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L'immigration en Afrique Noire : quels contextes
géopolitiques ? |
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Fatoumata BADINI-KINDA
Maître-Assistant, Département de Sociologie, Université de
Ouagadougou
Droits de
reproduction et de diffusion réservés ©
LESTAMP -
2005
Dépôt Légal Bibliothèque Nationale de France
N°20050127-4889 |
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Résumé
En
cette période où tout le monde parle de la mondialisation et de
ses effets induits, les questions qui interpellent en Afrique
sont celles de la lutte contre la pauvreté, la solidarité et
l’intégration sous régionale. Jamais il n’a été autant question
de la lutte contre la pauvreté et de l’exclusion sociale aussi
bien pour les peuples que pour les gouvernants. Toutefois au
même moment où l’on fait de l’intégration sociale une priorité
du développement durable, on assiste parallèlement à un
renforcement des compétitions entre territoires, entre sociétés,
classes et couches sociales sous l’égide de la mondialisation
ayant pour corollaire les mouvements et conflits sociaux.
De l’avis de F. Houtart (2003), si dans le monde occidental on
assiste à une montée des mouvements sociaux suite à la réduction
des emplois et des revenus du travail, dans le Tiers-monde ce
sont les formes précapitalistes de conflits (ethniques,
religieux, ou de castes) qui surgissent. Notre présente
intervention se propose de mettre l’accent sur les effets
induits de la mondialisation sur l’intégration des sociétés
africaines. Nous examinerons les résonances de la crise
ivoirienne sur les migrants burkinabé et leurs familles en Côte
d’Ivoire comme au Burkina Faso.
Sommes-nous à l’heure de l’émergence de nouveaux rapports
sociaux qui secrètent de nouvelles formes de xénophobie sur le
continent africain ?
De façon générale la mondialisation est-elle cette main
invisible qui divise plus qu’elle n’intègre les sociétés
africaines en ces temps bien réputés d’indispensables
regroupements en pôles viables face aux risques d’isolement et
de marginalisation ?
L’immigration en Afrique Noire : Quels contextes
géopolitiques ?
« Lorsqu’on dort sur la natte d’autrui on dort par terre »
’Sagesse populaire Moaga’ [1]
En Afrique Noire, l’immigration au sens large du terme aurait
commencé avec la traite des Noirs dès le XVIème siècle. Elle fut
relayée par la colonisation et avant par les mouvements de
conquêtes menés ça «et là par les royaumes africains des
XVIIIème et XIXème siècles. C’est dire que pour des raisons
économiques, politiques et de conquête, l’immigration est
vieille, voire omniprésente en Afrique, coïncidant presque, avec
les grands moments de l’histoire du continent noir. Aujourd’hui
encore, avec des formes et contenus divers, elle reste
d’actualité : l’immigration et la présence d’ « étrangers » en
Afrique Noire ont pris, ces dernières années et ce depuis les
indépendances politiques des années 60, une importance
particulière avec des conséquences plutôt graves au point que
« la question de l’étranger » en Afrique est devenue une
question urgente à résoudre.
Si par le passé, l’Afrique était réputée pour son hospitalité
(« On est prêt à céder sa natte à l’étranger pour dormir par
terre, à céder sa part à l’étranger pour dormir à jeun » disent
encore les Moose) de nos jours on peut se demander ce qu’il en
reste : quel est le statut de l’étranger dans les pays d’accueil
en Afrique dans un contexte de mondialisation ?
Georges TAPINOS et Daniel DELAUNAY en parlant des migrations
internationales en général rejettent l’idée d’une mondialisation
des migrations. Ils admettent cependant que « la diversité des
nationalités des migrants et des canaux migratoires empruntés de
même que la part croissante des mouvements de travailleurs
temporaires et de travailleurs qualifiés dans l’ensemble des
flux migratoires indiquent que les migrations s’inscrivent dans
le contexte actuel de la mondialisation des économies ». Ceci
traduit de l’avis de ces auteurs, que les pays de départ et ceux
d’accueil semblent aujourd’hui plus interdépendants que par le
passé et que le débat ne porte plus uniquement sur l’impact des
migrations sur les pays respectifs. Il est devenu indissociable
de la question des droits de l’Homme, de l’organisation
politique et du développement économique des pays d’origine, de
la cohésion nationale et de l’avenir de l’État-Providence dans
les sociétés d’accueil.
