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Pour un lieu commun des sciences sociales
:
" Les
sociétés de la mondialisation"-Séance inaugurale |
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Jacky REAULT
Nantes Ancien directeur du GIRI CNRS, Agrégé
d'Histoire, MDC Sociologie, LESTAMP Equipe associée
de l'Université de
Nantes et Lestamp-Association (juillet 2004)
Droits de
reproduction et de diffusion réservés ©
LESTAMP -
2005
Dépôt Légal Bibliothèque Nationale de France
N°20050127-4889 |
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-I-
Accueil aux participants au colloque international "Les sociétés
de la mondialisation"
Salut
d’abord à celles et ceux qui sont venus d’Oulan - Bator ou de
Ouagadougou, de Bucarest et d’Agadir, de Lisbonne ou de Londres
voire des Pays-Bas, salut à celui qui est passé par Rancagua
(Chili) pour nous parler d’un anti-avenir possible, salut à
celui qui sera comme ambassadeur d’Istanbul notre autre Rome
plus troublante de son ambiguïté radicale, salut aux francophone
de Genève et d’Oran, à celle dont la voix restera anglaise pour
évoquer les frontières de l’Ulster, aux voix italiennes qui nous
parlerons de la fête et de la céramique en Grande Grèce, à la
voix espagnole venue d’Alicante pour évoquer des villes
mondialisées. Merci à ceux qui vont nous transporter comme en
tapis volant entre le Cameroun les Etats Unis et Calcutta, Sao
Paulo Rome et Bamako, la Bulgarie l’Inde et Dar es Salam, entre
la Silicon Valley et Bangalore et même par Royaume uni qui n’a
rien d’une troisième voie. Bravo à ceux qui évoqueront des
continents et même cet objet si difficile à identifier qu’est
l’Europe, à ceux qui évoqueront le destin mondial de religions
voire des civilisations entières ou continents entiers à ceux
qui s’exposent à penser le monde lui même. Merci d’être là à
ceux qui viennent de cette France braudélienne, une et diversité, entre Paris,
Brest, Toulouse, Montpellier, Aix- Marseille, Limoges ,Bordeaux,
salut à nos voisins d’Angers et de Rennes, de Tours. Merci à la
douzaine du Lestamp dont la plupart ont assuré à la fois
l’intendance la pensée et la voix.
Votre présence impensable il y a seulement six mois nous comble,
fait événement. Le monde est donc pensable ! N’ayons pas peur !
Après le salut comblé, le risque extrême d’inaugurer sans clore,
de constituer sans préjuger. Si une simple formule peut résumer
ce que nous allons tenter de dire en guise d’accueil nous
proposons celle ci qui est, pour nous, mieux qu’un programme, un
espoir.
-II-
Communication de Jacky Réault:
Pour un lieu commun des sciences sociales
Libres associés
Le Lestamp est heureux de vous accueillir à Nantes ;
laboratoire d’universitaires patentés mais déjà associés à leur
compte et roulant vers l’indépendance institutionnelle, ouvert,
petite universitas magistrorum discipulorum. En ces temps
de mastérisation niveleuse et semestrialisée où il ne
serait plus question que de réduire la voilure des savoirs et
de s’aligner dans les bornes de l’emploi régionalisé, verrouillé
dans des clientèles, nous n’oublions pas d’où nous venons et ce
que nous voulons transmettre, cet inestimable objet de la
transmission[1] :
des filiations de maîtres et de savoirs, qui capitalisent des
fondamentaux fragiles, suspendus aux mémoires vivantes qui ne
cesseraient jamais de transmettre ; sociologues pour la
raison sociale, à ne pas trop prendre au mot des indurations
institutionnelles, les femmes et les hommes en société, mais
aussi les sociétés elles-mêmes, voire des ensembles plus vastes
encore, sont notre affaire, holistes et
individualistes, inséparablement nous tentons d’être…, mais
avec beaucoup d’autres corporations : les sociétés humaines et
leur devenir sont affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux
sociologues.
