|
Ont
également
participé à
cette
journée,
Christophe
Baticle,
Stephen
Bouquin,
Alain
Maillard,
Les temps
sociaux
sont-ils
compatibles
avec les
temps
historiques
?
Anne-Sandrine
Castelot
Nantes,
Quels
cheminements
du chercheur
sur
l’expérience
des
« cadres »
et
« encadrés »
dans les
cadres
flottants du
travail
salarié et
de la
syndicalisation ?
Olivier
Lazzarotti
était excusé
contribuerait
à une
Edition
papier pour
le texte,
"C'est moi
que je
peins..."
Pour un lieu
d'ANTIRECHERCHES
et d'EGOSCCIENCES.
Variations
anthropologiques
Par
Joëlle-Andrée
Deniot
Professeur
de
sociologie
 |
|
« Ce monde est sans
accueil […]
Toute œuvre véritable,
comme tout individu
véritable,
est d’abord un ce qui
n’est pas […]
Il n’y a aucune science
possible, critique
possible, volonté
possible
pour ce qui n’est pas.
Aucune étoile ne
guidant, il faut suivre
fermement l’étoile
absente du langage… »
Rhétorique spéculative,
Pascal Quignard
|
Variations…
prises au
sens musical
de ces
transformations
modales,
tonales,
rythmiques
ou
mélodiques
laissant
toujours
entendre le
thème
original.
Placer cette
ébauche
réflexive
d’une
dynamique de
recherche
sous cette
image offre
un avantage
et un
risque ;
l’avantage
de
correspondre
à une forte
intuition
dont je
connais les
plus
évidents
contours ;
le risque de
m’affronter
aussi à une
intuition
fluide,
multiforme,
complexe
dont je n’ai
jamais
vraiment
explicitée
les voies de
secrète
cohérence.
Cohérence de
plus
toujours
renaissante,
recrée au
fil du
moment où
l’on parle.
En effet,
tel Jean Luc
Godard
affirmant
qu’il est
impossible
d’expliquer
pourquoi on
fait un film
plutôt qu’un
autre
puisque son
inflexion
dépend des
livres, des
événements,
des
références
qui vous
entourent au
moment de sa
fabrication,
tout me
porte à
penser qu’il
en va de
même lorsque
l’on cherche
à ressaisir
son parcours
intellectuel.
Un motif
central se
dessine. Et
la
circonstance
y joue un
rôle égal
voire
supérieur à
celui de la
raison
Ceci n’est
pas …
Cette note
initiale sur
la variation
mène
d’ailleurs à
une première
question. En
effet, je
titre
variations
anthropologiques
et non
sociologiques…
pourquoi ce
glissement
de terme,
alors que
c’est bien
sous le
sceau
institutionnel
de la
sociologie,
que ma
formation
fut
sanctionnée,
mes
recherches
effectuées,
éditées et
que c’est
bien dans le
dispositif
universitaire
de sa
transmission
que
j’effectue
depuis
longtemps
déjà mon
professorat ?
Cette
dissidence
langagière
désigne un
malaise : le
constat peu
confortable,
j’insiste,
que se dire
sociologue
actuellement,
c’est se
penser,
c’est
concevoir
ses objets
du point de
vue d’un
savoir déjà
achevé. Dans
cette
science
qui semble
désormais
déjà close
dans
l’évidence
de ses
indicateurs,
repliée sur
la palette
de ses
paradigmes
adjugés, sur
la
prévision,
saturation
de ses
chaînes
causales,
dans sa foi
en une
rationalité
transparente
… que
faire ? On
peut hésiter
entre
scolastique
- si l’on
recherche
une plus
grande
visibilité -
ou
technicité
pure du
méthodisme,
si l’on se
contente
d’une place
plus
modeste… ou
bien encore,
faire un pas
de côté.
L’anthropologique
ici nommé
est bien sûr
pris comme
large
catégorie
d’approche
du social et
non comme
référence à
une
tradition
instituée.
L’anthropologique
ici nommé
renvoie
d’abord à
cette
possibilité
d’une
indiscipline,
d’une
liberté
prise par
rapport à
l’enfermement/achèvement
disciplinaire
de l’art
officiel de
la
sociologie.
Mais je fais
là aussi un
usage
hétérodoxe
du concept
d’anthropologie
dont je n’ai
pas la
formation
patentée.
L’écart est
donc
double !
Pourtant que
signifie
dans mes
travaux cet
emprunt
braconnier à
la visée
- osons dire
en
paraphrasant
Charles
Wright Mills
- à
l’imagination
anthropologique ?
