, les
cantons de la périphérie changent de monde (Herbignac
passe de 20% en 1946 à 49% en 1988 au premier tour). Le
sud résiste davantage mais la Brière centrale tend vers
l’unanimisme avec 65, 3% en 1988. Les étapes du passage
sont attendues -personnalisation présidentielle du vote,
Unité de la Gauche-et inattendu, le lien aux grèves
extrêmes; ainsi en janvier 1956 et en Juin 1968, où, cas
unique en France, le passage ne s’interrompt pas. Le
bloc chrétien tire ici le mouvement de mai et
renforce la S.F.I.O.. et le P.S.U...[42]
La politique ouvrière fut ici bipolaire culturellement
(droite et centre droit contre Gauche ) et trinitaire du
point de vue partisan (M.R.P... S.F.I.O.. P.C.).L’éviction
du M.R.P.. en 1964, l’entrée du bloc chrétien dans le
P.S. mènent au bipartisme apparent; mais c’est dans un
P.S. devenu bipolaire qu’il faut suivre le chemin des
deux blocs.
L’ultime question est aujourd’hui le maintien même du
bipartisme dans une gauche survivante dévorée par une
social-démocratie devenue libérale et européiste[43].
Le premier peuple lâche le P.C. qu’il a rejoint
entre 1946 et 1950. Le communisme originairement faible,
était resté ici conquérant (c’est la S.F.I.O.. qui
reculait avant la greffe chrétienne). Il culmine à 15,3%
des voix sur l’aire en 1978 date d’apogée des sites
ruraux. Trignac et les cités ouvrières de Saint-Nazaire,
fiefs d’un premier peuple si proche lui même de
la logique de citadelle assiégée, lui donnent un
étonnant maximum de guerre froide en 1951. Liées à
l’ancienneté ouvrière, ou à la clôture culturelle, plus
qu’à la dépossession, les voix des martin-pêcheur du
Croisic et du noyau briéron culminent en janvier 1956
en Brière, dans le fil de l’épopée de 1955, ou en 1978
au Croisic.[44]
Le reflux se noue entre 1978 et 1981. Mais, paradoxe,
l’effondrement vient de la ville : 7, 5% des voix en
1988 au lieu de 23 en 1978. Les prolétaires en voie de
re-prolétarisation lâchent plus le Parti
que les briérons possédants étudiés par Julian Mishi.
Trignac autonome et homogène maintient la fidélité
malgré la relative entrée en propriété de ses
prolétaires. Dernier verrou ou base d’une reconquête ?
On a l’habitude, ici, de l’isolement.
Le
moment actuel
Le moment actuel semble celui d’une homogénéisation par
la propriété, l’école, la professionnalisation des
femmes. Les deux blocs culturels avaient en commun une
sorte d’anarchisme ethnocentré et localiste. La
référence verbale à l’universalisme des Lumières pour
les uns, à celui du Christianisme pour les autres,
devient active lors des Trente Glorieuses derrière les
militants d’un communisme conquérant et d’un
christianisme anticipant ici Vatican II. L’un et l’autre
s’éloignent avec l’affadissement des utopies les
réflexes petits possédants. Restent deux mondes plantés
là.
Vers un conservatisme ouvrier ?
Mais ce quatrième âge nazairien est aussi celui d’une
polarisation accrue. Les vrais prolétaires et quelques
autres basculent, hors de l’intégration de classe, dans
la marginalisation. Entourés par l’aisance et la
patrimonialisation de leur ex-classe, ils cumulent
l’héritage sans terre, ni toit, la sous-qualification du
travail, la précarisation de l’emploi et désormais celle
du couple, l’érosion de la solidarité dans les espaces
urbains qui n’intègrent plus, l’exclusion de l’école
longue et du travail même. Ils sont les seuls à ne point
avoir de peuple d'accueil. La fin de la migration
paysanne en ville, son accélération à l’entours, son
inversion même brouillent les cartes. La partie
mobilisée du bloc chrétien va-t-elle ici s’identifier au
modernisme concurrentiel ? Qui saura garder un lien
entre les peuples éclatés, entre le prolétariat nouveau
et l’Etat, la société ? L’identité ouvrière garde, comme
dans la relativement homologue Manchester, une grande force
; sa mobilisation reste culturellement possible
mais la scission matérielle et sociale s’approfondit, au
sein de l'ex (?) classe ouvrière,
entre le premier peuple et les autres.
Le
décrochage du communisme dans la ville annonce-t-il la
régression populiste xénophobe ? Le capitalisme
tempéré a-t-il un horizon nazairien écrivions nous
en 1991. En 2009 la question devient jusqu'à quand ce
qui reste d'Etat français non asservi à l'appareil
libéral européen, protégera-t-il la construction navale
déjà happée par un capital étranger ? Combien de temps
ce même Etat tiendra t -il face à une Allemagne que l'on
a laissé imprudemment et contre les Traités récupérer
une industrie aéronautique et qui désormais parle haut
du sein de ses intérêts nationaux réaffirmés sans
complexe pour prendre l'hégémonie dans une EADS dont
Hambourg serait la capitale ?
Avec l'immense crise
systémique qui s'installe et sur fond de réalignement de
la France sur le système américain déclinant, via
l'OTAN, la défense plus globale d'une aéronautique
européenne redevient problématique ; les
américains n'ont qu'à laisser couler le dollar face à
l'euro des vieux rentiers de l'Europe sans enfants pour
que l'aéronautique européenne s'effondre. Plus que
jamais l'avenir ouvrier de Saint-Nazaire est dans tous
les sens du terme, populaire, dans le vif tissu des
solidarités infra populaires locales, dans la défense
acharnée d'une souveraineté nationale, seule cadre de
résistance conséquent face à la prédation générale que,
plus encore que la mondialisation sa crise sans issue
pensable, ne peut qu'hystériser. Et nous n'en sommes
qu'aux débuts.
(2008-9)
A la question de 1991, il faut désormais intégrer les
métamorphoses apportées par le temps désormais toujours
plus structuré
et structurant de la mondialisation (réversible, 2009). Les catégories
politiques du 19° et du premier vingtième sont devenues
caduques et leur sens radicalement inversé. Le mouvement
que les progressistes survivants continuent de déifier
les yeux opacifiés par l'idéologie fossile, n'est rien
d'autre que le procès même de la mondialisation accéléré
et verrouillé par les politiques de "réformes" de ses
serviteurs politiques, euromondialistes affichés "à
droite", eurolibéraux honteux "à gauche".
Le conservatisme, sur les acquis sociaux juridiques
contractuels, et sur la maintenance des fondamentaux
anthropologiques de la common decency, a désormais sens,
subversif, de résistance. Et cette résistance est
d'abord populaire. A la problématique tendancieuse du
conservatisme ouvrier pourrait bien désormais devoir se
substituer celle d'une résistance, par définition plus
large que celle des appartenances liées au seul travail.
Pourquoi ne pas conclure ?
Vers une résistance populaire ?
Toutes ses composantes doublement enracinées ici
dans le territoire et la mémoire, y compris celles des
"luttes" possibles, sont réunies. Le sujet nazairien
n'est pas mort, loin de là. Certes il n'a pas de nom
conceptualisable encore... Un diktat sociologique ne
saurait brusquer l'histoire plus que jamais ouverte.
Le quatrième flux, celui des femmes, sera-t-il à son
tour porteur de l’esprit de l’aire entière ou se
contentera-t-il de reproduire les anciens partages des
trois peuples ou des deux blocs et cela se fera t-il aux
dépens de l’insularité[46]
? En 2009, il ne semble pas que n'en déplaise à beaucoup
de prêt à penser politiquement correct, la
généralisation, encore relative cependant eu égard à
l'Ouest intérieur ou à la région parisienne, de
l'activité des femmes tout au long de la vie, ait
apporté un esprit spécialement nouveau. Ce quatrième
flux ne saurait évidemment être un quatrième peuple.
Tout le moins peut-on dire que cette prolétarisation
accrue du ménage populaire constitue en cas de
cataclysme économique et de chômage thatchérien
facilitera une survie adaptative plus ou moins
provisoire.
Dans ce viril univers breton et productif,
l'acceptation culturelle d'un entretien des hommes par
les femmes est un impossible. L'hypothèse du pire
(jamais sûr comme on sait) pourrait aussi être celle
d'une insurrection. Saint-Nazaire est de ces viviers de
vitalité populaire de temps très long de l'histoire de
France que trente ans de mondialisation et de régression
sociale et économique ne sauraient avoir tari. Et si
devait resurgir selon l'expression de Roger Dupuy, une
"politique eu peuple", elle pourrait peut-être y
retrouver un bastion. Les évènements de janvier 2009 en
sont peut-être (ou pas ? ) le prodrome.
En surface ? Au sommet ? ou simplement comme symptôme, les métamorphoses de la
municipalité nazairienne fournissent-elles une clé
prospective plus assurée ?
Pour
répondre en 2008, il faut paradoxalement revenir en
arrière sur la question que nous posions en 1991sur un
avenir suspendu au devenir conjugué du 3° peuple et
d'une CFDT historiquement versatile hésitant désormais
sur son avenir.