Qu’importent les emblèmes spécialisés et par trop séparés où
nous faisons, souvent par hasard, nos carrières dans une clôture
souvent inversement proportionnelle à la production d’idées
neuves. A propos quel était le métier d’Ibn Khaldun[2]
inventeur de l’habitus mais, pour ce qui le
concerne pourfendeur de clans, et dont le programme pourrait
être le nôtre, les villes, les campagnes[3]
les Etats, dans les aires et les cycles mortels
des empires, au contact des deux grandes civilisations de la
Méditerranée d’après l’Hégire ? Mare nostrum encore ? Nos
fondateurs vous ressemblaient. Ils ressemblaient en tout cas à
la totalité hétérogène que vous constituez ; ils étaient aussi
philosophes, juristes historiens-géographes, nourris de
linguistique et de freudisme et plus généralement
d’anthropologie, devenus sociologues comme par surcroît, moment
le plus abstrait et le plus instrumental, le plus instrumenté
aussi ; finalement plus ou moins sociologisés, comme on
dit, nous avons eu la tentation un moment aussi - comment le
nier ? -d’évaluer et moderniser nos semblables
jusqu’à nous apercevoir que nous risquions ainsi de ne plus être
ni savants ni politiques, des idéologues, voire (cette prise de
conscience étant la plus récente quoique irréversible), dans le
pire sens du terme, des mondialisateurs[4] !
Nous n’avons pas assez oublié cette genèse, pour croire qu’on
puisse penser la forme société et surtout les sociétés-pays-réels,
à partir de petits bouts découpés à la hache au sein de
sous-spécialités, qui plus est en problématiques closes, pour
croire que des abstractions sur la société objet construit,
(c’est plus facile que l’opacité irréductible du réel mouvant)
puissent remplacer la quête humble et sans fin de la concrétude
des sociétés existantes, singulières et toutes cependant dans ce
même bateau dont la coque est la cinquième planète.
Héritiers, nous osons l’être, contre les éradicateurs de
culture, nous n’avons pas oublié ceux qui nous ont formé ou
éclairé de leurs œuvres dans tous les horizons du savoir et pas
seulement dans les disciplines estampillées, et nous ne voulons
pas nous séparer de bien d’autres contemporains vivants, tout
aussi divers auxquels nous avons aussi adressé, comme à vous,
notre appel à communiquer, comme on dit ... En
espérant qu’on échangera sur le dos de la même terre, que nous
grattons d’habitude sans trop sans nous voir mutuellement, bien
autre chose que de la communication, cet art du vide et
de l’insignifiance[5]
où nous confinerait la bien-pensance utilitaire et l’interdit
du nécessaire conflit d’idées.
Transformations et Acculturations Populaires...
c’est notre
cible générale, on ne nous suspectera pas trop d’être dans l’air
du temps central de la discipline ; ce qui ne nous rend pas
pour cela, au contraire peut-être, étrangers au Temps du monde[6].
C’est du sein de ce bloc de questions que nous avons profilé
notre appel, parce que, d’où nous parlons, il était devenu
nécessité à la fois intime et publique, de justifier notre
existence et de faire connaître notre expérience. En une phrase
où convergeraient la plupart d’entre nous, la mondialisations ne
pourrait-elle pas, peut-être, se résumer aussi (à supposer,
propos certes bien fou[7],
qu’elle soit achevable), comme un processus et des politiques
tendant à la fin des peuples. Le retour à l’espèce terrestre
unique est également fantasmé par les Castor et Pollux (sur ce
point interchangeables ? ) de l’impasse Adam Smith[8],
les néo-progressistes et les pan-libéraux, également
religionnaires du mouvement du monde quel qu’il soit et où qu’il
aille. N’est-ce pas toujours le one best way, bougiste
dit joliment Taguieff[9] ?
Bougistes d’hier et d’aujourd’hui, négateurs d’histoire,
déconstructeurs de sens et liquidateurs de mémoires, sous
l’emblème de la réforme sans fin[10],
N’a - t -on pas chez tous le module unique des déjà mondialisés,
notamment dans l’archipel des capitales, ou d’une autre
façon des déterritorialisés tant à l’égard des peuples
qu’à l’égard des sens[11] ?
Questions que tout cela ! Rassurez vous, questions seulement !