Pour le
résumer
brièvement,
je
soulignerai
que cela
veut dire :
- Suivre
dans
l’appréhension
de tout
objet, la
dimension de
la longue
durée ;
ceci
revenant à
postuler que
tout
phénomène
social
contient
l’ombre
portée d’un
dogme
civilisationnel
(Pierre
Legendre) en
réactivation,
en gestation
ou en
destruction.
- Mobiliser
pour toute
culture,
celle du
geste (pour
les métiers
ouvriers,
pour l’art
scénique du
chant),
celle de
l’image
(pour le
décor
domestique
populaire),
celle de
l’esthétique
circulant au
quotidien,
celle du
roman de soi
(celui d’un
je,
celui d’un
nous que
chaque
informateur
livre en
toute
situation
d’entretien)
toutes les
formalisations
et espaces
métaphoriques
possibles.
Je veux dire
aussi bien
ceux de la
philosophie
que ceux de
la
psychanalyse,
que ceux de
la
littérature,
que ceux de
la
linguistique
que ceux de
l’ethnologie
bien sûr …
et même ceux
de la
sociologie (!)
mais je
désigne
d’abord là
les voies,
les
croisures
d’ordinaire
barrées ou
du moins peu
recommandées.
Pourquoi ?
Sans doute
parce que
tout élément
de culture
et donc de
société
convoque
virtuellement
tout le
tissage des
productions
symboliques
dont il
émane et où
il fait sens
dans une
association
impensée
d’échos.
Pourquoi ?
Parce que
pour toute
pratique
nous avons
finalement
toujours
affaire à
ses
palimpsestes
infiniment
cachés, pour
tout thème à
des
anthropoï
d’inépuisable
opacité.
- Ouvrir
l’épistémé
d’un mélange
des genres
qui situe
bien
évidemment
votre
ambition et
vos ouvrages
en position
d’outsider,
non pas
solitaire,
bien au
contraire
finalement,
mais se
heurtant un
peu,
beaucoup
passionnément
à
l’hostilité
réservée à
l’inclassable ;
ou se
heurtant
tout
simplement à
l’inhospitalité
normale de
réaction
face à ce
qui ne se
fait
pas.
Au-delà des
parentés
totémiques
Certes je
n’ai pas
débuté la
sociologie
dans le
doute mais
bien plutôt
dans le
ravissement.
Menant
parallèlement
études
philosophiques
et études
sociologiques
à
l’Université
de Nantes,
j’optai
finalement
pour un
troisième
cycle de
sociologie
dans un
département
à forte
identification
marxiste et
à intense
programmation
de travaux
autour de la
classe
ouvrière,
syntagme
qui, dans le
milieu
ambiant des
années 70,
semblait
encore, si
ce n’est
aller de
soi, du
moins tenir
la route
pour
interroger
lucidement
les
mouvements
d’un monde
toujours
ancré dans
les
représentations
des trente
glorieuses.
En effet, si
j’utilise
dans ce
moment de ma
réflexion
cette notion
de
« parentés
totémiques »,
c’est
évidemment
pour
désigner une
filiation à
laquelle je
me suis
longtemps
identifiée.
Mais c’est
pour
signifier
également
qu’alors que
mes deux
principales
recherches
jusque dans
les années
80 - une
usine, phare
de la
métallurgie
nantaise
d’abord, le
décor
domestique
des familles
ouvrières
ensuite -
semblent
bien
étrangères
l’une à
l’autre,
elles sont
pourtant
sœurs.
Car elles
sont a
priori liées
par le désir
simplificateur
de la
puissance
tutélaire du
lieu, à
savoir
Michel
Verret qui
eut pour
ambition
rationnelle
-
irrationnelle
de tout
embrasser
des mondes
ouvriers sur
une totalité
de pratiques
dans une
combinatoire
d’échelles
la plus
large
possible.
Deux objets
bien
éloignés en
apparence
donc mais
amarrés à un
même totem ;
charge sera
à moi de me
détacher de
cette
volonté
théorique et
politique
d’unification
des
« accidents
de la
substance » ;
charge
m’incombera
de laisser
pousser les
herbes
folles du
réel entre
les pavés du
concept.
Voilà qui
fait
d’emblée
réfléchir à
l’inévitable
arbitraire
des cadres
de toute
initiation ;
toutefois
puisqu’il
faut bien
admettre la
nécessité et
la part de
vérité de
toute
convention
formatrice,
telles
furent les
miennes.
