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Politiques de mondialisation et savoirs éducatifs au Burkina
Faso |
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Sophie LEWANDOWSKI
Sociologue
Doctorante EHESS - IRD, Volotaire civile
internationale, VCI
Droits de
reproduction et de diffusion réservés ©
LESTAMP -
2005
Dépôt Légal Bibliothèque Nationale de France
N°20050127-4889 |
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La
forme actuelle de la mondialisation a pour particularité
d’opposer, à l’échelle planétaire et de façon accélérée,
l’hégémonie d’un modèle de société fondé sur l’Homo
oeconomicus et des stratégies d’acteurs qui, loin d’être
uniformes, participent à des dynamiques sociales nouvelles
et diversifiées. La complexité de ce processus ne peut être
abordée que comme un ensemble de « politiques de
mondialisation » (Lange, 2003) notamment en ce qui concerne
ses déclinaisons socio-culturelles. Dans le domaine de
l’éducation en particulier, le « nouvel ordre éducatif
mondial » n’est pas monolithique. Au Burkina Faso, par
exemple, les transformations des politiques éducatives
engendrent des logiques qui ne sont pas forcément conformes
au modèle des sociétés de marché. De même, l’évolution des
savoirs éducatifs semble favoriser des processus de
relecture identitaires autonomes.
Les
transformations des politiques et des pratiques éducatives
Les systèmes éducatifs que les politiques de mondialisation
libérale ont rencontrés en Afrique sont divers et complexes.
Ces systèmes sont composés de formes de scolarisation
multiples et d’espaces d’éducation communautaire formels et
informels. Le développement du système scolaire : de la
colonisation aux politiques de mondialisation. La
scolarisation a débuté en Afrique de l’Ouest dès l’époque
précoloniale avec les comptoirs ; elle a été marquée par les
conquêtes arabo-musulmanes et s’est progressivement
institutionnalisée avec la colonisation européenne (Lange,
1998 et 2003). Le système scolaire est aujourd’hui ainsi
composé des écoles coraniques (essentiellement fondées sur
la mémorisation du Coran), des écoles arabes ou medersa
(qui y enseignent la religion musulmane et la langue
arabe mais aussi le français et les matières d’enseignement
général), des écoles chrétiennes très similaires à l’école
publique, des écoles privées laïques, des écoles
communautaires et des écoles publiques.
Le système scolaire public n’a pas connu une évolution
linéaire. D’abord limité aux besoins de la reproduction
coloniale, il a connu un fort développement au moment des
indépendances. Les années 80 ont été marquées par un
phénomène de déscolarisation dû à l’accroissement
démographique, à la crise économique et aux politiques
d’ajustement structurels, tandis que les années 90 ont
amorcé une légère reprise. Le Burkina Faso a globalement
suivit cette évolution bien que la stagnation de la
scolarisation soit apparue plus précocement tout comme sa
reprise qui s’est réalisé dans les années 80 avec la
politique révolutionnaire sankariste. Les politiques
scolaires internationales ont joué un rôle important dans
ces évolutions en Afrique de l’Ouest. Ainsi, la politique
coloniale française jacobine a créé une institution
centralisée, francisée, réservée à une minorité et niant
l’existence de savoirs locaux. Dans un mouvement contraire,
au cours de la décennie qui a succédé aux indépendances,
l’UNESCO a soutenu des réformes visant à adapter l’école au
milieu notamment par l’introduction des langues nationales,
la ruralisation, la création d’écoles communautaires, et la
prise en compte des savoirs locaux.
Mais ces réformes sont restées à un stade expérimental et
n’ont guère permis d’augmenter les taux de scolarisation.
Effectivement, bien que très variables d’un pays à l’autre,
les taux de scolarisation africains étaient dans les années
60 et demeurent encore aujourd’hui les plus faibles du
monde. Au Burkina Faso, par exemple, le taux brut de
scolarisation à l’école primaire était de 47,5 % en 2003[1].
C’est au nom de ces difficultés que la Banque mondiale
soutient depuis les années 80-90 des réformes libérales dont
les principales orientations sont la priorité à l’éducation
de base, la promotion de la scolarisation féminine, le
soutien aux initiatives privées et décentralisées et la
réforme de l’enseignement supérieur.
Ces réformes entendent scolariser plus d’enfants tout en
réduisant les coûts par l’amélioration de la maîtrise des
dépenses et le recours aux fonds privés (participation des
familles comprises). Cet objectif ambitieux se veut être au
service de la croissance et du « développement ». En effet,
la doctrine du capital humain, appliquée dès les années 70
au « tiers-monde » par l’économiste George
Psacharopoulos de la
Banque mondiale, considère l’éducation comme « un bien
privé, individuel, marchandisable, dont le principal
bénéfice serait de nature économique » (C. Laval & L. Weber,
2002 : 10). Cette doctrine fonctionne avec son corollaire :
celle du capital social où « la force du lien entre les
membres d’une société, la cohésion sociale [à laquelle
participe l’éducation] sont analysées comme des facteurs
d’efficacité économique en même temps qu’elles sont
regardées comme partie prenante de l’objectif ultime de la
croissance : le “Bien-être” » (idem : 83).