Ainsi, même s’il n’y a pas eu véritablement mondialisation des
migrations internationales, la question reste tout de même posée
de la relation réciproque entre les migrations et la
mondialisation économique. Dans quelle mesure les migrations
participent-elles au phénomène de la mondialisation et
parallèlement comment la mondialisation affecte t-elle la
mobilité des personnes ? La mondialisation est considérée comme
la constitution d’un marché mondial, sans frontières, où
marchandises, services et capitaux circuleraient librement (S.
Allemand, JC. R. Borbalan 2003 : 19). Mais ce libre-échange des
biens et services et le flux des capitaux signifie t-il une
libre circulation et implantation des populations sous le signe
de l’intégration régionale et sociale ?
On peut relever que si la mondialisation facilite les échanges
de la main d’œuvre hautement qualifiée, celle peu ou pas
qualifiée devient de plus en plus encombrante pour les pays
d’accueil occasionnant de nombreux mouvements et conflits
sociaux et des situations de précarité pour les migrants. Cet
aspect de la mondialisation n’est pas sans rappeler l’idée reçue
selon laquelle la bombe à neutron serait inventée pour, dans un
pays donné, détruire les hommes tout en sauvegardant leurs biens
au profit de ceux qui ont lancé cette bombe ! L’immigration dans
le contexte actuel de la mondialisation semble concerner plus
les biens et les services que les hommes et les peuples qui
éprouvent plus que jamais de sérieuses difficultés à aller d’un
pays à un autre. L’immigration en Afrique noire n’échappe pas à
la règle.
Avec la crise économique généralisée et les troubles
géopolitiques, l’immigration en Afrique noire est aussi devenue
une porte ouverte pour le chômage et les exactions de toute
nature. On assiste à des flux inverses de migrations interne et
internationale où des travailleurs étrangers sont contraints de
rentrer dans leur pays d’origine et dans quelles conditions ?
Pour quels identité et statut social ? Pour quel avenir ? La
migration qui autrefois était source certaine d’ascension
sociale le demeure t-elle dans le contexte actuel ?
Dans la présente communication, je parlerai de l’immigration de
Burkinabé en Côte d’Ivoire autour des trois principaux arguments
suivants :
> un bref rappel de l’Histoire de la migration des Burkinabé en
Côte d’Ivoire
> de la crise ivoirienne et de ses manifestations et
conséquences
> des effets de la crise sur les migrants Burkinabé et leurs
familles.
Le choix de ces deux États n’est pas fortuit. En Afrique
occidentale, la Côte d’Ivoire est considérée comme le pays qui
compte la plus grande proportion d’immigrés (un Ivoirien sur
quatre serait d’origine étrangère), tandis que le Burkina Faso,
pour sa part, fait partie des principaux pays d’émigration de la
région (Plus d’un burkinabé sur quatre serait à l’étranger).
L’immigration par contre au Burkina Faso est relativement faible
et ne concernerait que 0,6% de la population totale en 1996
(PACERE, 2003). Par ailleurs des enquêtes de terrain menées dans
un petit village du Burkina Faso, Kuila, dans le cadre d’une
recherche sur la sécurité sociale locale au Burkina Faso, nous a
permis de toucher du doigt les dures réalités que vivent les
migrants de retour de la Côte d’Ivoire. Cette étude intitulée
« Local social security and gender in India and Burkina Faso »
(2001-2003) a été soutenue par le Fonds National Suisse de la
Recherche Scientifique (FNS) et la Direction du Développement et
de la Coopération (DDC) Suisse. Sur une centaine d’interviews,
44 entretiens approfondis ont été réalisés pour cette étude
auprès de personnes âgées (55 ans et plus) dont la plupart sont
des anciens migrants de le Côte d’Ivoire. La migration des
Burkinabé en Côte d’Ivoire est relativement une longue histoire…
La longue histoire de la migration des Burkinabé en Côte
d’Ivoire
La migration des Burkinabé en Côte d’Ivoire et particulièrement
celle des Mosse (ethnie majoritaire du pays) constitue une
tradition séculaire en raison des considérations politiques,
économiques et sociologiques. De façon générale, les travaux
forcés du temps colonial ont joué un rôle considérable dans les
migrations des Burkinabé. Selon PACERE (2003) l’origine des
migrations des peuples burkinabè vers l’extérieur est
exclusivement coloniale. Au début du siècle dernier, nombreux
sont les Voltaïques de l’époque qui sont partis travailler en
Côte d’Ivoire, au Mali, au Niger et au Ghana. Pays enclavé, très
peu favorisé par la nature, l’ex-colonie de la Haute-Volta
n’avait de richesse que ses hommes considérés comme de « gros
travailleurs » « La Haute-Volta, la Terre des Hommes » disait le
Général de Gaulle.