J’entrai
donc dans la
recherche en
sciences
sociales par
le chemin
d’une
véritable
monographie
d’entreprise
dont je ne
trouvais
finalement
que très peu
d’exemples
déjà
réalisés
dans la
sociologie
française
des années
80. Il n’y
en eut
d’ailleurs
pas
davantage
par la suite…
Ce fut
l’expérience
de groupes
ouvriers
réels
en
situations
hétérogènes
de travail,
en
identifications
inégales par
rapport aux
conflits,
aux
organisations
syndicales
en place,
par rapport
à l’épopée
combative,
par rapport
à cette
mémoire
sublimée du
lieu et de
ses
collectifs.
Il est vrai
que cet
établissement
intégrant
unité de
production
et unité
d’habitation,
était une
exception
notable dans
l’industrialisation
de l’Ouest
français.
Cette
singularité
régionale de
cité
ouvrière,
densifiant
les
contrôles
patronaux,
mais aussi
les
sociabilités
et les
solidarités
réactives en
constitua
donc le
mythe
fondateur,
perpétuant
au-dedans et
au dehors,
cette image
d’un ethos
de classe
sans faille
avec
laquelle
chacun
devait plus
ou moins
s’arranger
et cela à
l’heure même
de mon
enquête
tandis que
disparaissaient
les
dernières
maisons en
bois de
l’enclos
batignollais
…
Outre la
nécessité où
j’étais
confrontée,
d’une
formalisation
inductive
pour saisir
cette
différenciation
multiforme,
m’éloignant
déjà de
l’emprise
des modèles
rationnellement
étanches,
quelles sont
les plus
insistantes
empreintes
réflexives
laissées par
cette étape
de
recherches
qui, de la
maîtrise à
la thèse
jusqu’à la
rédaction
d’articles
et d’un
livre, s’est
échelonné
sur environ
six années ?
J’insisterai
sur trois
points : le
faire valoir
ouvrier des
qualifications,
la lecture
ouvrière
d’un travail
de
sociologue,
l’irruption
de la pensée
figurale
(Yves
Bonnefoy)
dans la
connaissance.
- Le faire
valoir
ouvrier des
qualifications
La trace la
plus active
de cette
enquête sera
bien mon
approche des
savoir-faire
ouvriers et
plus encore
celle des
modalités de
leur
verbalisation,
ce qui au
passage,
m’incite à
déplorer les
basculements
d’une
sociologie
du travail
intégrant
toute les
complexités
savantes,
bricoleuses,
éthiques,
esthétiques
du métier
vers une
sociologie
désincarnée
de l’emploi.
Mais chance
d’époque,
lors de mes
investigations
de terrain,
l’emploi
n’avait pas
supplanté la
concrétude
des
métiers.
C’est donc
plutôt en
phase avec
l’air du
temps
disciplinaire
que
j’entrepris
in situ
cette étude
des savoirs
producteurs
métallurgistes.
Le plus
frappant -
outre le
descriptif
très riche
des
habiletés -
réside sans
doute dans
le fait que
chacun …
chaudronnier,
soudeur,
machiniste,
ajusteur,
outilleur ou
traceur
s’employa à
me parler de
son métier
sous sa
valeur
fondamentale
d’indépendance.
Machinistes
et soudeurs
se
considérant
plus
autonomes
que les
chaudronniers ;
les
ajusteurs,
les traceurs
vantant leur
liberté
suprême dans
le procès de
production ;
les
chaudronniers
de
l’établissement
se trouvant
plus libres
que leurs
collègues
intérimaires
qui
eux-mêmes,
affirmaient
détenir la
palme de
l’indépendance.
Cette
récurrence
inattendue
au regard
des propos
sociologiquement
convenus sur
les postes
d’exécution
des
productifs,
m’interrogea
et
m’interroge
encore :
était-ce là
(en deçà de
leur récit
d’une
indéniable
expérience,
bien sûr)
paroles
d’hommes en
rivalité
mimétique ?
Ligne de
conduite
adoptée face
à une femme
les
interviewant ?
Est-ce un
trait
défensif né
du sein même
de l’usine ?
Ou bien un
modèle de
conduite
enracinée
dans les
écosystèmes
domestiques
matériels et
idéels de
ces familles
de
l’Ouest (Emmanuel
Todd, Jacky
Réault) ?