Notre question de 1991 était peut-être déjà devenue
caduque, ayant sans doute été adjugée beaucoup plus tôt
:.L'ange
exterminateur, Edmond Maire secrétaire confédéral
avait fini par sonner, avec l'entrée en mondialisation, sa
trompette de fin de récré et brisé en 1978, le
septième sceau. Ce sera pour beaucoup ici
subjectivement apocalyptique, au profit de tous les
gauchismes. Avec le recentrage et l'épreuve
peut-être pire de la deuxième gauche au pouvoir,
l'illusion lyrique qui avait culminé dans la grève des
mensuels de 1967, déjà bousculée par l'épreuve
fantasme et de réalité de Mai 68 et de
l'Après-mai, fera place au réalisme plus ou moins
souffrant (vieux pli chrétien?), du dissensus
concurrentiel avec les deux autres peuples et syndicats.
Il ne sera plus désormais surmonté quelque peu que
dans des moments défensifs.
Malgré l'avantage démographique puisé par les flux
du troisième peuple, l'ascension d’un des hommes clés de la deuxième gauche, modalité nationale du Bloc catho,
Claude Evin fut entravée par la conquête de la mairie
par la synthèse républicaine du Chevènementisme pourtant
minoritaire. Le bloc laïc en perte de vitesse numérique
fut puissamment aidé par le tropisme libéral et
européiste devenant localement répulsif de la confédération CFDT
avec des sommets de rejets populaires lors des mouvements nationaux de 1995
et 2003. Si la résistance bleu, sous sa forme municipale
est devenue moins claire politiquement, la consolidation
autour d’elle du Bloc Laïc n’est pas niable.
Le
devenir d'une CGT virtuelle (JR 1995 Colloque du
centenaire de la CGT à Nantes), maintenue garda
plus longtemps que le déterminisme sociologique ne
l'aurait laissé augurer, une réalité locale par l'effet
survivant d'un volontarisme politique et d'une
personnalité. Malgré des succès électoraux jusqu'au
creux des années 2000, le bloc catho a raté à
Saint-Nazaire, sa prise du pouvoir. L'historique l'a
emporté sur le sociologique en cette terre
individualiste et, constante de l'histoire que nous
avions sous-estimée en 1991, c'est la sacralité locale
de la citadelle municipale et sa prise difficilement
réversible qui joue sur un siècle désormais, le rôle
dominant.
Revenons donc à ce sanctuaire survivant ou plutôt à
sa métamorphose en son inverse (?) selon une figure
assez spécifique des sociétés du temps de la
mondialisation ; la mairie socialiste de temps long (séculaire) avait
d’abord été garante de l’hégémonie des professionnels
sur les sans qualités et de la puissance des citadins
sur l’ensemble des ruraux puis, après capture suburbaine
de la Brière, sur les ruraux extra-briérons des marges
bretonnes et vendéenne. La mairie développa sa fonction
précoce de relais voire même d’anticipatrice de l’Etat
de société salariale (Aglietta Brender) tendant à
réduire certes les tensions internes mais de facto
la politique à l’élection notabilitaire municipale
redoublée dans une circonscription législative
bizarrement coupée de l’aire et donc neutralisant encore
le troisième peuple.
Très modernisée la
magistrature municipale actuelle s’autonomise du poids
resté toujours relatif du premier peuple toujours plus
prolétarisé, mais aussi du second suburbanisé, sur un
électorat où croît le poids des classes moyennes sinon
supérieures il tente de gérer un nouveau tournant
culturel plus tendu, vingt ans après le virage de
dé mémorisation nantais depuis 1988, vers la construction
d’une image de communication neutralisée voire
déréalisée ( littorale , océane ?) que sur
la totalisation d’une histoire et la symbolisation de
ses peuples fondateurs.
Sur ce thème l’émission, cruelle par son vide manifeste,
et la novlangue cultureuse qui
s’y est étalée de Télé-Nantes de l’automne 2006,
condense t elle l’esprit du temps et la nouvelle réalité
urbaine sinon celle de l’aire re marginalisée ? Vers
un Saint-Nazaire-sur-mer, identifié par ses touristes et
ses bobos ?
L’« achat » en bloc de salariés des chantiers par un
maître étranger en 2006 n’adjuge t il pas comme un
destin déjà scellé la délocalisation à terme du dernier
chantier français ? les peuples ouvriers nazairiens
seront cependant plus coriaces à réduire que l’industrie
et la classe ouvrière nantaises dépecée et noyée dans la
tertiarisation et désymbolisés par la politique
du rien communicationnel de la mairie de 1989
branchée sur les classes culturelles parisiennes et
européistes.. La mairie se
coupant de son histoire - ce qui
sera cependant difficile à
adjuger-, peut certes profiter
de la périphérisation des
peuples qui touche toute les
villes, mais l'histoire longue
regorge d'exemple ou les peuples
relégués loin des centres qui
prétendent les inférioriser ou
les rééduquer, par leurs médiateurs
culturels, leurs sociologues et leurs notables clientélistes,
resurgissent.
Les
peuples de l'aire de Saint-Nazaire l'estuaire et les
bobos en 2009 et le retour d'une pugnacité frondeuse de
jeunes ouvriers et chômeurs autoproclamés "révoltés"
Ce texte
largement revu et complété en avril 2006 pour une réédition sur les sites du Lestamp-Association,
puis socialement et politiquement actualisé en janvier mars 2009, a
repris pour l’essentiel
les
analyses et les données et surtout les
cadres interprétatifs d'une histoire séculaire à l'œuvre
dans l’ouvrage épuisé Ecomusée de Saint-Nazaire, Saint-Nazaire et la construction navale. 1991 (Ed. Daniel Sicard.)
Outre la mise en rapport des deux Blocs culturels nazairiens
et des trois situations de prolétarisation, avec
la polarisation politique autour du processus européen
et des referendums, les adjonctions sont nominales et
qualitatives et concernent principalement l’introduction
et la conclusion. Les données chiffrées sont et restent
« historiques » mais leurs ordres de grandeur
reste globalement pérenne. L'ajout substantiel outre
l'interrogation maintenue sur une dialectique entre
mémoire ouvrière et expériences pratiques des pluriels
milieux populaires, concerne essentiellement les
métamorphoses du municipalisme nazairien replacé dans
les ambitions et fantasmes d'extrême décentralisation -
réféodalisation ?
L'estuaire saumâtre de
l'acculturation programmée des cultures populaires de la
Basse Loire;
Ce n'est qu'en 2007
et ici 2008 que nous avons
explicité l'impulsion désormais affichée
comme "estuarienne", entre la mairie de
Saint-Nazaire et celle de Nantes et qui constitue à
terme une tendancielle abolition de la première.
L'impulsion vient évidemment de la singulière
dyarchie politique et culturelle qui règne à Nantes
entre le grand notable de l'Ouest monté à Paris, qu'est
devenu le maire et Jean Blaise, son "complice" sur un quart de
siècle, également "monté", si l'on ose dire. Ce dernier se présente comme le type idéal
du narcissisme de l'autoritarisme hystérisés de de
l'inculture militante qu'a engendré le culturel d'Etat
(id est d'Etat et d'Etat culturel). Ces traits
sont certes en plus diffus devenus communs aux
professionnels de la profession et notamment
aux producteur d'"industries culturelles et
créatives" (Traité de Lisbonne) alias de
divertissement économiquement et politiquement valorisable ?
Le type d'homme nécessaire (Breveglieri, développant M
Weber)
de l'acculturation
programmée (Bastide) des peuples, et de l'animation
d'un secteur culturel symboliquement et
moralement mondialisé à la confluence des deux
dépendances les pires du siècle, d'Etat national reféodalisé et de
marché mondialisé, n'est-il pas l'aventurier
communicationnel - c'est à dire non seulement brassant
le vide manipulateur activement nihiliste) sans diplôme ni véritable culture,
ce vilain héritage de la domination
aristocratique et bourgeoise. Ce
personnage véritable
allégorie de la post-culture langienne à la
fois triomphante (c'est celle de l'hyperbourgeoisie
mondiale décrite par Denis Duclos, Monde Diplomatique Août
1998) et survivante dans la crise globale de
(dé)-mondialisation (?), qui donne le ton d'une ville toute
entière tendanciellement à tout l'estuaire,
Saint-Nazaire compris, dont le maire de Nantes guigne
dans son sillage comme une royauté quasiment
indépendante dans l'Europe des régions et villes
libres dans un nouvel empire romain germanique (?).
Ce propos d'une "ville libre" a été explicitement avancé
par un homme de main intellectuel dans la revue Place
Publique N°2 et N° 4 .
Tout l'"estuaire" est donc à penser comme une
expérimentation in vivo d'une nouvelle forme de pouvoir d'un
Etat culturel qui vise, sur les débris d'une
nation et d'une culture française également dépecés, à
imposer un monopole de pensée, de culture de genres de
vie (et pas seulement de "loisirs") programmés, jusque dans l'Université
dont la dite politique culturelle tend à s'aligner sur
le cultureux de la principauté féodale locale, reniant
de facto sa millénaire fonction de transmission de
l'excellence du savoir et de l'art.
La Loi Pécresse, rédigée par des présidents d'Université
en majorité liés aux féodalités locales "de gauche",
vient de la livrer pied et poings liés à "une nouvelle
servitude", pour reprendre l'expression radicale de Guy
Bois sur la vraie nature de la mondialisation au sein
des sociétés qui s'y abandonnent.