Le pays a été diversement touché par ces transferts de
population. Ainsi, le plateau central avec les Mosse relevant
d’une société très organisée et hiérarchisée ont beaucoup
intéressé le colonisateur et ceci pour la mise en valeur des
rizières et des champs de coton au Soudan français,
l’exploitation des plantations de café, de cacao, de palmier à
huile et les chantiers de construction de routes et chemins de
fer en Côte d’Ivoire notamment, tout cela pour la cause de la
Métropole alors en pleine guerre. L’histoire du pays retient que
la colonie de la Haute-Volta, jugée peu rentable à l’époque par
le gouverneur de la région Afrique de l’Ouest, avait été
redistribuée en 1932 aux colonies voisines pour leur mise en
valeur. C’est ainsi qu’une grande partie avait été rattachée à
la Côte d’Ivoire (dont elle fournissait la main d’œuvre) pour
constituer la Haute Côte d’Ivoire, une partie au Soudan (actuel
Mali) et une autre au Niger. Le pays ne sera reconstitué qu’en
1947 pour devenir indépendant en 1960.
On pourrait évoquer également au passage le projet de la
« double nationalité » entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso
sous l’action conjuguée des présidents Houphouët Boigny et
Maurice Yaméogo. Toute chose qui montre les liens étroits
existants et crées entre les deux pays et les deux peuples.
Depuis le temps colonial, le processus de la migration s’est
poursuivi avec pour mobile la recherche du numéraire. Elle
représentait une stratégie de recherche d’emploi rémunéré, de
mieux être pour soi-même et pour sa famille restée au pays natal
et celle qu’on reviendra y fonder. A l’échelle du pays, si la
migration privait le Burkina Faso d’une importante main d’œuvre
(ce sont les bras valides qui partent), d’un autre côté le
transfert d’argent assuré par les migrants était jugé
compensateur d’où une certaine souplesse au niveau de la
politique d’immigration au Burkina Faso très ambiguë, voire
ambivalente par moment. Il y eut des périodes où les transferts
de la main d’œuvre était même organisés par les autorités
(exemple : immigration vers le Gabon ou autre pays demandeurs de
main d’œuvre dans les années 1973, vers la Côte d’Ivoire en 1979
sous le gouvernement de Renouveau National).
A ces raisons politiques et économiques des migrations burkinabé
s’ajoutent celles sociologiques. Traditionnellement en milieu
Moaga il faut être sorti de son village, aller à l’aventure et
revenir pour s’affirmer en tant qu’homme adulte. Un proverbe
Moaga dit que « Ce n’est pas le premier né qui connaît
l’éléphant, mais c’est celui qui est allé en brousse » pour
signifier que c’est celui qui est sorti de son « trou » (son
village) pour aller à l’aventure qui connaît les expériences de
la vie. Partir était un rite de passage au statut d’adulte et il
s’agissait de partir pour revenir.
Aller en migration procurait alors au jeune homme une certaine
expérience et une valorisation de son statut social d’autant
plus que par le passé, la migration à l’étranger était le plus
souvent porteuse de réussite sociale. Dans le temps, la Côte
d’Ivoire apparaissait comme l’ « Eldorado », « le pays aux œufs
d’or » et le jeune « Paweogo », « migrant » qui revenait dans
son village natal (non sans difficulté) avec un vélo bleu
Peugeot, un petit poste transistor, un chapeau melon, un peu de
noix de cola et d’argent en poche incarnait au village le modèle
de réussite. Il incite du même coup les autres jeunes notamment
des ruraux à prendre le chemin de l’aventure à l’étranger. Une
des particularités de l’immigration internationale au Burkina
Faso est qu’elle est principalement un mouvement des populations
des campagnes vers l’étranger (MC. DIOP 2002 : 549). Il s’agit
là essentiellement d’une main d’œuvre sans qualification, celle
qui, de nos jours, est marginalisée par le phénomène de la
mondialisation. Déjà en 1975 on estimait que 17 % de la
population autochtone du Burkina Faso vivait à l’étranger
(P.STALLER, 1975 :255).