Quelle que
soit la
perspective
adoptée -
aucune ne
s’excluant
d’ailleurs -
de l’OS au
jeune
entrant avec
BTS en
poche,
interrogé
quelques
années plus
tard, ni les
uns ni les
autres ne se
posaient en
objets
victimaires ;
voire même
si l’on suit
cette
déclaration
modulable
mais
transversale
d’indépendance,
ils se
posaient
bien
davantage en
sujets qu’en
assujettis.
S’il en
allait ainsi
c’est aussi
que cette
parole sur
les gestes
moteurs et
mentaux du
métier en
acte n’était
évidemment
que
faiblement
socialisée
que ce soit
dans les
échanges
quotidiens
ou bien dans
l’argumentaire
syndicale.
Elle
échappait
donc en
large part
au prisme du
conformisme
des
représentations
fédérant
l’unité de
tout groupe.
Cette
échappée
relative -
dont je ne
prends ici
qu’un indice
- avait pour
mérite de
mettre en
lumière des
faire valoir
de la
qualification
résonnant
comme
tactiques,
ruses
d’appropriation
proches de
ce que
Michel de
Certeau note
comme le
plus vif des
cultures
populaires,
voire même
des
modalités
ordinaires
de la
culture.
Cette
échappée
plus
individuée
de la
représentation
eut donc
pour
avantage de
me décentrer
de la
stricte
logique
classiste
et de me
rendre déjà
plus
sensible à
la dimension
populaire -
cette notion
si
problématique
- de la
culture
ouvrière,
alors que
c’est plutôt
l’inverse
qui fit et
fait encore
règle.
Mais toute
pensée étant
toujours en
tension
entre deux
pôles
contradictoires
…
Cette usine
vue selon le
spectre de
cette
économie
d’indépendance
hiérarchisée,
ainsi
découverte
au fil
d’énonciations
moins
durablement
et moins
intensément
circonscrites
par un
discours
collectif …
tous ces
éléments
m’ont
également
blindé
contre toute
pente
d’embaumement
des ouvriers
dans un en -
deçà du
statut de
classe,
autrement
dit dans la
relégation
domestiquée
d’une ainsi
nommée
« condition
ouvrière » ;
syntagme
anachronique
se déployant
entre bonne
conscience
et
stigmatisation
de fait, que
l’on vit
refleurir,
sous des
plumes
illustres,
quand la
classe
ouvrière
comme
réalité
historique
s’effaçait
et que son
concept ne
risquait
plus de
mordre !
- La lecture
ouvrière
A l’opposé
de cette
expérience,
ce qui a
clos cette
étape de
recherche,
le débat
ouvert
autour du
livre sorti
à propos de
cette
monographie.
De la
discussion
où les
représentants
syndicaux
furent les
interlocuteurs
quasi
exclusifs,
je garde un
certain
malaise. Au
delà des
compliments
de
courtoisie,
je vis se
dessiner un
lectorat
d’abord
tourné vers
les
informations
qu’ils
jugeaient
les plus
efficaces
pour leurs
actions :
descriptifs
de
« climat »,
de
composition
sociale
d’atelier,
de réception
différenciée
des
initiatives
militantes.
Normal. Mais
l’inquiétude
vint
d’ailleurs,
bien sûr.
Écartant
d’un geste
bref toutes
les paroles
vives sur
les métiers
et même
celles sur
les
solidarités
spontanées
de postes,
seuls les
portraits,
les récits
susceptibles
de renvoyer
une mémoire
-miroir de
« l’âme
éternelle »
des
Batignolles,
mobilisaient
chez eux
attention et
passion.
Au printemps
dernier, on
me demanda
pour un film
pour partie
financé par
la mairie…
de dresser
le même
tableau figé
dans son
écrin
légendaire
politiquement
officialisé
en somme !
Autrement
dit ce qui
était
implicitement
demandé à
l’ethnologue,
au
sociologue
c’était donc
d’assurer
une fonction
instruite,
compréhensive
de relais
idéologique.
La
sociologie
n’était-elle
que cet
entre - deux
du savoir,
hésitant
entre utopie
heuristique
et réalisme
de
l’instrumentation
partisane ?
Quelle ne
fut pas ma
surprise de
constater
quelque
dizaine
d’années
plus tard,
que ce que
je
considérais
et considère
toujours
comme un
risque de la
raison,
était
désormais
devenu norme
d’excellente
bienpensance
disciplinaire.
J’écrivis
dans
l’étonnement
sceptique et
dans la
foulée de ce
constat A
so small
world :
inter-dit
sociologique
et idéologie
de la
mondialisation
prenant pour
cadre de
cette
communication
le colloque
du Lestamp
de Décembre
2004 sur
Les sociétés
de la
mondialisation
organisé par
Jacky
Réault,
Joëlle
Deniot
et
Bruno
Lefebvre.