Questions quand même! Milieux
Que nos débats soient en quelque sorte l’empire du milieu ! Nous
vous accueillons dans un site qu’on appelle opportunément, la
Médiathèque, en une ville que les physiciens du globe,
rejoignant tardivement les géographes, considèrent comme centre
des terres émergées. Cette ville est un courant d’air
culturel, où convergent et cohabitent (abstraction faite du
flux récent de cadres supérieurs parisiens, très branchés
très court-barbus version Canal plus, assez mondialisés, très
lieu unique en un mot), trois provinces entrées en
République au prix historique de quelque guerre civile aux
effets toujours vifs. Où nous porterons nos regards ce soir en
sortant d’ici, c’est un fleuve, un port mort, avec comme horizon
la ligne où tombe chaque jour le soleil. De ce balcon, sur la
lumière qui se noie, l’occidant même, le point
d’observation n’est pas mauvais, sur ce qui veut vivre, et sur
ce qui se laisse mourir, sur ce que l’on occis peut-être, aussi
dans ce monde, que, non sans dérision de quelque dieu, l’on
peut aussi penser, d’ici encore mais en regardant à l’antipode,
dans son recentrage… Pacifique.
Notre laboratoire et c’est le seul sans doute dans sa
discipline, maintient dans son intitulé ce mot modeste de
milieu : le contraire en termes de connaissance de
l’homogène, du réseau[12],
de l’épuration, du champ. Milieu, lieu commun du complexe
et de l’hétérogène ; au point que l’on ose y trouver encore,
avec des géographes, des anthropologues, des historiens et
quelques héritiers de Sigmund l’incorrect, des signes
mêlés à de la nature, des corps sexués, des climats, - au
sens de Montesquieu - , au point que l’on ne s’effraie pas non
plus de l’insertion de machines et de produits, de matières pour
parler cru[13],
de modes de production et d’échange[14]
au sein même de la société comme texte,
selon le maître livre de Pierre Legendre[15] ;
Penser en milieu, suppose pour le moins des signifiants quelques
peu matériels et quelque référents par dessus l’individu du
marché du sociologue et de l’économiste, trop souvent le même ;
cela suppose peut être aussi le retour de sujets debout,
sujet individuel comme sujet collectif, mais toujours sujet
historique, et pas seulement le sujet du droit, ou
plutôt d’un seul droit civil où devrait s’abolir, selon le rêve
actif des institutions centrales de la mondialisation, le
si précieux, précaire et dépecé, droit collectif du travail[16].
A l’instar des géographes autres fidèles, - nous aimons en tout
cas l’espérer - des milieux, nous aimons les contacts et les
zones de contact. Nous nous plaisions à l’avance à vous
imaginer accourus dans ce bon lieu - mauvais lieu du bord de
l’eau, - délicieuse équivoque du vieux langage -, du bord
d’une Loire qui donne à boire à l’océan, où l’on se souvient
pourtant, sur ce fond maritime et mondial, d’un triangle immense
de voiliers sans innocence. Mille sept cent cinquante six
courses de traite entre 1703 et 1831, entre Nantes, l’Afrique et
ce si mal nommé Nouveau monde. Au bord de ce quai de la
Fosse qui fut un centre de cette pré-mondialisation ( ?),
on ne peut cacher, sur ce point, l’eurocentrisme de Marx lui
même : le capitalisme engendra et l’esclavage moderne de ses
marges occidentales comme d’ailleurs le second servage de son
Orient , bien avant le travailleur libre de ses centres
occidentaux.
Le festin de Babel
Dans notre World trade center nous ne vous proposons
cependant, pour ce qui est du commerce et de la spéculation, que
des idées libres, et, grâce aux géographes, - et pour autant que
la technique suive -, des images aussi. Puissent les idéalités
des sociologues économistes et autres souvent trop abstraits
s’en trouver plus incarnés comme le sera par dessus tout çà,
peut-être, en quelque sorte avec le concert des prises de
paroles venant de si nombreux pays du savoir, ce que l’on
pourrait nommer, comme une Ode à la voix[17]
plus profonde et plus intime à la fois que le simple discours !