Le processus s’est poursuivi voire accentué en partie en raison
de la pauvreté du pays. C’est bien connu, le Burkina Faso est
considéré comme l’un des pays les plus pauvres du monde. La
faiblesse des ressources est générale et les inégalités sociales
criardes. Selon les résultats de la dernière enquête (2003) sur
les conditions de vie des ménages 46,4 % de la population vit en
dessous du seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 82.672
francs CFA, soit environ 126 euros par adulte et par an ou
encore moins d’un demi euro par jour et par adulte. C’est
surtout dans les grandes villes qu’une infime minorité de la
population vit au rythme de la modernité et dans un luxe
relatif. Cette pauvreté et le sous-emploi soutiennent un fort
taux d’émigration. De nos jours, la migration externe touche
près de 28 % de la population Burkinabé estimée à environ 12
millions d’habitants. Elle est surtout orientée vers la Côte
d’Ivoire et les diverses sources font état de 3 millions ou plus
de Burkinabé qui vivent en Côte d’Ivoire (cf. l’éternel problème
d’estimation du nombre des migrants dans un pays donné), un pays
aujourd’hui en crise politique, économique et sociale sans
précédent.
De la crise Ivoirienne : manifestations et conséquences
Depuis la baisse des cours des matières premières, suivie dans
les années 1994 de la dévaluation du franc CFA, la question de
la mondialisation sous ces traits essentiellement économiques,
de nombreux pays en Afrique de l’Ouest comme la Côte d’Ivoire,
n’ont cessé d’afficher la réalité d’une profonde crise
économique. Mais au-delà de celle-ci, la crise ivoirienne laisse
apparaître de plus en plus ses dimensions politiques portées de
manière systématique par la politique de l’ « Ivoirité », avec
comme corollaires la question de la réforme agraire, la chasse à
certains étrangers et le pillage de leurs biens. Dans le pays,
une distinction serait désormais faite entre « les bons
étrangers » et « les mauvais étrangers » par les autorités
politiques d’abord.
Le concept d’ « Ivoirité » apparu dans les années 1994 dans le
lexique du discours politique visait en premier lieu des
responsables politiques en Côte d’Ivoire. Pour la petite
histoire, suite au décès du président Houphouët Boigny en
décembre 1993, Henri Konan Bédié qui lui succède, écarte de la
course vers la présidence de la République le premier ministre
Alassane Dramane Ouattara, originaire du Nord, au nom de l’ « Ivoirité »
(cf. Nouvel Observateur 2004). On lui reprocherait une « Ivoirité
douteuse ». Selon le code de la nationalité « est Ivoirien tout
individu né en Côte d’Ivoire sauf si ses deux parents sont des
étrangers, est Ivoirien tout individu né hors de la Côte
d’Ivoire d’un parent Ivoirien » (Sylvie Bredeloup, 2003 :
88-89). Si la qualité d’Ivoirien est conférée à la naissance,
elle peut également s’acquérir par voie de naturalisation ou par
mariage (en fournissant les documents requis pour cette
naturalisation, documents pas toujours faciles à établir).
Au fil du temps l’ « Ivoirité » manifestera son caractère
xénophobe et deviendra un concept d’exclusion sociale des
étrangers sur le marché de l’emploi, dans le domaine foncier,
dans le commerce et dans beaucoup d’autres secteurs de la vie,
en particulier dans le secteur politique. Sylvie Bredeloup
(2003 : 85 à 112) dans son article intitulé « La Côte d’Ivoire
ou l’étrange destin de l’étranger » expose les manifestations de
la crise ivoirienne depuis 2000, la construction de l’idéologie
de l’étranger, la crispation identitaire et la chasse à
l’étranger africain de l’ouest et musulman. Elle montre qu’en
septembre 2000 un conflit foncier opposa à San Pédro, au
sud-ouest de la Côte d’Ivoire des Burkinabé à leurs hôtes les
Kroumen. Ces derniers voulaient reprendre les forêts qu’ils
avaient vendues aux premiers, qui y avaient développé des
plantations. Ces rixes qui sont à interpréter en lien avec
l’adoption de la nouvelle loi sur le domaine rural, ont abouti à
l’évacuation d’un millier de Burkinabé.
Sur le terrain plus politique et d’exclusions socio-politique,
le concept d’ « Ivoirité » sera à l’origine de conflits
ethniques et religieux. C’est le début de la chasse à l’étranger
africain de l’ouest et musulman dont notamment les Burkinabé.