-
L’irruption
de la pensée
figurale
Yves
Bonnefoy
dans son
analyse de
Goya et de
ses
peintures
dites
« noires »,
distingue
pensée
verbale et
pensée
figurale.
Par pensée
figurale, il
tente de
cerner un
mode
d’intelligence
de la
réalité, au
plus près de
l’expérience
sensorielle,
sensible se
manifestant
sous forme
d’images que
celles-ci
soient
visuelles ou
bien
qu’elles
soient
langagières.
La pensée
figurale
c’est ce
laisser
passer de
l’intuition
d’un
essentiel
que l’on
peut
peindre, que
l’on peut
graver sur
la pierre,
couler dans
le bronze ou
bien alors
tailler dans
le poème,
faire
seulement
surgir dans
la langue.
Ce qui est
ici suggéré
ressemble à
la
thématique
du rêveur
éveillé de
Gaston
Bachelard,
ce
philosophe
qui sut si
bien
installer sa
réflexivité
dans une
belle
dialectique
entre régime
diurne - cet
enchaînement
serré,
logique des
concepts -
et régime
nocturne -
cette
associativité
fluide des
métaphores -
au sein de
l’acte
discursif.
J’évoque
Gaston
Bachelard
car c’est
par son
intermédiaire,
par ses
travaux sur
l’imagination
de la
matière que
je suis
parvenue à
entrer dans
une approche
compréhensive
- voire même
intime - de
la
qualification
ouvrière.
Aussi
surprenant
que cela
soit, c’est
grâce à la
poétique de
La
terre et des
rêveries de
la volonté
en
particulier
que j’ai
commencé à
entrevoir ce
que je
pouvais
enquêter et
interpréter
des gestes
métallurgistes.
Au départ de
cet écart
anthropologique
singulier
dont je
parlais en
introduction
- écart dont
je suivrai
le cours -
il y eut
donc une
curieuse
confluence
de deux
sources
fondatrices
d’intelligibilité.
D’un côté,
il y eut
Marx, pour
le concept
de
coopération
et
l’inscription
du travail
ouvrier au
sein de
rapports
sociaux
antagonistes.
D’un autre
côté, il y
eut
Bachelard
pour penser
la dimension
œuvrière
du savoir
faire
producteur.
Entre
ouvrier et
oeuvrier…
quelque
chose était
en train de
s’entrelacer,
de germer du
sein même de
cette
monographie
d’usine.
Des fissures
et des fils
Le décor
ouvrier,
c’est ainsi
que ma thèse
d’État fut
intitulée
dans la
programmation
du Lersco.
Tout de
l’ouvrier :
l’en soi, le
pour soi et
… le
chez soi
(formule de
Bachelard)
devait être
capté sous
l’optique du
rapport de
classe. Mais
un
questionnement
me
taraudait :
par quel
miracle
l’ouvrier,
sorti de sa
situation
usinière,
restait-il
un ouvrier ?
Pourquoi une
fois quitté
son « bleu
de
travail »,
n’allait-il
pas comme
toute
personne,
partiellement
du moins,
s’évader de
cette
contrainte
d’appartenance
et de rôle
pour devenir
un père, un
frère, un
amant, un
promeneur…
autrement
dit un sujet
multiple à
facettes a
priori
inconnues.
Ce qui était
posé ce
n’était plus
l’éventualité
d’une chaîne
causale
linéaire
entre
l’empreinte
usinière et
le décor
domestique
de
stylisation
nécessairement
ouvrière
mais au
mieux la
superposition
de strates
de
déterminations
à
temporalités
et niveaux
décalés où
se jouaient
des cultures
de couple
(mariant
ouvriers et
employées),
des cultures
d’enracinement
(plutôt
rattachées à
celles des
ruraux de
l’ouest),
des
mimétismes
de
vicinalité
(à base
sociale
hétérogène),
des
souvenirs de
lignée, des
signes
d’idéaux de
soi … dont
l’enveloppe
matérielle
de
l’appartement,
de la maison
allait
tacitement
permettre de
suivre le
tracé.