Les ouvriers
nazairiens ces sur vivants et leurs organisations
affaiblies mais moins qu'ailleurs, leur Centre
de culture populaire très déboussolé par
l'inversions des ex politiques d'éducation populaire en
leur contraire, peuvent ils encore définir une politique
propre et dessiner un front de résistance nécessairement
culturel et politique en un mot maintenir un estuaire
d'activités de niveau mondial et un peuple fier, -de
constructeurs de bateaux, d'avions, d'aliments nobles
pour nourrir le monde, -et d'encore empaysés, voire de
paysans.
Les universitaires et étudiants
nantais qui furent longtemps leurs alliés naturels, semblent à des années lumières de ces enjeux
fondamentaux. Leur façon de mener la grève l'hiver
2008-2009 contre le gouvernement et son ministre plus
que contre leur propre maître niveleur asservi à
d'autres maîtres : les étudiants qui doivent faire stage
chez les patrons de la culture retiennent immédiatement
la seule leçon absolument donnée de la soumission
verbale. Il n'y a plus à Nantes de peuple résistant
possible. C'est Saint-Nazaire qui malgré ses
notables reste en quelque sorte comme une capitale
résistante des peuples des sociétés de l'Ouest français,
et si les controffensives populaires qui, sur ces
terres anarchisantes et communautaires à la fois
ressurgissent toujours, se font sans la molle post-intelligentsia
nantaise, ce pourrait bien être aussi contre elle qui a
déjà tout abandonné de sa liberté intellectuelle et
culturelle dès les années 2000 et ne récolte en 2009 que
l'irresponsabilité (à l'égard de l'université qu'ils
détruisent, et des étudiants qu'ils dévalorisent), la
confusion politique et syndicale et la défaite finale à
supposer que ce qui reste d'ambition nationale et de
culture de l'excellence dans la Loi Pécresse, constitue
une défaite -cultuelle- eu égard à la nullité du
nivellement cultureux dans la ville qui pourrait
effectivement devenir capitale du "pays de la
soumission", selon l'ambivalente mais forte formule
d'André Siegfried qui ne pensait, et encore sans doute
injustement, qu'aux campagnes de l"'Ouest intérieur".
Les
peuples de l'aire de Saint-Nazaire forts du concert
irréductible de leur vivante et complémentaire diversité, de leur
capacité intacte d'unification dans la résistance, ne
sont pas prêts d'oublier qu'ils sont capables de faire,
contre le vent mauvais du temps du monde et contre
l'identité négative que prétendent leurs imposer leurs
ex représentants, quand il le faut encore "classe
ouvrière". Le vocable était beau et pourquoi n'aurait-il
pas vocation à durer ici dans ce millénaire terroir de
constructeurs de navires.
A un niveau d'indication modeste et très moyennement
enracinée dans la réalité sociale, il faut noter que
lors du vote des militants socialistes nazairiens pour
les différentes motions en novembre 2008, le choix
logique du maire et des notables du département, (celui
de l'oligarchie parisienne mondialisée ?) Bertrand
Delanoë, a été infirmé par les militants au profit de la
motion "de gauche" de Benoit Hamon.
Evidemment si
le lien du parti socialiste version 2009 avec la
société réelle est peut-être moins ténu à Saint-Nazaire
qu'ailleurs, il ne faut pas trop s'illusionner sur la
signification de ce vote mais pas non plus le mépriser.
Le poids local d'une politique du peuple latente
reste fort et l'alliance entre J Marc Ayrault Jean
Blaise et Joël Batteux pour une royauté bobo sur
tout l'estuaire au profit du premier n'aboutira
pas si facilement Sauf à penser la totale
périphérisation rurale et rurbaine des modes ouvriers
qui est loin d'être achevée ou un cataclysme que la
mondialisation et sa crise ne rendent pas forcément
impossible, la disparition des deux grands chantiers
?
Précisément les puissants collectifs ouvriers qu'ils
regroupent encore font plus que se survivre.
Le 29 janvier 2009, lors de la
plus grande mobilisation salariée peut-être de tous les
temps en un jour, à l'échelle française, donc sur la
scène de la nation, ne voit-on pas
devant les grilles de la sous-préfecture restées closes
pour la délégation syndicale, un bon millier, sur les
près de vingt-mille assemblés, chercher et trouver le
contact de guérilla urbaine, avec les CRS, pendant
quatre heures, rejouant la scène ouvrière identitaire de
1955[47] Le
19 mars c'est bis repetita, en moins nombreux
plus court, mais plus intense. Des barricades ont surgi
in fine.
L'anachronisme est peut-être tenable en attendant les
mots nouveaux que ces vivants pourraient donner, dans le
souffle de leurs nouvelles mobilisations, à quelque nouvelle identité collective que
requièrent les temps terribles mais ouverts de la dé (?)
mondialisation.[48].
Le
17 Novembre 2009, le
Journal Presse Océan, en
fait simple appendice de
l'unique Ouest-France,
annonce Navale : un plan
de départs volontaires,
aux Chantier naval
nazairien désormais
affublé par son
propriétaire du doux nom
de STX. Ce qui est sûr
c'est qu'il n'y a plus
de commandes et que
l'Etat français ne bouge
pas. "Une première
étape pour réduire les
effectifs sans faire
trop de bruits (les
syndicats)",
actuellement de 2500
salariés alors que déjà
250000 heures chômées
sont annoncées jusqu'en
février.
 |
|
Quand
réapparaît cet appel
reçu ce matin et
quoique que le
jargon "citoyen" du
déni de la
citoyenneté le rende
plus confus, c'est
qu'il y a le feu. Le
ton principal
étonnamment modéré à
l'égard du capital
financier est donné
par le vieil appel
au secours à l'Etat,
pourtant dépecé
depuis 1984.
Y a t il
encore un abonné
(souverain) au
numéro que vous avez
demandé.
Le 23 février (Le
Monde) toujours
rien n'est survenu.
Mais
en juillet 2010 N
Sarkozy se croit
encore obligé à un voyage
aux Chantiers.
Il
est vrai que son
gouvernement a en
2008 acheté 9% du
capital des
Chantiers Aker Yards
(ex de
l'Atlantique)
pour constituer une
"minorité de
blocage",
anti-délocalisation.
(L'Expansion, nov.
2010 P. 63). Le même
avait ainsi fait
sauver Alstom
en 2003 après il est
vrai que Raffarin
ait lâché Pechiney.
|
Lorsque
vient le moment ( septembre,
novembre 2010)
de traduction politique
française da la grande crise
de la mondialisation, avec
la question des retraites
et plus
généralement la demande des comptes
de l'électorat populaire de Nicolas
Sarkozy ( Jacky Réault Nicolas et
Ségolène 2007, ou le mystère
de la dame de Vix) , non
seulement l'unanimisme
nazairien des temps
tragiques produit des
mobilisations massives
approchant les 20000
manifestants réguliers, mais
de manifestation en
manifestation, et malgré une
cruelle répression
judiciaire qui touche
essentiellement de jeunes
ouvriers et chômeurs, la
phalange de ceux qui en fin
de manifestation cherchent
l'action directe contre les
bâtiments symboles du
pouvoir et affrontent
physiquement la dure
violence légitime de la
police, croît régulièrement
de quelques dizaines au
début de l'année, ils
approchent le millier en fin
octobre. Dans une interview
à Presse Océan en date du 4 octobre
2010 de Philippe Cussac, Directeur
Départemental de la Sécurité
Publique, il avance le chiffre de 91
interpellations dont les 3/4 à
Saint-Nazaire avec une composante de
41 % de jeunes gens mineurs. Sans
aucune composante ressortissant des
phénomènes de banlieue
ethnicisée, cet engagement juvénile
populaire dans une culture de
contestation politique par l'action
de rue est très exceptionnelle en
France. Les insurgés de 1955,
auraient donc transmis une mémoire à
leurs petits-enfants ?
Cette identification ne viendra en tout cas pas de Nantes et de sa scène nationale détournée comme "lieu (du culturel) unique". Elle sourdra encore moins du
saumâtre estuaire qui en émane, celui du temps de
cerveaux de touristes disponibles pour les animations,
de la bien-pensance du rendu radicalement risible "art
contemporain", et du capitalisme culturel d'un
pays de la soumission parce que devenu celui du
mensonge (culturel) déconcertant49]. Elle ne peut venir que d'eux-mêmes et de leur capacité à
rester sur la scène nationale, la seule qui se souciera
jamais de leur avenir, celui de titans travailleurs
libres qui forgent le jour nos navires et nos avions et
sont la nuit sur leur domaine de vie empereurs en leur royaume.
Les ouvriers
nazairiens - puissent-ils rester-
notre double vie ?
Jacky REAULT
1991, revision globale compléments documentaires (notes)
et réédition sur site, avril 2006,
Actualisations contemporaines depuis
2007, dernière intervention 26
octobre 2010
Toutes les photos insérées avaient été choisies pour l’éditeur
par Thérèse Dumont (Saint-Nazaire, Ecomusée 1991)
On offre ici la réédition,
copieusement complétée en 2006-2007 de notes documentaires et de
définitions de concepts non intégrables à l'édition
originale et largement enrichie de l'actualité politique
et sociale de 2008-2009, de cette synthèse historique et
sociologique, devenue introuvable dans son livre
d'origine épuisé, Les ouvriers
nazairiens ou la double vie
in Saint-Nazaire et la
Construction navale. Ecomusée 1991, en la présentant
en sous-titre comme Ouvriers de l'Ouest II. Cet
emboitement d'ouvrages vise à clarifier pour le lecteur
le cadre d'intelligibilité plus général dans lequel il
se situe : la synthèse générale des classes, milieux et
cultures ouvrières des sociétés de l'Ouest de la France
des Trente glorieuses à l'orée de la
mondialisation déjà désignée et analysée, sollicitée par l'ATP du CNRS, OCSC et
encore disponible en librairie : Jacky Réault,
Ouvriers de l'Ouest,
in ATP CNRS O.C.S.C. L'Ouest bouge-t-il ?