Toute chose qui avait amené le président sénégalais Adboulaye
Wade en 2001 à laisser échapper la fameuse phrase qui a fait
tant de bruit et valu des représailles aux ressortissants de son
pays : « Au moment où je vous parle, un Burkinabé subit en Côte
d’Ivoire ce qu’aucun noir ne subit en Europe » (22/01/2001)
avait-il dit. Ces Africains sont considérés par les autorités
actuelles avec en tête le président Laurent Gbagbo comme ceux
qui soutiennent l’opposant Alassane Dramane Ouattara ainsi que
le mouvement rebelle. Ils font l’objet d’exactions de toute
nature allant au-delà de la pire barbarie humaine. En témoignent
les corps repêchés dans la lagune Ebrié, les charniers
découverts,les pillages et le délogement de nombreux étrangers
dont les burkinabè. Le cas des Burkinabé en Côte d’Ivoire se
complique par les rapports plus ou moins tendus existants entre
les présidents Ivoirien et Burkinabé, hier seulement des
amis !!! Tous ces faits ne sont pas sans incidences sur les
migrants et leurs familles et sur le Burkina en général.
Les effets de la crise ivoirienne sur les migrants Burkinabé et
leurs familles
Faut-il dire qu’aujourd’hui les Burkinabé en Côte D’Ivoire font
l’objet de xénophobie et de racisme ? Selon G.M.FREDRICKSON
(2003:9) « le mot racisme est souvent utilisé de façon intuitive
et assez vague pour désigner les préjugés hostiles à l’encontre
d’un groupe humain et les comportements qui en découlent. Il
arrive parfois que cette antipathie s’exprime en paroles et en
actes avec un acharnement et une sauvagerie que ne peut
expliquer à lui seul le sentiment d’appartenir à un groupe
supérieur, ce travers humain apparemment universel… »
Phénomène nouveau ou en résurgence en Afrique, la xénophobie est
en train de prendre de nouvelles proportions. De nombreux
Burkinabé en Côte d’Ivoire en sont victimes et certains y ont
perdu la vie, les biens ou la dignité. Dans l’ouvrage de
F.T.PACERE (2003 :137), on apprend qu’en février 2004 un bilan
provisoire fait apparaître le tableau suivant portant sur les
Burkinabé : 42 assassinats de personnes clairement identifiées,
35 disparitions, 219 cas de violences exercées sur les femmes et
les enfants, 20.000 cas de pillage et de destructions
d’habitations, 1 cas de spoliation de biens. Que dire des cas
non recensés ou inconnus. Sur la question, une commission
internationale travaillant pour les droits de l’Homme était pour
des enquêtes au Burkina Faso en août 2004, pour apporter une
certaine lumière sur ces faits déplorables au XXIème siècle et
dénoncés par de nombreux organismes et associations tant au
Burkina Faso qu’à l’échelle internationale.
Les millions de Burkinabé qui vivent aujourd’hui en Côte
d’Ivoire sont confrontés au difficile choix d’y rester ou de
revenir bredouilles au Faso et une des grandes incertitudes qui
pèse aujourd’hui sur le Burkina Faso est le retour massif de ces
millions de Burkinabé vivant en Côte d’Ivoire et les
conséquences sociales et économiques qui en découleraient. Pour
ces derniers, de nombreuses questions se posent : rester en Côte
d’Ivoire et dans quelles conditions ? Revenir au pays natal,
oui, mais comment ? S’installer où au pays ? Avec quelle
identité et quel statut social ? Pour quoi faire ? Pour quel
avenir ?… Une crise identitaire et de socialisation est redoutée
pour la plupart et nombreux sont ceux qui risquent de se sentir
étrangers dans leur propre pays. Face aux exactions de ces
dernières années, les autorités Burkinabé en collaboration avec
de nombreux organismes et associations ont organisé des secours
aux rapatriés à travers l’ « Opération Bà Yiri » qui signifie en
langue mooré « Opération pour le retour au pays natal ».
On estime que 200.000 à 300.000 Burkinabé pour la plupart des
femmes et des enfants ont pu regagner ainsi le Burkina par
d’autres moyens. Cette « opération » a ses forces mais aussi ses
faiblesses. Elle s’est vite essoufflée du fait des moyens
insuffisants et de l’improvisation. La difficile question de
l’intégration et de la réintégration sociale, économique et
culturelle des rapatriés reste posée. Ce retour au pays s’est
accompagné d’un accroissement sensible d’épidémies et de
maladies comme le sida. Pour certains, le problème était de
reconstruire des familles disloquées (les pièces du puzzle
manquaient parfois). La question de la scolarisation des enfants
et des jeunes rapatriés demeure à l’ordre du jour. Les personnes
âgées ne sont pas épargnées (cf. ces récits de vie d’anciens
migrants revenus au village avant ou après les récentes
exactions).