En
conséquence,
je poserai
avant toute
définition
trois
postulats se
démarquant
de ce qui
est écrit ou
doit
s’écrire sur
le goût des
classes
zoologisées
comme
« dominées » :
- 1°) Il n’
y a pas
d’esthétique
de la
nécessité
- 2°) Le
chez soi des
ménages
ouvriers
n’est pas le
lieu
-prétexte
d’une
esthétique
ouvrière
mais
l’espace où
par touches
individuées,
se retrouve
le puzzle
d’esthétiques
populaires
segmentés en
divers
sous-systèmes
symboliques.
- 3°) Il ne
s’agit pas
de décor
ouvrier mais
plutôt d’un
bel
ordinaire,
titre que je
donnais
d’ailleurs
au livre
issu de
cette
nouvelle
enquête
échelonnée
sur huit
années
environ.
Pour
préciser
davantage
comment
cette
recherche a
finalement
déplacer les
lignes de
mon
itinéraire
intellectuel
et de ses
impulsions
de départ,
j’aborderai
trois
points :
-
quelques
remarques
sur
l’esthétique
populaire
-
la notion d’inspace
-
la notion
d’iconotexte
- Remarques
sur
l’esthétique
populaire
Esthétique…
ce principe
de l’émotion
passive,
active
devant
l’embellie.
Le chez
soi -
sur ces
diverses
modalités
juridiques
de
jouissance -
est bien
dans les
ménages
ouvriers
comme dans
beaucoup
d’autres, ce
lieu
privilégié
de la mise
en scène de
ses modes,
parcours,
normes,
maîtrise et
rêves de
vie.
Toutefois
contrairement
à ce qu’une
vision
hâtive
pourrait
supposer ou
même
contrairement
à ce que
nous savons
de la
centralité
de la figure
maternelle
dans les
ménages
ouvriers
(Richard
Hoggart,
Olivier
Schwartz,
Elisabeth
Lisse),
le décor est
dans
l’habitat,
affaire
d’hommes et
de femmes,
affaire de «
producteurs
associés » ;
certes
plutôt
respectueuse
d’une
division
traditionnelle
des tâches
(bricolage
léger /
bricolage
lourd ;
jardin
d’extérieur/
plantes
d’appartement ;
pose des
tapisseries/
pose des
voilages ;
fabrications
de
napperons,
de canevas/
fabrications
de puzzle,
de
maquettes)
mais
mobilisant
tous les
temps,
forces,
expressivités
disponibles ;
voire même
ceux de
l’ascendance,
de la
fratrie ou
des
collatéraux
dans les
phases rudes
de
l’aménagement.
Nées d’une
coopération
acharnée
d’investissements,
la
résultante
et la
dynamique de
ce paysage
privé (dont
le primat
est ici plus
qu’ailleurs
peut-être,
fortement
affirmé)
entrent bien
dans cette
zone
d’incertitude
d’une
esthétique
populaire,
c'est-à-dire
tout à la
fois
partagée et
multiforme,
puisqu’
ayant
spontanément
mis à
l’œuvre
diverse
routines,
sensibilités,
gestes,
regards,
héritages
sacrés de
minutie,
d’harmonie
ou d’objets.
Il
s’agit par
cet objet
non
seulement de
glisser sans
hésitation
de l’ouvrier
au
populaire,
mais aussi
de délaisser
le syntagme
de « classes
populaires »
au profit de
celui plus
adapté de
« milieu
populaire »,
même si
« milieu »
garde encore
la trace
d’une trop
grande
homogénéité
et le
souligné
trop
exclusif,
trop
mécanique
d’une
topique
d’appartenance.
D’autre
part, angle
des
pratiques
fabricatrices,
angle des
espaces
d’accueil,
des espaces
plus privés,
angles des
maximes et
proverbes
affichés,
angle des
objets-cadeaux,
des
emblématiques
de voyages,
angle de
l’auto-
symbolisation
photographique,
angles des
mondes
végétaux,
des
enveloppements
textiles,
des images,
des motifs…
chacun de
ces prismes
nous conduit
vers des
textures du
populaire à
géométrie et
à
temporalité
variable.
Loin de la
grammaire
unifiante de
l’ethos de
classe, ce
réel nous
renvoie à
une
fragmentation
des logiques
de
références,
d’emprunts,
d’invention ;
il nous
renvoie à
une
combinaison
mobile de
sédimentations
culturelles,
à des
expériences
également
plus
lointaines,
des
expériences
ancestrales,
oubliées de
ce commun
stratifié
d’où sourd
notre
histoire et
que désigne
la
catégorie
aussi
ambiguë que
profonde du
populaire.