Les voix c’est une spécialité d’ici, de Joëlle Deniot en
l’occurrence, directrice d’un laboratoire occis, présidente d’un
laboratoire naissant. Tout colloque n’est-il pas un de ces
moment totaux où nos écrits se font corps et âmes (comme en nos
cours certes, espèce menacée), mais c’est le seul où nos pensées
se font face en faisant voix, et où souvent même (inutile de
faire semblant, nombreux parmi nous sont dans cette situation !
) elles se font voix avant d’être (et parfois jamais), écrites.
Aimons, aussi, ce que jamais on n’entendra deux
fois ! Rendons ici à Cesar et pas seulement aux princesses
du lieu, ce qui leur appartient : cet amphithéâtre creuset
ouvert du débat public nantais, (joli cadeau de la Mairie de
Nantes !), qui sera de vos pensées-voix le principal et très
précieux écrin. Bref nous vous invitons à donner de la voix et
pas seulement des discours.
Le programme, déjà diffusé, de nos jours et de nos travaux, cet
inédit radical au regard de chacune de nos disciplines, le
livret-programme, image et texte[18],
artistes et paroliers, (vous mêmes en l’occurrence), que vous
avez trouvé dans votre sac municipal et nantais, vous l’aura
déjà fait ressentir : nous ne vous confinons décidément pas dans
la Galaxie Gutenberg qui reste notre fin et mission propre
d’universitaires et de chercheurs, mais ici enchâssée entre le
film de ce soir, Artisan Pickpocket[19],
(notre beau mais terrible remord à l’égard de la Chine, cet
autre univers qui monte dans le monde qui va), et l’inauguration
plus festive de l’exposition du photographe Robert T0, de
vendredi soir, les sociétés de la mondialisation encore
mais faites images au risque d’un regard singulier. L’ensemble
des personnes et des pensées, l’ensemble de ceux qui vont
s’exposer à penser et, peut-on dire, à imaginer et imager
dans ce colloque, scandé d’images fixées, (tout sauf un art
moyen, triste formule), et animé d’images mouvantes, (le
cinéma ou l’homme imaginaire, joliment dit par Edgar Morin),
tout nous semble dessiner comme une forme expérimentale
totalement contemporaine et totalement enracinée, donc
résolument risquée ; mais du moins, (c’est ce que nous avons
espéré en nous lançant dans cette aventure), le profil que nous
aimerions voir se révéler serait celui d’un espace à la fois
hétérogène et commun, un lieu commun évidemment, de
sciences sociales (et d’art vivant), devenu
nécessaire, urgent même et, osons le dire, libérateur.
Libérateur d’abord pour ceux qui l’ont organisé dans les rets,
disons, d’une certaine situation d’étouffement...institutionnel
et disciplinaire.., dans tous les sens, pas vraiment joyeux, de
ce vocable, à l’instar des ex-bataillons du même nom !
Libérateur aussi, nous l’espérons, pour vous, toutes celles et
tous ceux, (un peu plus nombreux à s’être maintenus que les
premières pourquoi ?) qui n’ont pas craint, dans ce monde de
dédifférenciateurs, selon la si profonde et prophétique analyse
de Georges Devereux[20],
et rêvant de clones, de prendre le risque, devenu presque
incorrect avec l’inter (ou pourquoi pas l’alter) disciplinarité,
de l’altérité des savoirs et plus encore des
questions, voire des langages, sans s’effrayer du destin de
Babel, du destin ou plutôt du festin ? Babel n’est-ce pas, la
patrie des hommes humanisés ce qui n’est pas (ce qui
n’est plus ?) un pléonasme, c’est à dire des humains, ayant
aussi des patries, des cultures, des sociétés des civilisations,
ces médiations en concert inachevable et peut-être menacé, de
l’universel concret ?
Questions toujours que tout cela, bien sûr, ne craignez rien ;
mais questions encore !
Les sociétés de la mondialisation ?
C’est de là, du sein et du goût de cette sociodiversité
que notre appel, Les sociétés de la mondialisation,
prend son origine, Ce chœur des unités sociétales et
civilisationnelles, n’a rien à voir avec la maladie
différentialiste qu’a diagnostiqué Emmanuel Todd[21],
et qui, venue d’Amérique, avait envahi le discours des
classes parlantes françaises lors de l’entrée en
mondialisation, en gros, en France après cette date si
incroyablement connotée à l’avance de 1984. Certes nous
n’oublions pas que cette diversité, est en partie digérée,
distribuée en des lois d’airain (mais l’airain fond aussi
si l’on s’en donne les moyens !) entre centre et périphéries.