Les réformes scolaires de la Banque mondiale se placent
ainsi dans un système intégré de réformes touchant à tous
les domaines de la vie sociale, politique et culturelle pour
créer les conditions propices à l’essor d’une économie
libérale insérée dans les marchés internationaux. La
Conférence mondiale sur l’Education pour tous (EPT) à
Jomtien en mars 1990 a entériné ces idées sous le mode d’un
consensus sur la priorité éducative (sociale et économique).
Cette rencontre a par ailleurs confirmé un certain nombre
d’autres tendances parmi lesquelles on peut remarquer avec
Marie-France Lange (2003) l’augmentation de
l’interventionnisme des bailleurs de fond (avec la promotion
de la notion de « partenariat »), la faible écoute accordée
aux familles et aux enseignants et l’affaiblissement du rôle
des Etats africains. On peut ajouter à cette liste
l’occultation des savoirs locaux : la politique de l’EPT, en
visant une application universelle du « paquet minimum » qui
ne comprend que « lire, écrire et compter », ignore
effectivement les savoirs locaux et entendent s’y
substituer[2]. Ainsi, aujourd’hui, le système scolaire
burkinabé est fragmenté (entre les différentes écoles
privées et publiques), peu développé (avec un faible taux de
scolarisation), inégalitaire (inégalités sociales,
régionales et sexuelles), soumis à des politiques libérales
et peu valorisant pour les savoirs locaux. Ce système
coexiste avec des espaces d’éducation communautaire qui ont
évolués à son contact.
Les transformations de l’éducation communautaire
La scolarisation a progressivement (depuis un siècle) été
considérée comme la forme éducative principale et légitime
par les autorités administratives, mais son incapacité à
prendre en charge la majorité des enfants a contribué à la
persistance et à l’évolution des formes d’éducation
communautaire[3]. Par exemple, dans la société gourmantchée
de la Gnagna située dans une zone isolée au Nord-est du
Burkina Faso, le taux net de scolarisation était de
seulement 13 % à l’école primaire pour l’année 2000-2001[4].
On y trouve aujourd’hui différentes formes d’éducations
communautaires. Nous avons effectué dans cette province des
entretiens de types qualitatifs (81) et des séances
d’observations de situations pédagogiques dans les écoles et
les villages (42). Les principales étapes de l’éducation
d’un enfant dans la Gnagna ressemblent à celles pratiquées
généralement en Afrique de l’Ouest déjà décrites par des
auteurs comme Abdou Moumouni 1998 [1964].
La socialisation des jeunes se fait progressivement par la
mère puis par les deux parents, les oncles et tantes et la
communauté avec une séparation des sexes au moment de la
puberté. L’étape de l’initiation est décisive : tout comme
la mise à l’école, il correspond au seul moment
véritablement formalisé de l’éducation où l’on extrait tous
les enfants de leurs familles pour les envoyer dans des
« camps de circoncision » et des cases d’excision où ils
recevront les enseignements jugés nécessaires. La
circoncision et l’excision sont des rites de
passage « classiques » avec la séparation du novice de la
société puis sa réintégration avec un nouveau statut
d’adulte. Ils sont censés apporter, au travers d’expériences
physiques et de transmissions verbales, la sagesse
aux femmes et l’intelligence aux hommes. Aujourd’hui,
la loi interdit la pratique de l’excision au Burkina Faso,
cette dernière a donc diminué mais elle reste répandue au
sein de cette zone rurale. Les camps de circoncision, sont
également moins fréquents mais ils existent toujours avec
des épreuves moins difficiles.
Dans certains camps, la circoncision et les soins qui y sont
liés sont pratiqués par un infirmier que l’on fait venir au
village pour la circonstance. Les enfants qui ne vont pas
dans les camps sont circoncis par l’infirmier à « domicile »
dans les villages ou à l’hôpital. Cette forme moderne de
circoncision n’a pas le même prestige que l’ancienne (les
« faux initiés » n’ont pas le droit de participer à certains
rites qui jalonnent l’année) mais elle témoigne d’une
réappropriation actualisée des pratiques. En dehors de cette
étape d’initiation, l’enfant assiste aux « palabres » des
adultes et à divers types de rassemblements politiques et
religieux où l’écoute et l’observation sont primordiales. Il
a ainsi accès à différents types d’apprentissages selon son
âge, son sexe, sa caste mais aussi son physique (handicape
ou non) et les composantes de sa personne (notamment selon
son kikirga -caractère/esprit-guide- et son ηaali
–réincarnation-). Au-delà de ces sélections, les formes
d’enseignements sont variées dans la société gourmantchée.