Vivant Editeur, Nantes 1983.
Ouvriers de l'ouest,
la synthèse générale des
classes, milieux et cultures
ouvrières des sociétés de
l'Ouest de la France des Trente glorieuses à l'orée de la
mondialisation déjà désignée et analysée très
explicitement dès 1984 a
été sollicitée par l'ATP du CNRS, OCSC et
est
encore disponible en librairie : Jacky Réault,
Ouvriers de l'Ouest,
(-I-) in ATP CNRS O.C.S.C. L'Ouest bouge-t-il ?
Vivant Editeur, Nantes 1983. L'éditeur semble avoir disparu.
L'article
de J Réault a notamment fait
l'objet de critique par R
Tréanton dans la Revue
Française de sociologie, il
a été largement utilisé par
BH Moss, Workers
dans tue Common Program(
1968-1978),
Michel Phliponneau (Géopoligique
des régions françaises
direction Yves Lacoste,
- Tome L'ouest),
Gérard Noiriel Les
ouvriers dans la société
française, Bernard
Kayser, La
renaissance rurale, Michel Verret etc... et
a fait l'objet d'un échange
de correspondance avec
Pierre Naville. Il était
indiqué aux étudiants comme
ouvrage de référence au
Département de sociologie de
Nantes, au temps où
régnait une culture de
pluralité scientifique et un
regard vers les sociétés
réelles. Cet article n'a pas
d'équivalent dans l'espace
des sciences sociales
françaises tellement rétives
au découpage par les régions
historiques et/ou
anthropologiques. Hommage du
vice à la vertu le succès du
concept a induit son pillage
et notamment, sans la
moindre citation dans un
ouvrage dont le titre
reprend intégralement le
sien, Sociologie du monde
politique d'ouvriers de
l'ouest, pourtant rédigé
à ses côté à Nantes même
pour une thèse dirigée par
un collègue tellement
proche.
Le cadre du cadre, les
traits sociaux-spatiaux des
mondes ouvriers de
l'ensemble de la France,
s'inscrirait enfin dans un
Cahier du Lersco qui, constituant une expérimentation
méthodologique (une analyse en composante principale
reliée à la cartographie d'un gros corpus de variables
de toutes pratiques accessibles) n'avait eu qu'une
diffusion limitée, mais que nous allons également
rééditer Formes de vie ouvrière et écosystèmes
sociaux de reproduction. Lersco-CNRS Université
de Nantes. 1989, ainsi qu'une édition actualisée de
Ouvriers de l'ouest -I- Le complément historique et
sociologique de cette synthèse nazairienne est l'article
plus historique intitulé J Réault, Les Trente
glorieuses de la CGT nazairienne et les aléas de la
mondialisation, in Claude Geslin (dir.) La CGT en
Bretagne un centenaire. Annales de Bretagne et des
pays de l'Ouest.T 102 1995-3 Presses Universitaires de Rennes, p 163-188.
L'étude de l'aire ouvrière de Saint-Nazaire (Ouvriers de
l'Ouest II) se présentait dès son
élaboration en 1990-1, d'abord comme une
monographie territoriale contextualisée,
terrain-microcosme quoique singulier des
ouvriers des sociétés de l'ouest, mais
plus encore peut-être comme expérimentation,
mise à vif sur une personnalité
collective historique, de la théorie de la
prolétarisation qui constitue un axe de
longue durée de nos travaux ouvriers depuis
1977. Nous l'avions délibérément minorée dans le
texte de 1983.
Ce texte d'une réédition en 2008 des ouvriers
nazairiens (devenus de
Saint-Nazaire pour cause de lisibilité
par les moteurs de recherche) est largement
remanié et complété dans son essai introductif
et dans sa dernière partie et dans ses notes, Si
ce travail repose d'abord sur un lourd
défrichage et des élaborations statistiques et
ethnographiques de première main, notre dette
envers un très grand nombre de travaux est
manifeste. Impossible de les détailler ici sauf
les lus référentiels qui nous ont le plus nourri
: Marthe Barbance, Nicolas Faucier, l’AREMORS,
Bernard Hazo, Louis Oury, et, surtout le
Chanoine Vince dont le, Entre Loire Et
Vilaine nous donna les pistes les plus
féconde. Pain de l’analyse de première main, les
documents des Unions Locales, les interviews de
dirigeants (Paul Malnoë, Jean Lescure, Robert
Bigaud) de dizaines de militants, avec l'aide de
Patrick Delasalle, les séries et analyses
l’I.N.S.E.E., du Comité d’emploi Bassin de
Saint-Nazaire, la presse locale, Statistiques
et Développement de l’INSEE des Pays de
Loire. On s’appuie aussi sur nos travaux
antérieurs avec Patrick Delasalle, publiés
depuis 1977 ou en cours au Lestamp-Association
et Habiter-Pips (Université de Picardie Jules
Verne), et sur les travaux menés dans le cadre
du L.E.R.S.C.O. par Jean Pierre Fleury, qui nous
emprunta sa grille d’analyse spatiale de la
Brière, par Jean-Paul Molinari appliquant au
recrutement communiste notre problématique de la
prolétarisation, par Christian Morinière pour le
regard d'économiste. Il n’est pas question
d’actualiser tout ce qui s’est publié depuis la
première édition de cet article sans notable
renouvellement. Mentionnons une exception
importante, pour la mise en œuvre d'une totalisation
historique et un sens des complexités devenu si
rare en sociologie politique, Julian Mischi,
Traditions
politiques locales et communismes ouvriers.
L’implantation du Parti communiste français dans
la région de Saint-Nazaire AREMORS.
Saint-Nazaire 1998, et Entre le marais et
l'usine Mise en scène briéronne du communisme
dans la communauté ouvrière et rurale de
Saint-Joachim. Institut d'Etudes Politiques
Grenoble 1996. Il a depuis également publié un
article sur la chasse ouvrière et élargi
l'analyse à la politique populaire en milieu
rural, thèmes que nous avions développés sous
forme d'une communication aux journées du
Lestamp de 2001, Acculturation des milieux
populaires sur une double analyse de la
chasse en Basse Loire et des données
départementalisées de la chasse et du mouvement
CPNT depuis son apparition aux élections
européennes de 1984. Cette communication
intervenant au moment où l'Université de Nantes
nous privant des moyens matériels d'exister
comme laboratoire, ces journées, dont le
traitement de texte nous fut dérobé, n'ont
jamais été éditées,
Un chantier (canterus, pièce de bois,
cheval de bois, celui de Troie fut aussi un
chantier) n’est jamais originairement qu’un
échafaudage d'abord de bois quelque peu géant et
spectaculaire qui étaie une construction ;
celui qui y travaille est toujours quelque peu
acrobate et sa vie exposée quotidiennement à une
nature sans aménité et toujours dans
l’imaginaire réalisable de la chute mortelle ou
de l'écrasement. Le
chantier, construction toujours fugace, est un comme un cirque profane ou nul
public ne vient pour frémir ou applaudir hors la
liturgie restitutive finalement du lancement ou
de l’inauguration.
[2b]
En un an étaient apparus 2000 chômeurs à
Saint-Nazaire, plus de 700 dans le village de
Trignac et autour de 400 en Brière. Le leader de
la CGT Jouhaud qui s'exprime à Nantes, Jouvance,
dénonce "l'absurdité du système capitaliste
destructeur de biens, organisateur de gâchis,
qui détruit le blé, laisse le charbon dans la
mine, alors que tant d'êtres humains souffrent
de froid et de faim"? C'est localement oublier
la prolétarisation inachevée qui permet la
survie des villageois et des ruraux, mais le
contexte mondial devient lui tragique, 7 jours
après l'arrivée des nazairiens à Nantes, Adolf
Hitler devient chancelier du Reich.
Pour la fonction qu’incarna le premier maire de
la Section Française de l'Internationale
Ouvrière (SFIO), François Blancho,
voir Marthe Barbance, Saint-Nazaire, Le port,
la ville le travail, Crépin-Leblond et Philippe Le
Pichon in Ecomusée de Saint Nazaire, Saint-Nazaire et la construction navale.
1993)
[3b].Sur
la singularité et la
singularisation en miroir de
Nantes avec qui les militants nazairiens
furent, dès la refondation portuaire et
industrielle de Saint-Nazaire autour du port et
de la construction navale, en concurrence à la
fois antagonique et mimétique, voir J Réault,
Nantes L'excès-La-Ville. Un essai
d'identification in Lersco, Philographies.