On n’échappera moins que jamais au questionnement de cette forme
de valorisation à partir d’un centre de l’inégalité du monde
que formalisa Fernand Braudel. Certes est omniprésente
l’expérience si lourde de la structure totale d'une mutation,(ce)
processus global de transformation[22],
Mais cela
n’épuise pas la sociodiversité humaine pertinente, à l’instar de
l’œuvre des sociétés braudélienne elle - même où
n’a jamais été tentée la synthèse entre l’apport sur les
grandes civilisations et celui sur l’histoire générale du
monde.
Qu’à son exemple notre propos ne s’effraie pas de
balancer sans jamais trancher entre l’un et le multiple, pour
nous orienter dans ce labyrinthe historique où nous sommes.
Comment, comme nous y invitera Guy Bois à la première place qui
lui revenait, pourrions nous relativiser les contradictions
motrices de la mondialisation pensée comme une unité écrasante
réduite à la violente clarification de son épure ? Les libres
échanges contraints, l’obligation de s’ouvrir à ce qui vous
détruit, des exploitations d’échelle inédite, des prédations
terrifiantes d’une planète rare, des injonctions centrales à des
servitudes sournoises ou sanglantes. Comment ne pas penser dans
le même temps de l’immédiate actualité les prodigieuses vagues
de développement de la Chine à l’Inde, les effervescences de
néo-tribus antidestins collectifs festifs et choisis, et
ces serviteurs électroniques de la mise en réseau sans qui ce
colloque n’aurait pu exister. ?
Mais ce n’est pas de ce seul mouvement central ou des mêmes flux
diffus que s’originent les mobilisations publiques ou
privées, collectives ou individuelles dont la mondialisation est
la résultante autant que la cause. L’on postule que c’est avec
cette sociodiversité que doit faire la
mondialisation[23].
Imaginaires comme le sont les mythes pour les
déconstructeurs de tout poil, irrationnelles pour les
tenants des faits sociaux réduits à l’état de choses
sociales à l’instar des marchandises, les identifications
collectives sur des mémoires réelles et reconstruites à la fois
et ceci sans garantie et sans fin, les unités empaysées,
dirais-je, sociétés Etats lignages territoires, transmissions
liant les ressources avec l’émotion et le signe, sont tout
autant les clés historiques des mobilisations qui
affrontent les processus globaux et les politiques qui les
condensent, jusque dans des guerres toujours plus rapprochées.
Guerres mondialistes[24] ?
Comment ne pas questionner comme telle leur effrayante nouveauté
? Qui nous trouvera des mobilisations, des résistances ou des
abandons décidés, voire des ruées modernisatrices et autres
movidas très réactives, sans ce que dénient presque toutes
les sciences sociales, sans les émotions liées à des sens sur le
conservatoire toujours mouvant des peuples ? Questions encore,
en tout cas quelques unes de nos questions, d’ici et maintenant.
N’ayons pas peur !
Nous n’aurons en tout cas pas peur des questions au plus large y
compris l’ultime : qu’est-il de l’humanisation en crise - tant
le disent parmi les plus profonds ! - dans le monde qui va ?
L’horizon d’une société-espèce universalisée pourrait il augurer
autre chose qu’un destin de fourmilière ? Mais nous n’avons pas
non plus pensé qu’il y aurait des plus restreintes questions qui
soient pour cela des moindres. Notre espace-milieu, le programme
en est assez éloquent, n’a ni haut ni bas, (ces
vilaines formules d’une post-sociologie des classes déclinante
ou réchauffée), ni petits ni grands objets, ni autorités
centrales ni chercheurs marginaux. Il n’y a de bornées
que les réponses déjà données dans les questions, une tentation
certes très sociologique encore et très économique aussi,
arguant d’épistémologies de la rupture d’avec le monde
commun. Nous ne sommes pas ici pour rompre, encore moins pour
éduquer…cette autre maladie sénile des sciences sociales,
à très moyenne portée, pour contrôleurs sociaux régionalisés.