On peut citer notamment : « naître avec » (par exemple, le
fils de forgeron, par sa naissance même, reçoit les savoirs
du fer et du feu), « montrer » (par exemple, l’enfant qui
assiste au sacrifice ou au semis dans les champs reproduira
les gestes nécessaires le temps opportun), « frapper » (la
violence physique est pratiquée, légitimée et conseillée :
« la souffrance est ton meilleur conseiller » dit un
proverbe), « s’imprégner » (par exemple, pour acquérir des
savoirs magiques, le novice lave son visage ou
ingurgite des aliments selon des codifications
rigoureuses où l’expression verbale n’est utilisée que pour
intercéder auprès des génies). «Parler » ne constitue ainsi
qu’un mode pédagogique particulier qui ne se fonde pas sur
la parole explicative mais sur la parole imagée : le
proverbe, la devinette et le conte en sont les principaux
vecteurs. Le conte propose ainsi un apprentissage par
approfondissement où l’auditeur accède petit à petit, selon
son statut, aux différents niveaux de compréhension : le
premier niveau est simplement narratif, le second est
initiatique, le dernier est ésotérique.
Le conte, propose un mode d’apprentissage re-créatif où
l’enfant, en contant, ne restitue pas l’objet d’une mémoire
mécanique mais recrée l’histoire et sa signification avec
ses mots, son discernement, son imagination. Ces modes
d’enseignements et d’apprentissages connaissent des
évolutions variables : globalement, on observe un
affaiblissement de l’autorité familiale et communautaire
déstabilisée par les nouvelles autorités de l’école, des
nouveaux moyens de communications et des modèles de vie
citadine dont le niveau de vie fonctionne comme un pôle
d’attraction important et légitime ces normes. Cet
affaiblissement a notamment pour conséquence une moindre
présence des enfants auprès des adultes et le ralentissement
de certaines transmissions comme celle de la pharmacopée qui
nécessitent présence, écoute et docilité.
De manière générale, les formes d’éducations formelles
(comme l’excision et la circoncision coutumière) ou
semi-formelles (comme les soirées contes) reculent face aux
formes plus quotidiennes d’éducation communautaire qui se
diversifient notamment dans les centres semi-urbains et
urbains au contact de nouveaux groupes d’intégration :
groupes de substitution ou défense (associations, maisons de
la culture), groupes de pression (partis, syndicats),
groupes de loisirs (télévision, match de foot, maquis),
groupes « professionnels » (ateliers de réparation de vélo,
de soudure) et institution scolaire. L’ambivalence des
systèmes éducatifs au Burkina Faso repose donc sur de
multiples fragmentations entre les différentes composantes
du système scolaire ainsi qu’entre le système scolaire et
les modes d’éducation communautaire. Mais ces fragments sont
reliés par les individus, les groupes et les stratégies
familiales qui les vivent et les utilisent dans des parcours
aléatoires intégrant ainsi les savoirs.
Des stratégies diverses
L’école et les réformes de l’institution scolaire ainsi que
les médias, la vie citadine et les nouvelles formes de
sociabilité et d’économie, que nous venons d’évoquer, ne
sont pas des éléments exogènes qui imposent leurs
transformations à une société passive. Comme le souligne
Ralph Linton : « aucune force ne peut introduire dans une
autre culture un élément qui ne se manifeste pas constamment
et directement dans le comportement patent […] Sous le voile
d’une soumission superficielle, un groupe persécuté peut
maintenir intactes ses propres valeurs et idéaux pendant des
générations, en modifiant et en réinterprétant les éléments
culturels superficiels qui leur sont imposés de manière à
les rendre inoffensifs […] à quelques exceptions près, tout
nouvel élément qu’une société incorpore à sa culture est
adopté par elle de son propre chef » (Linton, 1968 : 371).
Ainsi, l’apparition de l’école et l’évolution des politiques
scolaires se conjuguent avec des stratégies très
diversifiées selon les groupes d’acteurs et les époques :
résistance, acceptation réservée, identification,
revendication d’identité (Martin, 2004). Ces disparités
signalent les divergences d’intérêts que les acteurs ont
dans l’utilisation de telle ou telle école mais aussi de tel
ou tel aspect de l’éducation communautaire. Ainsi
aujourd’hui, les responsables politiques et administratifs
burkinabés contribuent et prennent le relais des politiques
scolaires internationales. Les familles, quant à elles,
choisissent des stratégies différentes selon le sexe, la
place de l’enfant dans la famille, la religion et la
profession du chef de famille, les antécédents de
scolarisation et de réussite dans la famille, l’histoire
familiale, le contexte socio-économique et politique, etc.
Chaque famille fait ainsi appel de manière plus ou moins
constante, de façon sporadique (selon les saisons agricoles
part exemple) et/ou alternée (entre les différents enfants)
à l’école.
Ces stratégies sont évolutives et en partie liées aux choix
réalisés en terme d’éducation communautaire : initiation
coutumière, école coranique ou catéchisme, soirées contes ou
soutien scolaire, scarification ou non, apprentissage de
certains savoirs de caste et/ou conversion
professionnelle... Des stratégies collectives se
développement également avec notamment la création de
nouvelles écoles : medersas, écoles clandestines,
spontanées, communautaires…
(Lange et al, 2002).
Dans la
majorité des zones rurales, souligne M.-F. Lange, l’école
est davantage perçue comme un droit « collectif » que comme
un droit « individualisé ». Ce droit doit bénéficier à la
collectivité : « l’éducation pour tous est en quelque sorte
conçue comme l’éducation de quelques-uns au profit de tous »
(Lange, 2003 : 160). Contrairement aux logiques qui
sous-tendent les politiques scolaires libérales actuelles,
l’école ne semble ainsi pas favoriser en premier lieu
l’émergence de stratégies individualistes. Elle est
généralement plutôt réinterprétée et mise au service de la
solidarité communautaire.