Nantes ACL Crocus 1987. Dès la première édition
de ce texte dans La Tribune de Loire-Atlantique
l'orwellienne année de 1984 (signé
Lauter), nous profilions une ville aux
ouvriers chassés vers les confins de
l'agglomération ou intégrés à ces "moyennes"
couches salariées, improbables héritières
des flamboyants excès. En 2008. Ce sont bien
les cadres très insuffisamment nommés,
tertiaires, mais aussi patrons et les
clientèles de l'Etat culturel
décentralisé, si puissant ici, qui tiennent
idéologiquement la ville. Voir sur
l'interférence entre un secteur économique
culturel pléthorique et les pouvoirs locaux,
Guinebreteau et alii..(Economica 2004),
Nantes, de la belle endormie à la capitale
culturelle de l'Ouest et notre communication
( De la Basse-Loire au Lieu Unique, sublimation
ou inversion culturelle), au Colloque du CEFRESS
à Flixecourt, Friches industrielles et mémoires
: du paternalisme aux réhabilitations, 22,
24 mars 2007 Université de Picardie Jules Verne
Le salarié typiquement anthropologique
autant qu'historique, de la
fulgurante analyse de Marx. Réduire le salarié à
la figure d'une aliénation (sauf la réduire au sens de
vente - de sa force de travail - c'est ignorer et la contradiction dans
l’essence même des hommes en rapports
sociaux et l'intelligence d'un Marx
souvent plus fasciné par le réel que par son
latent marxisme.
2006. Sur ce thème depuis 1983, le maître-livre
de Roger Dupuy, La politique du peuple. XVIII°,
XX° siècle. Racines, permanences et ambiguïtés
du populisme Albin Miche2002
David Brooks, Les bourgeois bohèmes . Le Livre de poche 2000. Le terme désigne en
France "l'upper" classe culturelle (Todd
1998) cumulant tous les avantages de
salaires, de position centrale urbaine, de
monopolisation des scènes médiatiques, drapés
dans la référence plus que l'appartenance, « de gauche »,
l’empire du bien moralisateur, caritatif sous
caméras, européiste voire
mondialiste ... et surtout l'antipeupliste. (E.
Todd, L'illusion économique Seuil 1998).
Sous son règne, l'insulte de la disqualification
politique est "populisme"
Bobos inséparables
des classes parlantes : En
deçà des
étranges écrans médiatiques,
la finance mondialisée, et toutes sa nébuleuse
de médiateurs idéologiques et cultureux, déverse, pour mieux
dissoudre les sujets politiques, la souveraineté
du fantasme (P. Legendre) vers ceux qu'elle
infantilise, irrationnalise, désinstituant ceux
qui se croient citoyens. Leur arrogance
de monopolisateurs des scènes leur donne
l'illusion d'être les maîtres
d’une nation désymbolisée et désinstituée
(Dany-Robert Dufour), quand ils ne sont peut-être que les
prédateurs relatifs et résistibles de ses mémoires, de sa
langue, de ses
cultures et des institutions
tout ce qui peut représenter des sujets de
l'histoire et permettre de résister à la mondialisation.
La toute puissance est leur principale
imposture, souvent relayée par un verbalisme
gauchiste ancré dans le bourdivinisme momifié dont l'affichage critique radical les éternise
par l'idéologie fixiste de la reproduction. Chaque vote
pourtant contredit leur pouvoir sur les esprits
non massifiés, c'est à dire l'immense majorité
des adultes travailleurs, de 1992 à
2007(?) en tout cas 2005, à l'instar des vagues de
révolte que ce peuple engendre pour le moins du
printemps 1789 au solstice d'hiver de 1995
(.2006-8)
On ajoute ici le pluriel au
concept d'anthropologie historique de Roger Dupuy.(Op.cit).Une
cause méconnue du drame de la passerelle du
Queen Mary : la sécurité-gardiennage ? La
soumission à l’autorité ?
Porte immédiate de l’Aquitaine antique, par la
profonde Vendée et ce troublant Pays de Retz, le
Pont de Saint-Nazaire merveille de puissance
aérienne, arabesque au dessus de la
vaste copulation de la Loire et de l’Océan, Pont de La Roche-Bernard sur la Vilaine, frontière très magique d'une renaissante
celtitude de prospérité.
Le groupe financier EADS qui englobe Airbus
industrie n’existe en dernière instance que
grâce aux ambitions flamboyantes de l’apogée du
Gaullisme (entre Le Concorde et Ariane) n’a-t-elle pas son siège en Hollande et quatre autre
composantes nationales, allemande, anglaise, et
espagnole ?
2006.Les transformations inséparablement
techniques/économiques offrent un
registre où l’on peut invoquer une évolution (et encore
en évacuant l’historicité du rapport du mode de
production à l’usage sélectif des technologies
via l’organisation. Pour le reste
décidément, pensons histoire, territoire et
entre les deux, anthropologie.
[11b]
Classe
ouvrière ?
Anachronique référence, (Voir newsletter
www.sociologie.cultures, notre
introduction à Où en est la classe ouvrière Pour un lieu commun des sciences sociales.
Qui plus est en
novembre 2008 ! Certes, et déjà en 1991 lorsque
nous écrivions cela ; mais s'il reste une
ville en France encore hantée, donc habitée
encore par cet immense sujet
historique qui dura deux siècles, ce ne
peut-être qu'ici où c'est la Loire qui
irrigue toujours l'atlantique économie-monde.
La Loire emporte mes pensées? Mais sommes
nous si loin dans l'homologie des conjonctures,
de l'Aragon des Ponts de Cé de juin 1940
(Les Yeux d'Elsa, Seghers 1942, 1962). La
Forme pourrait-elle sans lui encore
engendrer ces navires si fascinants et si
identifiants pour toute une nation, que les
quasi gouverne -ments d'un pays à souveraineté
limitée de la poreuse Europe, sont
contraints, N Sarkozy compris, de se
porter encore garants de sa pérennité.
[12a]
L’aire d’emploi
de Saint-Nazaire
révélée
sous la grille administrative, fédère, sans les
effacer, les anciens pagi gaulois,
cantons, virtuellement pays (pagi) La
configuration de l’aire a varié depuis que l’on
perçoit les réalités sociales par cette
médiation vers 1967 au tournant récessif des
Trente Glorieuses ; Notre méthodologie
statistique passant par les unités locales
cantons et communes, on a u en passer par le
quadrillage spatio-administratif. Il faut faire
d’entrée une réserve. Socialement et
culturellement, la singularité du Sud de la
Loire en Pays de Retz déjà aquitain, est
très forte et l’intégration à une culture unique
d’aire beaucoup plus problématique - sauf au
bord de l’eau - que celle des cantons plutôt
bretons du Nord même lointains. Ainsi le
canton morbihannais de La Roche-Bernard fait
encore partie de l’aire en 1968, pour ses
migrations alternantes présentes mais aussi pour
ses liens historiques anciens, alors qu’on peut
hésiter sur celui de Bourgneuf au sud dont même
les migrations alternantes restent faibles avec
le Centre urbain. Dans une étude de 1977 nous
l’avions conventionnellement exclu. Le pont a
fini par la réintroduire. En 1968 on a
donc dix cantons en Loire Atlantique (onze si on
compte Bourgneuf) sept au Nord, trois au sud. Au
total 54 communes. En partant du centre,
le centre urbain-rurbain d’abord c’est
l’ancien vaste canton de Saint-Nazaire, auquel
on peu adjoindre celui du Croisic et la fraction
côtière de celui de Guérande. On a ensuite le
centre rural anciennement salarisé (la
Brière dépecée, sans doute
intentionnellement, par les cadres
administratifs, autour de la commune de Saint
Joachim à l’ouest du canton de Pontchâteau), et
le canton de Guérande de 1990. Au Sud le canton
de Paimbœuf a d’anciennes proximités
fonctionnelles avec le centre nazairien ; le
canton de Pornic est le pendant sudiste
de celui du Croisic. Les périphéries
sont constituées au Nord par les cantons bretons
gallo ruraux de Saint-Gildas-des-Bois et
d’Herbignac de surcroît maritime et des cantons
de Saint Père et de Bourgneuf au Sud. Pour les
phénomènes de bloc culturels nous isolons
fréquemment les cantons côtiers de Pornic
et du Croisic pour la résistance laïque
de leurs communes maritimes, des cantons ruraux
du sud pour leur cléricalisme. Souvent
les faits culturels et sociaux induisent un
regroupement du centre urbain et des cantons
côtiers. Les migrations intenses ont atténué ces
contrastes. Le canton de Savenay est plus
marginal périphérique par le nord et polycentré
par l’est où l’influence nantaise est dominante,
mais il est presque séculairement ancré à
Saint-Nazaire par la circonscription politique,
séculairement charcutée pour y diluer les
cultures ouvrières.
En 1990 l’ancien canton de Saint-Nazaire,
est scindé en quatre cantons de Saint-Nazaire
Ouest avec Pornichet, Saint-Nazaire -centre et
Saint-Nazaire-Est et de Montoir-qui contient
Trignac la rouge et condense toutes les
traditions et métamorphoses ouvrières ; La
Baule, station bétonnée des loisirs en archipel
de la mondialisation, forme désormais un canton
séparée de celui de Guérande. On néglige
d’autres remaniements communaux dans le sein des
cantons existants. Au total dans le même espace
en Loire Atlantique qu’en 1968, 14
cantons.