Bref, nous n’aurons pas peur…sinon que ferions nous ensemble ?
pas peur des vastes questions transversales. Mais sans jamais
oublier que nous parlons tous et chacun, modestement, de quelque
part et, les uns pour les autres. Toujours d’ailleurs.
N’est-ce pas un préalable absolu - l’ailleurs -
pour qu’ait existé ici, pendant trois jours, au moins, - le
temps d’une passion -, un lieu commun qui ne soit pas un lieu
unique, pour que l’effort d’un langage ordinaire[25]
fasse reculer nos jargons, nous permettant de nous entendre
entre nous et d’être entendus dans un monde commun ? pourquoi
pas d’ailleurs, dans un common sense [26]
- phobie des idéologues - qui ne refuse pas aux expériences
humaines pratiques ou réflexives, la dignité de savoirs
échangeables ? voire dans cette common decency, à valeur
anthropologique que Georges Orwell considérait comme la
revendication principale des peuples quand d’autres prétendent à
leur place et, voire contre eux, traiter désormais en nouveaux
oligarques, du bien et du mal, de la négation des sexes, des
âges, des filiations même, de la vie et de la mort, de leurs
territoire à dépayser et de leur mise en réseau ... dans le
champ ou plutôt le néant humain d’une post-humanité réduite
au marché mondial.
Aurions-nous une conception passéiste du populaire ou par
trop enracinée dans le printemps 89 ? En tout cas le lien
central de la mondialisation et du devenir des peuples, la
question de la voix des peuples est au centre de notre
heuristique du moment actuel.
Peut-être ne le répéterez-vous pas !
Aventure
Ce colloque se présente comme la résultante indéductible d’un
appel indiscipliné aux travailleurs libres de toutes les
disciplines des sciences sociales, civilisationnistes,
linguistes, psychosociologues, anthropologues, historiens venus
trop rares hélas, et beaucoup heureusement de géographes et même
oserais -je dire des sans étiquettes (en tout cas n’avons
nous pas su, et eux peut-être non pas pu, s’étiqueter ... et
sociologues enfin, d’appellations contrôlées et non contrôlées.
Tout colloque certes est une aventure. Entreprise ne
serait pas mal non plus mais, (comme l’avait noté un, devenu
très lointain fondateur), elle peut requérir des entrepris
vilain mot !). Aventure donc, au bord de la Fosse le mot
résonne et raisonne encore assez bien ; encore les aventures
colloquantes sont-elles en général pondérées par un double
volant de sécurité : la solidarité d’un réseau ou sous - réseau
disciplinaire déjà éprouvé dans quelque expérience antérieure
homologue, la mobilisation d’un tissu d’universitaires et de
doctorants au sein d’institutions universitaires globalement
coopérantes ou, au pire, positivement indifférentes. De tout
cela nous n’avons eu, à l’instar de ce bas clergé de 1789 qui
finit par rejoindre le tiers-état, que la portion congrue.
Ce qu’il est convenable de faire savoir ici c’est que cette
mobilisation et ce vivant tissus de jeunes gens, de maîtres plus
ou moins blanchis et d’une directrice qu’on afficha ici sur les
murs pour mauvaises lectures, sont bien là, au centre de tout
cela ; mais pour le reste, tout se déroulera sans notables, si
paradoxal que cela puisse paraître à l’épicentre de ces sociétés
d’Ouest qui les engendre à profusion, hier et aujourd’hui dans
l’aire et la nouvelle ère des reféodalisations,
(Legendre encore au risque de Guy Bois en passant par André
Siegfried[27]).
Tout se passera sans filets, sans réseaux, sans rets donc...,
de ceux qui emprisonnent l’oiseau.
Aventure encore faire ce genre de colloque dans ce moment
actuel
celui d’une guerre atroce et, (première dans l’histoire
contemporaine ?) sans un journalise libre. Moment de la crise
qui vient de s’ouvrir, le savez-vous, en octobre à Londres[28],
(où la City se souvient d’avoir été près de ceux siècles centre
d’économie monde), crise entre les gentils altermondialistes et
l’antimondialisme réel pour le moins plus rugueux, le plus
conséquent porté par des soldats et des croyances et des formes
de guerre inintégrables dans un Dysneyland médiatisé.