Cette dernière fonctionnant sur le « principe de la dette
infinie » (Marie, 1997 : 54), l’enfant est tenu de faire
bénéficier la famille et la communauté qui l’a aidé à
poursuivre ses études des résultats de celles-ci (argent de
l’emploi obtenu par exemple). La collectivité se charge
ainsi de sélectionner (pour aller à l’école) celui qui
pourra le mieux honorer ce principe et de le rappeler à
l’ordre en cas de défaillance grâce à « l’idéo-logique de la
sorcellerie, en tant qu’instance de refoulement, de
prohibition et de sanction de l’individualisme » (Marie,
1997 : 54). Selon cette logique, un oncle mécontent d’une
réussite non partagée d’un de « ses enfants » peut, en le « wakant »[5],
lui faire perdre sa richesse, le faire tomber malade ou
encore le tuer. La peur de ces pratiques ainsi que les
actions effectivement réalisées à l’encontre des
contrevenants sont des garants efficaces pour le maintien
des habitus communautaires.
Il est intéressant de noter à ce niveau que les pratiques
magiques font partie des formes communautaires d’éducation,
de socialisation et de répression les plus vivaces, en
perpétuelle adaptation et inventivité pour satisfaire les
besoins de contrôle à distance notamment. Ainsi, l’école
peut induire des stratégies collectives familiales et/ou
communautaires. C’est ce que les politiques éducatives
libérales actuelles ignorent totalement. La théorie du
capital humain basé sur l’individu et celle du capital
social qui « considère les phénomènes sociaux comme la
simple résultante de décisions individuelles » (Laval et
Weber, 2003 : 83) occultent les inégalités socio-culturelles et
nient les stratégies collectives constituées vis-à-vis de
l’école.
Il faut noter cependant que si l’école n’induit pas de
stratégies individualistes à proprement parler (c’est-à-dire
valorisant l’idée d’indépendance), elle apprend néanmoins à
l’élève à devenir un individu (à se penser comme sujet)
(Gérard, 1997 : 158). De plus, la crise économique précarise
et entrave la fonctionnalité des solidarités communautaires
et libère la tendance à l’individualisation (Marie, 1997).
L’élève et sa communauté sont ainsi placés dans une
ambivalence entre trajectoires personnelles et collectives.
La question qui se pose est de comprendre si les savoirs
transmis ne contiennent pas les germes de ces
contradictions.
Les
évolutions des savoirs éducatifs : l’exemple des contes et
des manuels scolaires
Les savoirs éducatifs[6] communautaires et scolaires sont
complexes et variés. Nous proposons, à titre d’exemple,
d’analyser des contes, vecteurs verbaux important de
l’éducation communautaire et des manuels, principaux
supports officiels de l’éducation scolaire. Notre corpus est
constitué de quatre-vingt cinq contes gourmantchés
recueillis dans la Gnagna ainsi que de six manuels scolaires
officiels de français, d’histoire et de géographie des
classes de CM2 et de 3ème et des trois programmes
scolaires correspondants.
Les transformations des supports éducatifs
Les contes sont des formes d’éducation essentiellement
collectives. En premier lieu, ils ont une légitimité
communautaire : ils sont censés être produits, tout comme
les proverbes, par la collectivité. Doris Bonnet écrit à ce
sujet : « le proverbe devient la stratégie d’une tradition
sans auteur à la première personne ou bien d’un auteur
unique – les ancêtres – incontesté et incontestable »
(Bonnet, 1982). Ensuite, la pratique pédagogique du conte
est collective : les soirées contes regroupent généralement
la grande famille et des voisins, tous les présents peuvent
conter et participer ainsi à la composition de la soirée,
les auditeurs peuvent intervenir et « corriger » l’histoire,
le conteur est placé avec les autres en contact physique
avec son auditoire. Mais ces soirées de contes sont moins
fréquentes aujourd’hui : radio, jeux de cartes, lido (jeux
de chevaux), églises, sectes, films (là où il y a
l’électricité) et devoirs scolaires peuvent occuper la fin
de la journée.
Mais d’autres formes de contes sont nées : le conte de radio
(émissions de variétés ou de « sensibilisation » en langues
locales), le conte de théâtre (représentations, festivals,
ateliers) et le conte de sensibilisation (utilisé par les
ONG dans les villages), le conte de pédagogie scolaire (dans
les manuels). Avec ces nouvelles formes, le conte est passé
en partie du domaine de l’éducation communautaire à celui de
l’art et de la sensibilisation. Il est souvent inventé dans
un but précis (scénique ou thématique) par une personne ou
un groupe particulier de personnes. Il est pratiqué dans des
situations beaucoup moins interactives que le conte au
village (distance de la scène, du poste de radio, de
l’estrade du professeur...) et perd ainsi une partie de son
caractère collectif.