[12b]Le
Marx de la section VI du Livre I du Capital,
qui, emporté par sa fascination à l'égard de la
bourgeoisie fait de la reproduction du
travailleur une simple fonction de
l'accumulation du capital, avait au moins
l'excuse du délire théorique inventeur. Ses
épigones lointains et prétendus sociologues qui
réduisent les vies des travailleurs à une
zoologique "domination" toujours reproduite, et
leur appropriation privée du monde (la maison
etc., ) la maladie d'un imaginaire
prolétariat, - celui de Staline et de
l'admirateur de ses Questions du léninisme
transposées en "sociologie de la classe
ouvrière" -, ne sont plus que des idéologues et
des imposteurs.
On ne traite pas ici de
la morphologie pourtant très spécifique de l’espace urbain
reconstruit à la soviétique, tournant le dos à
la mer, centré sur la mairie longtemps sans
espace accueillant de convivialité urbaine. Voir, Ecomusée de
Saint-Nazaire, Saint Nazaire et la
construction navale 1991. En revanche l'institution
municipale, acteur toujours plus séparé (Engels) ne
pouvait plus, dans les rééditions de 2006-8,rester
allusive
[13b] Nous
nommons peuple
ici, dans un usage à moyenne
portée , tout ensemble de catégories ou d'ex
"fractions de classe"(?) coexistant par
l'habiter et les formes de vie, en milieux
sociaux spatiaux hétérogènes ayant leur
propre unité culturelle mémorielle, modalement
dans une temporalité plus longue que certaines
de ses composantes. Au sein de ces milieux populaires,
(populaires aussi parce que communalisés en milieux,)
le ton peut-être donné par tel ensemble
catégoriel : paysan, catégorie ouvrière,
instituteur, mais le propre
d'un peuple dans cette grammaire restreinte,
est l'existence d'une koinèe : communauté
culturelle d'ascendance, pérenne.
Peuple encore,
2006 sur ce concept historique dans le prisme
des sociétés de l’Ouest, nous avons publié
depuis la première édition de cet article, in
Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest,
"Les trente glorieuses de la CGT
nazairienne et les aléas de la mondialisation”.
In La CGT en Bretagne un centenaire Annales
de Bretagne et des Pays de l’Ouest. PURennes
1995-3, et avec J. Deniot,
Du Commun, et Des
cultures populaires
(disponible sur ce site) On s'y référera cet article leur empruntant
peu.
Bernard Edelmann,
La Légalisation de la classe ouvrière.
Christian Bourgois
Gilbert Declercq, tribun exemplaire du
moment (dépassé) d'une CFTC ouvriérisée.
Gauche culturelle alias
classe culturelle.
Sens à situer entre E Todd, l’illusion
économique, sur la classe culturelle
antipeupliste, o.c., et l’Etat culturel
à référence
Jack Langiste qui fournit à cette
oligarchie un cadre institutionnel et
idéologique. Nantes est devenue une des
capitales idéologiques de cette culture unique
d’Etat et d’oligarchie enrobée de (post) culture
sous l'égide d'un binôme organiquement lié
depuis 25 ans, J Blaise et J M Ayrault. Pour une
principauté territoriale néo féodale d'un l'estuaire
dépaysé
fantasmatiquement affranchie de la souveraineté
française ? La critique la plus aigüe de l'Etat
culturel ne pouvait venir de la post-gauche
qui l'a engendré dans sa dépopularisation, à
l'exception quasi unique de Jacques Bertin (Chroniques
du malin plaisir Corlet 2004) qui a payé
cher son courage intellectuel. Il faut d'abord
lire la pensée d'en face quoique souvent marquée
par un radicalisme du désespoir : Marc
Fumarolli, le plus modéré mais inventeur
de la formule sur une base uniquement
culturelle, Philippe Muray, interviewé par E Lévy, Festivus
Festivus ou dans les essais d'Après l'histoire, et, le
plus conséquent philosophiquement, donc le
plus réfutable, Renaud Camus, La grande
déculturation, Fayard 2008. C'est l'objet de
nos travaux en cours, proposant un étayage plus totalisant du concept
entre la critique anthropologique d'E. Todd (op.cit. sur la "classe
culturelle"), l'approche culturelle de la
mondialisation de Denis Duclos, Naissance de l'hyperbourgeoisie (Monde Diplomatique août 1995),
et une réintégration autour de ce que nous
nommons, rapports sociaux de la
mondialisation, d'un apport créatif de la
pensée marxienne au 21 siècle. J Réault,
L'Etat culturel et ses classes, Etats d'Arts,
Journées d'étude Lestamp-Habiter-Pips. Nantes 17
avril 2008. Encore inédit.
Dans La vie des Travailleurs C.F.T.C..que nous
avons intégralement dépouillée, en
1935 ce poème que résument ces vers. Tu vas
partir Fanchon pour une grande ville, n’oublie
pas.// et j’en serais tranquille, d’aller et
d’adhérer au syndicat chrétien. La
configuration de nos blocs, gramsciens
(?), croisant ceux de Gérard Althabe décrivant la situation
nantaise en 1983 (La Tribune de Loire Atlantique
Novembre1983) ; mais notre Bloc laïc
n’est pas son noyau partisan intégriste
caricaturé par la 2° Gauche, mais le
socle culturel historique et authentique du
mouvement ouvrier républicain.
[18b]Les élections
prud'homales de décembre
2008 ont peu touché aux équilibres, le souffle qui
portait le bloc catho est bien tombé. Est-ce à dire que
cette problématisation dualiste a perdu sa vis
heuristique. La mondialisation et la crise systémique
qu'elle vient d'engendrer bouleverse tout ? On fera à
cela deux réserves. D'une part, la prolétarisation
inachevée qui en est la base familiale économique et
sociale est toujours aussi puissante ici (et avec elle
peut-être une place pour les dérives troubles et
régressives du ségolénisme, ajoutant dans
l'Ouest, à la verticalité du père primitif
de la communication de masse, le maternalisme
latent du catholicisme d'Ancien régime). D'autre part, on sait avec Braudel,
ou sans lui par tant d'inerties historiques, que les
mentalités sont prisons de longue durée.
Sur le lexique des Chantiers, entre roman et
témoignage sur l’épopée de 1955, Louis Oury, Les prolos. Denoël. 1973
Le patronat des Forges de Trignac ne pouvait,
contrairement à celui des Chantiers navals, spéculer sur la double
activité ouvrière, il faut des services et des œuvres, que le concept de paternalisme
simplifie par trop, pour le logement, la santé, le
transport, voire la consommation, bases de
socialisation de classe collectiviste des
trignaçais, rare à l’Ouest. Sur Trignac,
le bel apport à la fois
scientifique et authentique
de
Bernard Hazo, les anarchistes bleus .Les
Paludiers 1980. Sur une culture prolétarienne,
voir moins l'obsession malveillante de la marge
et du bas du Michel Verret, Où en est la culture
ouvrière aujourd’hui ?, In Sociologie du
travail 1989-1, et de Chevilles ouvrières,
l'Atelier. 1995 que le chef d’œuvre de F Engels, La situation des classes laborieuses en
Angleterre et Hoggart. The use of
litteracy, abusivement traduit par La
culture du pauvre, par ceux qui prétendent
en 1968
traquer le misérabilisme pour y sombrer avec
La Misère du monde. M. Verret, P. Bourdieu,
S. Beaud,
O. Schwartz: même retour du refoulé du mépris dans la
logomachie de l'achevable
"domination" du "bas", ce
trou noir conceptuel de la
déliquescence intellectuelle
achevée du marxisme
stalinien privé de son
fantasmatique prolétariat massifiable.
Document joint. infra.
Sur ce point les témoignages généreux et lucides de Job Kergozien,
facteur, militant CGT et communiste.
(Archives personnelles).
|
Jacky Réault,
L'usine des Batignolles à
Nantes. L'histoire d'une
usine au 20° siècle, L'usine
La "vie". in Norois
Revue géographique de
l'ouest et des pays de
l'Atlantique Nord.
Octobre-Décembre 1981 N°
112, pp 661-673.
est disponible in
extenso sur
www.persee.fr/web/revues/.../noroi_0029-182x_1981_num_112_1_4006. Nous avons condensé dans
cette monographie
polydromique
de l'usine des Batignolles à
Nantes, un type idéal
étonnamment
adéquat à son
concept, si l'on
ose cet
hégélianisme, du
genre de vie
(géographie humaine
durkheimienne) de prolétarisation achevée dans le salariat
(JR 1992) au
20° siècle. Entre
Trignac, Erbins à
Saint-Nazaire, et
exclusivement les
Batignolles à Nantes
(usine tôt repérée comme
bastion rouge
virtuel
par l'Internationale
communiste qui
y délègue Charles Tillon,
(On
chantais rouge),
l'un de héros de la
révolte des marins
de la Mer Noire
refusant la guerre à
la révolution
soviétique. La
Basse Loire des
ouvriers possédants
de notre
prolétarisation
inachevée ( JR
1977), offre
l'épure
paradoxalement la plus
la plus polarisée
dans des espaces
contigües, du mode
de
prolétarisation des
formes de vie
ouvrières réduites au
salaire et à la
précarité du seul
salariat. |
.Sur
la C.G.T.U., Jean Péneff Autobiographies de
militants C.G.T. C.G.T.U. .L.E.R.S.C.O.,
Nantes 1980. Sur les votes syndicaux, nous nous
sommes livrés sur les archives de la Direction
Départementale du travail à une collecte
exhaustive, et à un travail d'interprétation
historique in Jacky Réault, Patrick Delasalle (collab.), Evolution des Forces
syndicales dans l’aire d’emploi de
Saint-Nazaire -1936-1945 et Comptes de
l’unité et de la division. Nantes,
L.E.R.S.C.O.. 1980: Lors de la grève de 1947: la
C.G.T. n’obtient 18% et ne l’emporte que chez
les dockers. En 1968, 23% de femmes adultes
salariées dans le canton-le plus briéron, celui
de Pontchâteau, 26 dans celui de Saint-Nazaire,
mais jusqu’à 43 dans le sud plus activiste
de Saint Père en Retz et Pornic. Deux univers
anthropologiques entre nord et sud.!