L’étude conduite dans le village Burkinabé, à une trentaine de
kilomètres seulement de la capitale (Ouagadougou) a, en outre,
permis de mettre à nue une des réalités tragiques de
l’émigration aujourd’hui. Un chef de famille d’environ 50 ans
après plusieurs années passées en Côte d’Ivoire à travailler
comme ouvrier ou manœuvre, a dû regagner le village natal sans
avoir réussi à réaliser un seul des rêves qui l’avaient poussé
au départ. Le retour non plus, et pour cause, n’a pas été un
succès, loin s’en faut : après un séjour à l’étranger négatif,
il devait rencontrer ici encore, les pires difficultés pour son
intégration, voire sa réintégration, dans un milieu social et
physique qui était pourtant les siens. Les problèmes de la vie
quotidienne au village aggravés par les conséquences multiformes
des années cumulées de sécheresse, la pauvreté qui s’installe de
manière endémique et le déracinement social et psychologique
qu’il a connu du fait de la rupture provoquée par le long séjour
à l’étranger, ont finit par avoir raison de lui et de sa volonté
de vivre et le condamner au suicide… dénouement tragique d’un
retour manqué de migrant.
La migration est de moins en moins cet eldorado des jeunes
burkinabé qui y voyaient, il n’y a pas longtemps encore, le gage
d’une certaine ascension sociale. En effet, combien y sont
retournés pour mourir, combien sont arrivés physiquement et
humainement diminués (loques humaines, fous…) incapables de
jouer le moindre rôle socialement utile dans un village tenu
tantôt pour cimetière, tantôt pour asile…
Conclusion
Que penser de l’avenir de la migration et de l’intégration
Africaine après tout ce que je viens de dire ?L’immigration en
Afrique Noire se déroule dans un contexte de mondialisation des
économies. Et si les pays deviennent de plus en plus
interdépendants dans ce contexte on assiste parallèlement à un
renforcement des compétitions entre territoires, entre sociétés,
classes et couches sociales, quoique cette dernière idée ne
fasse pas l’unanimité (cf. P.R. KRUGMAN, 2000:8). De façon
générale on se demande comment vivre en paix dans un monde de
diversité, dans un monde qui n’est plus comme avant et où
l’individualisme prend le pas sur le collectivisme accentuant
les inégalités sociales ? Pour F.HOUTART (2003 :13), si dans le
monde occidental on assiste à une montée des mouvements sociaux
suite à la réduction des emplois et des revenus du travail, dans
le Tiers Monde ce sont les formes précapitalistes de conflits
(ethniques, religieux ou de castes) qui resurgissent.
L’immigration en Afrique Noire se déroule sur un fond de
troubles géopolitiques remettant en cause l’intégration
régionale africaine. Les résonances de la crise Ivoirienne sur
les migrants burkinabé et leurs familles constituent un exemple
parmi tant d’autres. Sommes-nous à l’heure de nouveaux rapports
sociaux qui secrètent de nouvelles formes de xénophobie sur le
continent Africain ? En dépit des multiples efforts,
l’intégration régionale Africaine est-elle en dérive voire
mort-née ? De façon générale la mondialisation est-elle cette
main invisible qui divise plus qu’elle n’intègre les sociétés
africaines en ces temps pourtant bien réputés d’indispensables
regroupements en pôles viables face aux risques d’isolement et
de marginalisation ?
[1] Moaga (au pluriel Moose) est
l’ethnie majoritaire au Burkina Faso

Bibliographie
ALLEMAND Sylvain, RUANO-BORBALAN Jean-Claude,
2002 : La mondialisation, Paris, Les éditions Le Cavalier Bleu,
collection « Idées reçues »
BADINI-KINDA Fatoumata, 2003 : Contrat entre les générations et
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burkinabé, Ouagadougou, Conférence débat Sud-Nord : Relations de
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BADINI-KINDA Fatoumata, 2004 : L’écart entre idées et
pratiques : l’insécurité sociale des personnes âgées en milieu
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STALLER Peter, 1995 : Les travailleurs immigrés, Etude
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