A l’école, c’est le manuel scolaire qui devient l’outil
pédagogique central. Complexe, la production de manuels
relève de logiques multiples mises en jeu par divers
paramètres : politiques éducatives et instructions
ministérielles, développement scientifique et processus de
vulgarisation, composition du corps enseignant, offre et
demande du marché de l’édition, contraintes techniques et
industrielles de production, contexte socioéconomique et
idéologies dominantes, etc. En ce qui concerne les manuels
scolaires africains peu d’études ont été réalisées mais
Jacques Osseté (1996) a retracé un historique des manuels en
Afrique de l’Ouest. La première génération de livres
scolaires utilisés en Afrique subsaharienne est constituée
de manuels conçus pour les écoles métropolitaines ou les
colonies d’Afrique du Nord. Après 1910, le gouvernement
général de l’Afrique équatoriale française (AEF) réorganise
l’enseignement colonial et crée des manuels scolaires
spécialement pour l’Afrique de l’Ouest ; les auteurs sont
des hauts fonctionnaires de l’administration coloniale ou
des missionnaires religieux.
Après l’émancipation des colonies, une nouvelle génération
de livres est réalisée par la France : écrits par des
instituts pédagogiques ou des groupes d’auteurs parisiens,
ils sont achetés et leur édition est financée par les
organismes internationaux tels que l’UNESCO ou le Fond
d’aide et de coopération français. Enfin, à partir des
années 70, naissent des bibliographies nationales, mais les
livres continuent à être édités en France et les auteurs
français gardent encore une certaine place dans la rédaction
des manuels. Les manuels scolaires burkinabés ont ainsi été
et sont toujours fortement conditionnés par les logiques
politiques et économiques de la France ; leur
« africanisation » est encore relative.
Au Burkina Faso, les ouvrages de l’école primaire et du
collège sont commandés à des firmes privées (essentiellement
étrangères) par l’Etat qui les valide et les distribue (en
nombre généralement fortement insuffisant). Les ouvrages de
lycée, eux, sont achetés par les élèves dans la rue : ce
sont des manuels « aurevoir la France[7] » inadaptés aux
programmes. Les manuels scolaires sont aujourd’hui marqués
par les politiques scolaires libérales qui en font davantage
un produit commercial privé qu’un objet collectif national.
Quant aux usages pédagogiques du livre, ils sont également
moins « collectifs » que ceux des contes villageois. Dans
les ouvrages diffusés au Burkina Faso, les principes d’un
certain modèle européen d’enseignement sont présents : le
travail de lecture et les exercices réalisés à partir du
livre en classe comme à la maison doivent être
majoritairement solitaires. La structuration des séances
proposées par les manuels est morcelée dans un temps court
et en une série de tâches évaluées. Cette orientation
pédagogique s’adresse à l’élève en tant qu’individu.
Celui-ci est considéré (de la même manière que dans la
théorie du capital humain) essentiellement comme un futur
producteur qui doit acquérir des compétences transposables
professionnellement.
La mise en application de ces principes au Burkina en nuance
les tendances. Le manque de livres induit parfois la
constitution de groupes de travail de 6 ou 7 élèves autour
d’un même ouvrage en classe comme à la maison. De même, le
caractère violent des cours à l’école primaire (les élèves
sont souvent frappés), et magistral dans le secondaire (les
professeurs peuvent dicter littéralement les cours) rend les
élèves assez passifs. Globalement, l’élève apprend bien à
devenir un sujet que la note, le fouet, le redoublement ou
la promotion sanctionne le plus souvent individuellement
contrairement à l’initié qui subit dans le camp de
circoncision un châtiment toujours collectif pour la faute
commis par un camarade. En outre, la rareté du livre peut
être l’occasion de stratégies individuelles : des ouvrages
sont achetés à grand peine et de façon illicite dans la rue
ou au marché (les manuels de primaire et de collège ne
peuvent normalement pas être commercialisés), volés dans les
bibliothèques et les établissements.
Ils sont jalousement conservés à la maison de peur qu’un
camarade de classe, ou même un petit frère, ne demande à
l’emprunter. Le livre scolaire fait ainsi l’objet d’une
appropriation individuelle qui confère du pouvoir à son
détenteur. Les professeurs eux-mêmes peuvent entretenir une
certaine concurrence à cet égard. Ainsi, l’usage des contes
est devenu moins collectif et le manuel scolaire favorise
des mouvements contradictoires entre usages individuels et
collectifs. Leurs contenus sont également significatifs de
ces ambivalences.
Les évolutions des contenus
Nous souhaitons analyser ici le passage des savoirs transmis
par les contes à ceux transmis par les manuels scolaires. Ce
passage se fait assez nettement en raison de la diminution
de la pratique des contes au village mais aussi de la
dépréciation des contes et des savoirs locaux dans les
manuels scolaires. Cette dévalorisation présente les savoirs
scolaires comme incompatibles avec les « croyances »
communautaires et incitent les enfants à laisser de
côté leurs acquis préscolaires. Par exemple, le livre de
géographie de CM2[8] (écrit sous la direction d’auteurs
africains) divise le monde entre un univers « traditionnel »
et un univers « moderne » où le « progrès » semble permettre
tous les espoirs. Le manuel explique par exemple dans un
chapitre : « l’agriculture connaît un aspect traditionnel
stagnant et un aspect moderne très dynamique » (idem :
77). Il propose également à ces jeunes enfants : « mimez
un sketch où vous sensibilisez les vieux de votre village »
(idem : 25) : la formule est éloquente.