-
Inspace
Le terme de
ce critique
d’art
anglais me
semble très
exactement
nommer ce
qui fut
l’une des
pistes les
fécondes de
ma recherche
sur le
décor, à
savoir la
résonance de
ces objets
privés et de
leur
emplacements
invitant
au-delà de
leur paysage
matériel, à
des voyages
au plus près
de leurs
significations
les plus
intériorisés.
Comment
passer de
l’objet
décor au
sujet décorant
? Les
travaux
consacrés
aux ouvriers
ne me furent
pas d’une
grande aide
pour ce
renversement
de
problématique.
Il faut dire
que le décor
et
l’ensemble
des gestes
qu’il
suppose est
en soi une
culture
silencieuse.
Il appelle
l’image plus
que la
parole.
Pourtant là
encore ce
sont trois
travaux
extérieurs à
la
sociologie
et à
l’ethnologie
qui vont me
permettre de
mieux
regarder ces
espaces et
de mieux
questionner
mes
interlocuteurs.
Ce sont les
travaux de
Gérard
Genette sur
la relation
esthétique,
les travaux
du
psychanalyste
Didier
Anzieu sur
le moi-peau
et les
enveloppes
psychiques
et plus
encore les
travaux de
Patrice
Hugues,
plasticien,
historien,
anthropologue
du tissu qui
vont
m’assurer
cette
réorientation.
Je vais
pouvoir
grâce à
cette
stimulation
d’une
sémiologie
plus
universelle,
aller à la
cueillette
de propos
non
seulement
biographiques
et donc
individués
sur cet
espace -
signe, mais
encore me
tourner vers
des récits
d’intime
proximité
ressentie
pour
quelques
objets -
phares
fonctionnant
comme de
véritables
analogon de la personne.
Sur ce fil
d’une grande
subjectivation
de l’objet,
je tenterai
d’entrevoir
quel symbole
d’arrière
plan se
cache
derrière le
symbole
montré.
- Iconotexte
Ce
concept
forgé par
l’artiste
Michael
Nerlich
cherche à
indiquer un
champ de
réflexions
sur le
rapport
texte et
image
photographique.
En effet,
cette
recherche ne
mit face à
l’obligation
de
travailler
constamment
avec
l’image,
cette
archive
sensible
dont les
sociologues
et même les
ethnologues
se méfient
toujours un
peu. Or avec
l’image sur
les
différents
registres
des données
existantes
et surtout
de la
constitution
de données –
témoin et
mémoire, de
la
constitution
d’un corpus
sélectif, de
relais
d’interaction
dans
l’enquête
mais aussi
de support
heuristique
que j’ai
travaillé
intensément
tout au long
de cette
enquête
(1000
clichés
environ,
plusieurs
visites pour
70 ménages).
Dans
l’investigation
et dans la
restitution
d’un texte
faisant
circuler le
sens entre
le verbe et
l’iconographie.
Tout ce jeu
de
déplacement
posant avec
de plus en
plus
d’acuité la
question de
quelle
écriture en
sciences
sociales ?
Suite
réflexive :
le défi
sémantique
Ce maniement
d’images,
cette
approche des
esthétiques
ordinaires
m’amenèrent
vers
d’autres
glissements
d’intérêts
dont le
travail de
latence
demanderait
des
parenthèses
et détours
qu’il n’est
pas de mise
de
développer
ici. Je
dirai
simplement
que
d’enquêtes
en enquêtes,
d’observations
en
rencontres
et
interviews
s’imposa à
moi la
déception
réitérée
d’une perte.
La perte de
ce qui sur
le vif du
terrain,
m’était
apparue
comme la
forme la
plus
éruptive de
la présence
de mes
interlocuteurs,
à savoir
leur voix ;
cet élément
péri
-linguistique
qui disait
tant de la
personne, de
la
situation,
de
l’interaction,
des
sous-entendus
biographiques
mais dont le
souvenir
était bien
fragile ; ce
geste qui
intuitivement
livrait
beaucoup
mais dont la
restitution,
voire même
l’évocation
en pointillé
semblait
hors de
portée du
dicible, de
la saisie
raisonnée
des sciences
sociales.
Il eut donc
un assez
prenant
moment de
bascule où
je me suis
orientée ver
un maximum
d’approches
existantes
sur la
vocalité
(Phonologie,
Psychanalyse,
Philosophie,
Esthétique,
Anthropologie,
Histoire de
l’art,
Musicothérapie,
Linguistique,
Sociolinguistique,
Sciences du
langage,
Musicologie,
Littérature).