La Brière
forme un univers spécifique à forte
identité culturelle tissé par une intense
endogamie réduite à moins d’une dizaine de
lignages pour la majorité de la population et
inscrit dans un genre de vie séculaire
polyvalent pour compenser une nature ingrate et
malsaine, le marais de remblaiement maritime
bordier de l’estuaire de la Loire au Sud-est de
Saint-Nazaire. la Brière, immortalisée par le
romancier Alphonse de Châteaubriant, fut un des
viviers principaux de la qualification ouvrière
artisanale présupposée de l’industrialisation
sans laquelle la construction navale
contemporaine n’aurait pu naître et perdurer. On
approche la Brière grossièrement dans la grille
communale (elle est par ailleurs éclatée entre
plusieurs cantons) distinguant le noyau
culturel Briéron Saint-Joachim (Canton de
Pont- château), La Chapelle des marais(Canton
d’Herbignac), la Brière économique
encore humide : Crossac Besné, Sainte-Reine de
Bretagne (Canton de Pontchâteau) Saint André des
Eaux (Canton de Guérande) Saint-Lyphard (canton
d’Herbignac), la Brière seiche suburbanisée Donges,
Montoir, Trignac, Saint-Malo-de-Guersac.(ex.
canton de Saint-Nazaire). En 2007, fin d'un dernier cycle déjà anachronique dans l'anatopisme
(M Tournier, Vus de dos Gallimard) : la
mairie de Saint Joachim échappe au PCF.Sur la
Brière. Outre les deux
ethno-historiens également
épris de l'univers
magique du marais briéron,
le chanoine Augustin Vince, Brièrons
...Naguère.
Le Fur Saint-Nazaire 1981,
et l'instit. Fernand Guériff,
Brière de Brume et de Rêves,
Bellanger, Nantes 1979, lire
le beau mémoire de maîtrise
d'ethnologie (Paris V, R
Descartes, 1989)
de Marie Capdecomme, Le
renouveau de la situation de
"contage" en grandeBrière et
en pays guérandais.
Dans le marais briéron, la double vie a
sa forme accomplie. Le type idéal de l’ouvrier
briéron : Il vit, et avec les siens
produit
(jardinier petit éleveur, bricoleur polyvalent
ancestral) sur son sol, dans sa maison
construite par l’entraide, il ajoute au salaire
d’ouvrier qualifié, la récupération et
la bricole, les produits voire les revenus noirs de la pèche et de la chasse, de
double activité ouvrier-paysan pas si
résiduelle. Jean Pierre Fleury, Ouvriers-Paysans ruraux en
Brière. Thèse de 3° Cycle en sociologie, Nantes 1980
Marthe Barbance.
Voir aussi la sagacité savante et populaire de Roger Cornu
dans Saint-Nazaire et la construction navale,
o.c., et , l’A.R.E.M.O.R.S
La scission avec la CGT, inscrite dans l'année
terrible (Desanti), 1947 ne fut
institutionnalisée
qu’en 1948.
L’industrie ne regrouperait plus en 1988 que 39%
de la population active, mais 44, 5 (contre 50
en 1982) avec les
transports, secteurs très
ouvrier, mais c'st notamment ignorer les
intérimaires, noyés dans les services
marchands rendus aux entreprises, euphémisation de l’ouvrier sous-traité. Sur les transformations techniques et la
division du travail : Jean Paul Molinari In Enquêtes et documents G.I.R.I. 1984.
Centre d’Etudes et de recherches sur les qualifications, dans les années 70,
le CEREQ, irremplaçable et irremplacé savant
collectif, de ce concept spécifique de la
société salariale française des Trente
Glorieuses, fut détruit par un gouvernement de
cohabitation.
Sur les écosystèmes de
reproduction populaire à l’échelle française,
Jacky Réault, Formes de vie ouvrières et
écosystèmes sociaux de reproduction dans la
société française. LERSCO. Nantes
Novembre 1989 (En réédition)
.En
1989, 31% seulement des hommes vivant en couple
et sans travail, ont leur conjointe active.
Si l’on isole les 25-29 ans, la conjointe active
est encore minoritaire (44%).
Approchés par les Déclarations Annuelles de
Salaires (Agglomération au lieu de travail.)
Familialisme :
Ce mot n’est pas pour nous une insulte ni a plus
forte raison ce moulin à vent de la
conventionnelle
dénonciation des tenants d'une quasi sociologie
animale de la domination, tel l'étonnant R.
Lenoir, (une vie entière pour traquer le
familialisme au nom de la dite sans rire,
sociologie comme science). On pense avec C. Meillassoux que la
famille populaire est modalement le sanctuaire
de toutes les résistances essentielles,
des fondamentaux anthropologiques comme des
cultures du commun, face aux hauteurs
mondialisées des classes culturelles et au mépris postmoderne d'oligarchie
modernisatrice.
Nous avons créé ce concept, J. Réault
la prolétarisation inachevée Nantes
LERSCO-CNRS 1977, sans les connotations d'aliénation
qu'y introduit
d'André Gorz Adieu au prolétariat,
Galilée1980, sinon d' Immanuel Wallerstein, o.c.infra
Immanuel Wallerstein, Le capitalisme
historique; La Découverte. La plus pertinente des analyses
marxiennes avec celle de
Claude Meillassoux, de la
prolétarisation comme concept d'anthropologie
économique à l'échelle mondiale orientée par le
concept fondamental que nous
avons adopté d'accumulation
primitive continue sur
fond d'organisation du monde
entre centre(s) et
périphérie's).
A l’apogée de l’autoconstruction, en 1968
la production du chez-soi qui selon le
second Bachelard ironique et profond vient juste
après l'en soi et le pour soi. (Poétique de
l'espace, PUF)- Jacky Réault in Bilan
réflexif Amiens 2008- peut s’ajouter pour
l’ouvrier des Chantiers à plus de 46 heures de
travail hebdomadaire ; Mai-Juin 68, fut une
aubaine, il y fut maçon, électricien ( mais
c’est la femme qui est peintre pour la maison
jamais achevée (Interviews de 1978 via Patrick Delasalle).
Quelques cohortes de prolétaires nazairiens,
ruse de l’histoire des baraquements de la
Reconstruction, prirent goût à la maison
individuelle (J. Kergozien). Dans les années quatre-vingt
d'autres font le saut à leur tour mais à contre
cycle. Loïc Rousselot les
suivit sous notre direction in Itinéraires résidentiels des parents isolés dans
l’agglomération de Saint-Nazaire. Maîtrise
de sociologie Nantes 1987.
Cf.
nos écosystème populaires de l’ouest du
développement des 30 Glorieuses, o.c.1989.
Vu dans un prisme de la CFDT et du féminisme,
Dominique Loiseau, Les femmes et le militantisme
nazairien de 1936 à 1967. Maitrise en sociologie
Nantes 1989 et autres travaux.
Jacky Réault, Patrick Delasalle, 1980, op. cit.,
Note 5.
En 2006 les lambertistes du Parti des
travailleurs et les néo-chevènementistes se
partagent politiquement l’héritage, bien estompé
et en 2008, de plus en plus à la remorque du
candidat à une royauté de l'estuaire (?) J M Ayrault
flanqué de J Blaise.
Jacky
Réault Mai 68 à Saint-Nazaire et dans l’Ouest,
Colloque Acteurs et Terrains du mouvement social
de mai 1968.Novembre 1988. (non publié)
L’extrême gauche a cependant toujours plus que
des virtualités ici. Le Chevènement -isme,
quoique quelque peu dégradé désormais,
maintient une ligne de résistance plus
conséquente à la mondialisation (2006). Sur le
double lien organique de résistance conju- guée de
classe et de nation (E. Todd,
Aux origines du malaise politique français.
Fondation Saint-Simon 1995). Le maire de long
cours actuel, Joël Batteux semble courir désormais après une image vendable et médiatique, de sa
ville à l’instar, mais vingt ans plus tard, de
son modèle nantais, est-il encore chevènementiste ? Le propos emphatiquement antilibéral n’est-il pas un dernier leurre.
Rien de moins "libéral" que le capitalisme
mondial (Braudel, La dynamique du
capitalisme, Arthaud) et la mondialisation
(Guy Bois, Une nouvelle servitude, Essai
sur la mondialisation, François-Xavier de
Guibert 2003). Novembre 2008 Joël Batteux quitte
pour la deuxième fois le PS en perdition qu'il avait rejoint
après la trop audacieuse pour lui, campagne présidentielle de J. P. Chevènement
en 2001-2002.
J-Paul Molinari
Les ouvriers communistes.