Entre le mot anglophone « sketch » qui veut présenter les
bienfaits de supposées nouveautés de la « pédagogie active »
et le terme de « sensibiliser » cher aux développeurs, le
village et ceux qui sont le symbole de son autorité, de sa
cohésion et surtout de sa sagesse dans la culture
africaine (les vieux) sont pris en otage par un savoir
exogène qui demande aux très jeunes générations d’en être
les porteurs. Ainsi, le manuel, en dévalorisant les savoirs
locaux, tend à éloigner l’enfant de la communauté. Certes,
les manuels utilisent des contes mais ce n’est pas dans un
processus de revalorisation. Le conte est utilisé comme un
outil pour apprendre le français, l’expression orale ou
encore pour sensibiliser à certains thèmes.
Il ne sert jamais de source de savoir en lui-même. Il est
ainsi pris comme une forme vidée de son contenu et de sa
fonction originelle. Nous avons évoqué les différents
niveaux narratifs, initiatiques et ésotériques de
compréhension du conte au village. Le conte ne se veut
effectivement pas être représentatif du réel mais une
fiction porteuse d’une énigme à résoudre. En ce sens, il
peut être considéré comme activité de connaissance comme
l’écrivent Nicole Ramognino et Philippe Vitale : « [une
parabole] est une invitation à exercer une comparaison, mais
dont l’objet comparé est caché et reste énigmatique […] le
rapport objectif au savoir consiste justement à construire
des énigmes, à poser des problèmes au réel [….] il y a dans
le travail scientifique et dans le travail littéraire, une
même recherche du possible […] les deux activités peuvent
essentiellement être catégorisées comme des activités de
connaissance, en tant que celles-ci sont aussi des activités
constructives » (Ramognino, Vitale, 2004 : 32-33).
Ce travail de résolution de l’énigme se fait par
approfondissements progressifs avec une logique en partie
analogique qui joue sur les symboles. Dans les villages, il
se fait souvent par un travail collectif avec des
discussions sur l’histoire racontée. Or, le manuel scolaire
voit dans la fiction du conte un simple support
d’apprentissage de linguistique ou de morale. Il place ses
lieux d’apprentissage de connaissances dans d’autres textes
fonctionnant à partir de concepts et de chaînes de
raisonnements hypothético-déductives. Dans le livre, c’est
l’individu porteur de la rationalité cartésienne (Je
pense donc je suis) qui, en dernier ressort, peut
acquérir de manière solitaire les connaissances diffusées.
Le manuel scolaire incite ainsi les enfants à changer de
forme de pensée et nie l’existence de savoirs divulgués par
le conte. Le manuel modifie la forme de pensée vers des
raisonnements plus cartésiens et plus individualisés.
L’ouvrage scolaire est aussi porteur d’une certaine
idéologie. Prenons l’exemple de la façon dont est traité le
sujet de la pauvreté par les contes et les manuels
scolaires. La pauvreté dans les contes est
multidimensionnelle (pauvreté économique mais aussi
spirituelle et morale, sociale, politique…). Elle est
présentée comme résultante de rapport de forces entre des
personnages et/ou l’effet de forces magiques. Dans les
manuels scolaires, les causes magico-religieuses
disparaissent mais elles sont remplacées en quelque sorte
par le mythe de la « main invisible du marché » puisque la
pauvreté est toujours présentée comme essentiellement
économique et que les acteurs concernés par la pauvreté ne
sont que peu ou pas évoqués. Les phrases sont souvent
tournées à la voie passive, donc sans sujet apparent.
Quand les sujets sont exprimés, ce sont des secteurs
d’activité (dans les manuels de géographie) ou des pays ou
des évolutions comme par exemple « le progrès technique »
(manuels d’histoire). Ainsi, la pauvreté est souvent
présentée comme un état de fait économique « naturel »[9].
Nous voyons ici que les manuels transmettent d’autres
savoirs, d’autres formes de pensée, d’autres valeurs. Mais
le rapport au savoir des élèves n’est pas univoque. Aussi,
l’usage des savoirs est essentiel à analyser pour comprendre
la portée de ces transformations.
Usages et relectures des savoirs
Prenons l’exemple des nouveaux usages du conte, du
savoir-faire de conter, des savoirs transmis par le conte.
Plusieurs personnes du milieu artistique et intellectuel
burkinabé ont tenté de promouvoir de nouvelles formes de
conte notamment auprès des ministères de la culture et de
l’éducation sans grand succès. Ce sont certains contacts
avec la France qui ont « relancé le conte ». Depuis les
années 70, la France connaît effectivement un mouvement de
« renouveau du conte » : aujourd’hui, des conteurs y animent
des soirées théâtrales et des séances pédagogiques dans les
écoles et dans les bibliothèques ; ils écrivent des recueils
pour adultes et pour enfants, plusieurs festivals de contes
ont également lieu chaque année et invitent de nombreux
conteurs étrangers, africains en particulier. Une nouvelle
figure est ainsi née : le conteur africain professionnel.