Oserons-nous, avons-nous les biscuits, (invention nantaise au
demeurant que ces deux fois cuits, pour faire bonne
mesure) pour le faire ? Oserons-nous affronter tout cela, ce
défi à la connaissance et à l’action concernant désormais,
quoique à jamais inégalement[29],
la totalité des hommes d’une planète, d’évidence sans précédent
historique et sans pôle antisystémique garde-fou de l’entropie
de l’unique ?
Penser la mondialisation des guerres mondiales ? Faux
paradoxe Vraie question ! Nous n’en parlerons sans doute pas ou
peu par modestie crainte ou tremblement, mais l’historien, que
je ne peux cesser d’être sans cesser d’être, ne pouvait conclure
sans cette inconfortable évocation que ne résoudra d’évidence
pas l’invocation des pensées de camps-clés-en-main de la
simplification binaire : Laïcité Droit de l’homme et
Démocratie importée éclairant le monde d’un côté,
Islamisme radical ou tout autre construction qui pense
possible à l’instar des tomates hollandaises des religions
agissant sans sols, de l’autre ! De cela nous forcément nous
reparlerons cependant.
Pour conclure sur ce que nous avons voulu faire, (mais c’est
vous qui ferez), deux vœux peut-être pour résumer :
Ici donc, priorité d’abord donnée au Monde réel qui va …
sur les pensées a priori élaborées, socialisées
contrôlées dans les réseaux de conquête des places et pouvoirs
disciplinaires. Priorité donnée au monde qui va ou ne va pas,
c’est selon ! Priorité aux mondes petits et grand.:
Ici donc, plutôt que le thème devenu un peu litanie du local
et du global, et d’abord, ne l’oublions pas slogan d’une
multinationale[30],
on suggère l’heuristique, plus proche d’une anthropologie
fondamentale du macrocosme et du microcosme ,
pondérée par une monadologie ; l’inventaire des
composantes du tout est présent partout, mais pas sa
structure[31].
Le colloque se clora, non sans quelque clin d’œil, sur notre -
so small world - la sociologie d’avant le lieu commun ou
peut-être en un autre sens des lieux communs – mondialisés ?-
de la sociologie !
Deuxième vœu, la revendication quasi militante - pourquoi pas ?-
(au sein de sciences sociales tentées par le sociologisme
abstrait), l’obsession, d’historien d’ethnographe, de géographe,
de la prise en compte des singularités, des Unités concrètes,
(ce qui ne veut pas dire seulement les petites, le Monde en est
une), des totalités vivantes de tout ce qui est supposé ne pas
survivre à une mondialisation pensée comme déréliction comme
individuation absolue.
N’y aurait il de science que du général, qu’il faudrait
encore plus se méfier, non de la science, mais de ceux qui
l’invoquent tant pour conjurer le réel. On se plait à reprendre
à Guy Bois, la thèse de la singularité radicale de la
mondialisation[32]
qui se noue, il y a trente ans, mais elle n’est, comme le reste,
acceptable que réfutable ; si d’autres recherchent,
presque avec émotions, leurs première mondialisation[33],
de gauche si possible, comme d’autres leurs premiers
sous-vêtements Petit-bateau, ils ont bien le droit de le dire
aussi et je mérite un gage pour sembler me moquer d’eux qui
furent invités à l’instar du monde entier.
Mais quitte à réintroduire avec notre inassouvissable faim
d’histoire, la singularité irréductible d’un moment actuel
contre l’aplatissement anachronique ou anhistorique voire le
délire millénariste d’une fin de l’histoire, pourquoi ne
pas pousser plus loin le rééquilibrage des sciences sociales, en
quête d’un nouveau lieu (qui soit) commun aux
spécialisations disciplinaires et réintroduisant le singulier
des transmissions donc des signifiances donc des mobilisations,
donc des unités de permanence et de liaison humanisante entre
des territoires valorisables des hommes, des symboles et des
affects, dans une inachevable et précaire universalisation.
Jacky REAULT
LESTAMP -
Université de Nantes
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Dépôt Légal Bibliothèque Nationale de France
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