Présence du Livre Thonon-Les-Bains 1991.
Cette conclusion de 1991 n’a nul besoin d’une
révision. Les compléments de 2006 concernent la
seule mutation du municipalisme et son nouveau
contenu politico-culturel.
Aperçu commenté de nos
Travaux originaux ayant
servi à cette synthèse.
Les éditions de laboratoire sont accessibles
chez l'auteur et en partie à la bibliothèque en ligne
palissy.humana.univ-nantes.fr
qui a recueilli la bibliothèque du Lersco.J Réault, la prolétarisation
inachevée- les ouvriers (ou la classe
ouvrière dans une autre édition) de l’aire d’emploi de
Saint-Nazaire. LERSCO-CNRS
Nantes 1977Ouvrage inaugural éprouvant la
validité méthodologique et théorique de l’aire
d’emploi sur la problématique des formes et
degrés de prolétarisation dans un milieu
et un espace temps populaire déterminé.
 |
Jacky
Réault, LERSCO 1977
Prolétarisation,
communauté
domestique et lieu
de travail :
Les
ouvriers de l'aire
d'emploi de
Saint-Nazaire.
Bulletin de la
Société Française de
Sociologie. IV-10,
Novembre 1977 pp.
26-31 |
Aperçu...(suite)
- Prolétarisation communauté
domestique et lieu de travail: les ouvriers de
l’aire d’emploi de Saint-Nazaire; Bulletin
de la Société française de sociologie novembre 1977. Première publication inventant
l'aire d'emploi
comme unité sociologique, signé JR LERSCO-CNRS;.
- Prolétarisation résidence et
lieu de travail dans l’aire d’emploi de
Saint-Nazaire. pp. 13 à 55 in A. Vigarié
(Dir.), Structures
économiques et rapports sociaux (S.E.R.S.)
Université de Nantes, 1° Rapport, 1977.
- Evolution des forces
syndicales dans l’aire d’emploi de
Saint-Nazaire -1936-1945-, in Dir.A Vigarié,
2° rapport du groupe S.E.R.S. Université de Nantes. pp. 281-329.Nantes 1979.
--Evolution des forces syndicales
dans l’aire d’emploi de
Saint-Nazaire1936-1945.-II Les comptes de
l’unité et de la division 34 Tableaux exhaustifs
des votes aux comités d’entreprise par secteurs
et cycles biannuels; Listing exhaustif des
entreprises 69 pages. Nantes LERSCO CNRS. 1980.
- "Trente ans de vote syndical, le
salariat des Pays de la Loire et les
organisations du mouvement
ouvrier". pp.192-217.(l’aire nazairienne est
présente parmi d’autres découpages de l’espace
des P D L), in ATP CNRS O.C.S.C. 1945-1980 Le changement en
Pays de Loire. Observation
du Changement Social et Culturel, Universités de
Nantes et du Maine. Mai 1981.291 pages (Contrat
avec l’E.P.R. des Pays de Loire publié et
diffusé).
- en collaboration avec P. Delasalle. Mai 68 10 ans après; Mai 68 dans
l’aire nazairienne Une quarante d'interviews de
militants ouvriers, pas de publication à cette
date.
[47]Ouest-France,
30 janvier 2009."A Saint-Nazaire,
la manifestation//s'est terminée par trois
heures d'affrontements avec les forces de
l'ordre dans une ambiance de guérilla urbaine.".
La répression judiciaire sévère, surtout après
la réitération du 19 mars où ne s'engagèrent que
"200 ou 300 personnes, beaucoup le visage
masqué... 15 ou 17 (?) interpellations" (OF St-Naz,
20 mars 2009) montra qu'il ne s'agissait que de
jeunes salariés plus ou moins chômeurs et se
proclamant "révoltés". Un joli mot qui
réapparaît ainsi dans le paysage de la crise
systémique et dénote assez clairement que rien
n'est attendu par eux s'intégrant dans un
projet collectif mais ne préjuge pas d'une
identification sociale et historique. O.F. (Nouvelles
scènes de violence à Saint-Nazaire", p. 9)
notant le même nombre de manifestants le 19 que
le 29 janvier (18000), assure que les "jeunes
cagoulés" correspondent à "moins de salariés du
bassin nazairien et davantage de//jeunes décidés
à en découdre". L'opposition nous semble
oiseuse. On retient aussi sur la page
nazairienne des évènements que les affrontements
n'ont duré que deux heures, et étaient terminés
à 19h 15, mais si les forces de l'ordre étaient
plus nombreuses que le 29 janvier; l'intensité
fut plus grande : "à 18 heures, "la
bataille fait rage..." "Les dégâts sont plus
importants qu'il y deux mois". Dès 17 h 15 les
"jeunes décidés à en découdre" "avaient
stocké canettes vides et pavés", tout se termine
par "quelques barricades rue de la Paix."
Pour
le vote socialiste Ouest France 8,9 novembre
2008, article signé Marc Le Duc qui ne donne pas
les chiffres de Saint-Nazaire. Il n'en montre
pas moins le jubilatoire et naïf étonnement des
notables socialistes devant cette inconfortable
nouveauté P Mareschal (Président du conseil
Général et partisan d'une ethnicisation
"bretonne" de la Loire-Atlantique), "les adhérents ne suivent plus les
consignes des élus", J M Ayrault, ayant parlé du
"pire des scénarios". Au niveau du
département Delanoé, (leur candidat tactique)
n'atteignant pas 40 %, B Hamon approchant les
30, Ségolène Royal, (leur horizon opportuniste)
les 22 et M Aubry, moins de 15...
Les développements finaux sur les
transformations de la fonction municipale
n'ayant semble-t-il refoulé les représentants,
peut-être caducs du 3° peuple, pour finalement
peut-être refouler tout peuple, datent d’avril
2006 et ont été complétés en décembre 2008. Pour la comparaison avec Nantes cf. J.
Réault, Nantes l’excès la ville in Philographies, Mélanges offerts à M Verret.
Nantes 1987 et pour le cadre politique
général. Le retour des peuples ? in
Newsletter, Pour un lieu commun des sciences
sociales . N° 1 aôut 2005, revu et complété
décembre 2008; février 2009.
http://www.sociologie-cultures.com (Newsletter)
9] Le pays de la soumission était
pour A Siegfried, la frange
armoricaine qui s'inscrit entre le sud de l'Orne
et l'est de la Loire inférieure lors de la
contre-révolution, dont elle est le principal
vivier. André Siegfried (Tableaux politiques
de la France de l'Ouest Colin 1913) pense
désigner ainsi ce qu'il lit unilatéralement
comme une subordination des paysans fermiers ou
métayers aux maîtres de la terre et de la paroisse au centre d'un bourg sans habitants,
contre la république de 1993 à 1958 ?.
L'historiographie nous a montré des rôle
partiellement inversés dans la révolte "vendéenne"
où c'est le peuple qui tire les nobles et contrôle
ses prêtres, tandis que
l'anthropologie de la famille (E. Todd, La
nouvelle France, L'invention de l'Europe Seuil
1994)
met en évidence les dangers sociétaux d'un
extrême individualisme qui affaiblit les
familles populaires face aux puissants. Nantes
est entouré au nord à l'est et en partie au sud,
par le pays de la soumission. Saint-Nazaire la bretonne échappe à cette configuration. L'estuaire de Jean Blaise et J-M A serait
culturellement sa fin. Le pays du mensonge
déconcertant c'est l'Union soviétique de
Staline vue par un des plus lucides et précoces
critiques, le communiste yougoslave, Anton
Ciliga. Il désignait l'absolu triomphe de la
fausse conscience sous la terreur des massacres
d'Etat et la novlang idéologique. La novlang
(1984 Orwell) des mondes cultureux et la pensée
unique sanctionnée d'inversion haineuse du
patrimoine culturel transmis, que font rêgner les patrons
des subventionnés de la culture d'Etat,
n'a rien à envier à celle de Staline, mais ses
effets ne se manifestent que sur liberté de
parole et d'écriture... mais aussi sur l'emploi,
donc l'employabilité. Nantes sans ouvriers
et sans peuple est devenue un des pôles de
l'Etat culturel en France, ville icône des
bobos parisiens, de la radio France culture recuite
par Laure Adler, Télérama, le Nouvel Obs, Le
Monde, Libé.. L'inversion culturelle
cette structure anthropologique (virtuellement
nihiliste, réellement chosifiante) de la
mondialisation même, se manifeste par la
migration du maître de l'ainsi nommé Lieu
unique nantais (dont la programmation est
une usurpation radicale du statut de "scène
nationale" qui la subventionne, alors que tout
ce qui est culture (transmise), populaire et
française, y est repoussé), pour les agitations
médiatiques et spectaculaires marchandes des
Nuits blanches parisiennes, en passe d'être
imitées par toutes les villes de l'archipel
de la mondialisation. Comment ne pas
attendre d'une des trois villes françaises
(Marseille, Saint-Etienne, Saint-Nazaire) qui
n'aient pas encore perdu leur peuple, disons
un air de liberté ?
Jacky Réault
Agrégé d'histoire, Directeur du GIRI CNRS,
Co-fondateur du Lersco CNRS, Maître de conférence en
sociologie à l'Université de Nantes LERSCO 1992
Habiter PIPS, EA 4287 Université de Picardie Jules
Verne, Lestamp-Association
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