Les coopérations et les ONG se sont mises également à
inciter - avec succès - l’Etat à inclure le conte dans les
programmes scolaires et à soutenir les activités culturelles
autour du conte en ville et en province. Ce qui est
intéressant ici, c’est le détour qu’a fait le conte par
l’Europe pour renaître en Afrique. Le conte a été revalorisé
en France dans une recherche d’authenticité et d’identité et
cette recherche s’est très tôt nourrie de la promotion de
contes africains. Mais « que faire de cette authenticité
africaine que les Européens ont façonnée pour l’Afrique ? »
demande Hassan Musa à propos de « l’artafricanisme » en
général (Musa, 2002 : 98).
Il répond à sa question ainsi : « une culture africaine
-comme toute autre culture- ne peut exister qu’en tant que
culture tronquée, tronquée par le regard, celui des autres
et celui des africains eux-mêmes » (idem : 99). Il faut donc
prendre cette image de l’Afrique comme on récupère « ces
machines importées d’Europe et qui arrivent en Afrique sans
manuel d’utilisation et sans pièces de rechange. Des
machines que les Africains doivent réinventer dans l’urgence
à la mesure de la nécessité » (idem : 99). Et c’est ce que
l’on observe avec le conte éducatif transformé en conte
culturel et artistique : l’image renvoyée du conte comme
authenticité africaine est réutilisée, réinvestie par des
jeunes qui sortent du chômage urbain en devenant
des « artistes conteurs ».
Elle est revisitée par les politiques qui vendent aux
projets d’aide l’image d’une pédagogie africanisée et
empreinte de « l’initiative locale »… Tout comme le tourisme
culturel décrit par Nina Sylvanus (Sylanus, 2002 : 128-144),
le conte artistique est l’occasion de négociations
intergénérationnelles : les jeunes retournent au village
demander des contes aux vieux qui retrouvent ainsi une
certaine place et profitent parfois des gains apportés par
la mise en scène ou l’édition de leurs contes. Les jeunes
sont également portés à réinvestir les coutumes pour pouvoir
les proposer au regard extérieur.
Ces négociations et ces réinvestissement sont bien actuels.
Ainsi, la commercialisation de l’image de l’Afrique
ethnicisée est l’occasion d’une relecture identitaire. De la
même manière, les usages du savoir scriptural et de la
logique cartésienne semblent être assez variés. Restent à
identifier les savoirs mobilisés (langue française, écrit,
modèles d’organisation bureaucratique, savoirs ésotériques,
art du verbe…). Qui les utilise ? Dans quelles situations ?
Pour quels enjeux ? Cette analyse permettrait de montrer les
formes et les objectifs de ces relectures qui, comme l’écrit
Hassan Musa, ne sauraient être imposées : « qu’Allah bénisse
Kateb Yacine, grand écrivain algérien francophone, qui
disait : “la langue française est un butin de guerre”
lorsque ses amis nationalistes arabes lui reprochaient
d’écrire dans la langue des colonisateurs ! » (idem, 2002 :
66).
Nous avons vu qu’aujourd’hui, « ce sont tous les domaines de
la vie sociale et culturelle qui sont mobilisés dans une
quête illimitée de “l’efficacité” et de la “compétitivité”.
Non seulement l’éducation n’y échappe pas, mais elle est
même érigée en facteur fondamental de croissance et de
productivité dans les conceptions dominantes du capital
humain et de la formation des ressources humaines » (Laval
et Weber, coord., 2002 : 137). Mais ces tendances
internationales sont loin d’être appliquées strictement et
passivement par les populations africaines.
Les stratégies des acteurs (individus, familles,
responsables politiques etc.) sont multiples. Elles
empruntent aux formes communautaires et scolaires
d’éducation les éléments qui leurs sont nécessaires et
travestissent ainsi les idéologies dominantes. L’usage des
supports éducatifs comme les contes et les manuels scolaires
ainsi que l’appropriation de leurs contenus ne sont pas
monolithiques. L’introduction de nouvelles formes éducatives
est ainsi l’occasion de relectures de pratiques et de
savoirs existants comme le montre le détournement de l’usage
du conte, relecture identitaire négociée entre différents
acteurs. D’une façon générale, si les nouvelles formes
éducatives tendent à faciliter l’émergence de l’individu
comme sujet, elles font l’objet de multiples
réinterprétations qu’il faudrait analyser dans le détail
pour en apercevoir le sens. Les politiques de mondialisation
ne façonnent ainsi pas des sociétés homogènes et démunies de
toute réactivité. Comme le suggère Michel Kail, il serait
nécessaire de réviser la conception d’un nouvel ordre
mondial unifié : « comme pour compenser notre défaite face à
la “dictature des marchés”, nous nous plaisons à imaginer
des sociétés, les sociétés africaines, plus désarmées
encore. En accommodant avec plus d’acuité la complexité
africaine, nous devrions gagner en lucidité à notre endroit
et rompre avec la conception illusoire que nous entretenons
sur la globalisation » (Kail, 2002 : 45).
Sophie LEWANDOWSKI
Sociologue
Droits de
reproduction et de diffusion réservés ©
LESTAMP -
2005
Dépôt Légal Bibliothèque Nationale de France
N°20050127-4889

Références citées
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Yatenga, Société d’études linguistiques et
anthropologique de France, SELAF, Paris.
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Politiques, mythes et stratégies d’éducation au Mali,
Karthala, Orstom, Paris.
KAIL Michel, 2002, « Au piège des images », « Afriques du
monde », Les temps modernes, août-novembre, 620-621 :
Paris, 39-46.
LANGE Marie-France, 1998, L’école au Togo. Processus de
scolarisation et institution de l’école en Afrique,
Karthala. Paris.
LANGE Marie-France, 2003, « Ecole
et mondialisation : vers un nouvel ordre éducatif
scolaire ? », « Enseignements », Cahiers d’études
africaines, 169-170, Editions de l'EHESS, Paris, pp.
143-166.
LANGE Marie-France, ZOUNGRANA Cécile Marie, YARO Yacouba,
2002, « Education, enfants, et sociétés de demain. Exemples
africains », Colloque international Enfants d’aujourd’hui
: diversité des contextes, pluralité des parcours,
AIDELF, Dakar.
LAVAL Christian, WEBER Louis, coord., 2002, Le nouvel
ordre éducatif mondial, OMC, Banque mondiale, OCDE,
Commission européenne, Nouveaux regards, Syllepse,
Paris.
LINTON Ralph, 1968, De l'Homme, Le sens commun,
Editions de minuit, Paris.
MARIE Alain dir., 1997, L’Afrique des individus,
Karthala, Paris.
MARTIN Jean-Yves, 2004, « La transmission des savoirs
locaux : quel droit à l’éducation ? », communication au
colloque Le droit à l’éducation : quelle effectivité au
Nord et au Sud ?, AFEC, Ouagadougou.
MOUMOUNI Abdou, 1998, [1964], L’éducation en Afrique,
Présence Africaine, Dakar.
MUSA Hassan, 2002, « Qui a inventé les Africains ? », « Afriques
du monde », Les temps modernes, août-novembre,
620-621 : Paris, 61-101.
OSSETE Jacques, 1996, Le livre scolaire au Congo,
L’Harmattan, Paris.
RAMOGNINO Nicole, VITALE Philippe, 2004, "Littérature et
sociologie : l'exemple des manuels d'enseignement des
sciences économiques et sociales", in Guillemin Alain (éd.),
Histoire et littérature, l’Harmattan, Paris.
SYLVANUS Nina, 2002, « L‘étoffe de l’africanité », « Afriques
du monde », Les temps modernes, août-novembre,
620-621 : Paris, 128-145.
Source : annuaire statistique. Le taux net de
scolarisation à l’école primaire (TNS)
s’obtient par le rapport suivant : nombre d’enfants
scolarisés dans le primaire âgés de 7 à 12 ans /
nombre d’enfants âgés de 7 à 12 ans. Le taux brut de
scolarisation à l’école primaire (TBS) correspond,
lui, au rapport : tous les enfants scolarisés (quel
que soit leur âge et leur niveau de scolarisation
primaire) / nombre d’enfants âgés de 7 à 12 ans. Les
enfants scolarisés dans le second rapport ont
généralement entre 6 et 16 ans.
La Banque mondiale tente aujourd’hui d’intégrer les
savoirs locaux à ses politiques mais ceci dans une
logique assez visible d’instrumentalisation (Martin,
2004).
Les formes d’éducation et de savoirs non scolaires
sont délicats à nommer. « Savoirs locaux ou
autochtones », « savoirs prolétaires », « savoirs
profanes », « savoirs non scolaires », « savoirs
populaires », « savoirs familiaux » et « savoirs
communautaires » sont autant de dénominations
partiellement satisfaisantes. Nous choisissons
néanmoins d’utiliser les termes de « savoirs
communautaires » et d’éducation communautaire
parce qu’ils décrivent des entités évolutives
toujours présentes dans la société gourmantchée au
niveau du village comme au niveau de la société.
Nous utilisons également le terme de « savoirs
locaux » lorsque les savoirs évoqués ne renvoient
pas directement à une configuration communautaire.
Le terme de « savoirs éducatifs », quant à lui,
évoque pour nous les savoirs scolaires comme les
savoirs communautaires.
Source : EXPLORAM, logiciel publié par le programme
SISED/ISU.
En lui jetant un sort.
Nous nommons « savoirs éducatifs », les savoirs
choisis par des groupes d’acteurs ayant une action
éducative et transmis à des jeunes générations dans
l’objectif de leur proposer un « rapport objectivé »
(de l’ordre du scientifique) et/ou « identitaire » (
de l’ordre de l’idéologique) au monde.
Produits d’occasion en provenance de France.
MEBA, Ouédraogo Matthieu, Sanou Drissa, (1999),
Géographie CM2, IPB, Sarreguemines, 144 p.
Ce n’est pas le cas des manuels de français.

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