Symptôme de
mon lien
persistant à
mes objets
de recherche
initiaux et
devenus
identifiants,
j’ambitionnai
un premier
chantier sur
les parlers
ouvriers.
Déroutée par
l’ampleur de
la tache et
surtout
gagnée par
la
conviction
grandissante
qu’on ne
pouvait avec
ce type de
sujet,
procéder par
découpage
d’indexation
sociale a
priori, je
me tournai
assez vite
vers un
autre objet
de
recherche,
vers un
autre
déroulé de
la parole
signifiante
où la voix
est au
centre de
l’écoute, à
savoir vers
le chant et
plus
précisément
encore, vers
ce chant
commun
qu’est la
chanson.
Depuis
treize ans
désormais,
sur un
corpus de
chansons
dites
réalistes
dont il
s’agit,
au-delà de
l’étiquetage
de
rechercher
l’histoire,
la genèse
dans les
formes de
l’expression
populaire
afin d’en
envisager
d’éventuelles
filiations
contemporaines,
je me
concentre
sur la
compréhension
de
l’icônisation
de certaines
grandes voix
féminines de
la scène
française.
Voix de
femmes,
pourquoi ?
Parce que
ces
dernières
nous mettent
sur la
longue
durée, au
cœur de
l’Eros
fascinant de
la présence
vocale.
Cette
affirmation
réfutable
demanderait
bien sûr
d’amples
débats (je
la livre là
à l’état
brut !).
Parce que
plus
prosaïquement,
cette fois,
elles furent
les
premières
dans
l’histoire
scénique de
la chanson à
l’amplifier
émotionnellement
d’une
intense
dramaturgie
interprétative,
vocale et
visuelle.
C’est cette
lignée d’une
esthétique
du destin,
cette
histoire
baroque du
désir, de
l’amour et
des larmes
s’adressant
à tout un
peuple que
je me suis
employée à
suivre via
la
théâtralité
et
l’authenticité
de ces
chants qui
nous parle
de culture
du
sentiment,
de
civilisation
des émois,
de tensions
historiquement
variables
entre
retenue et
effusion, de
société, de
socialité
jusque dans
ces
voisements
de la
mélodie, des
mots et du
geste.
C’est ainsi
qu’après
avoir
travaillé
sur dix ans
environ sur
des figures
emblématiques
comme celles
d’Yvette
Guilbert, de
Fréhel, de
Berthe
Sylva, de
Damia,
d’Yvonne
George, de
Lys Gauty,
de Marianne
Oswald… sans
oublier
l’arrière
plan sans
tête
d’affiche,
d’une
chanson
populaire de
métiers et
de pays, je
me suis dans
mon dernier
ouvrage
terminé au
début de
l’automne
2008,
concentrée
sur celle
que je
n’avais pas
pu manquer
dans mon
tour
d’horizon,
sur celle
dont le
mythe reste,
chose
inouïe,
encore
passionnément
vivant dans
ce début de
siècle, à
savoir Edith
Piaf.
Près d’un
demi siècle
après sa
disparition,
hors propos
des
ambiances
musicales
actuelles,
on l’imite,
on la
re-présente.
Des plus
pâles
reprises aux
plus
troublantes
compositions,
il existe
autour
d’elle comme
une
invraisemblable
frénésie de
réappropriations.
S’abreuvant
à son
mystère, des
comédiens et
des
chanteurs
cherchent à
capter son
identité, à
s’emparer de
ce visage,
de cette
histoire, de
ce timbre,
incarnant
toujours
l’idéal
d’une voix à
dimension
presque
oraculaire.
Le cœur de
l’ouvrage
est consacré
à la
stylisation
du
personnage
et de la
personne
d’Edith
Piaf, à
l’avènement
de son
iconicité.
Il s’agit de
saisir les
langages
scéniques (systèmes
symboliques
verbaux et
non verbaux)
véhiculés
par les
prestations
de
l’artiste. Cette
étude
conjuguée du
visage, des
postures,
des
chorégraphies,
du corps, de
l’espace de
cette voix
chantée
prend pour
appui
empirique un
tissage de
matériaux
sonores et
iconiques :
affiches,
photographies,
scénographies
d’expositions,
extraits
audio-visuels
de concerts
et de
chansons.
A travers
notamment le
montage de
séquences
détaillées
de chansons
célèbres et
moins
célèbres de
ce
répertoire,
il s’agit
d’aller au
plus près de
la grammaire
de ces
gestes
vocaux pris
du sein même
de l’art
interprétatif
qui s’y
manifeste,
comme outils
de lecture
sensible
d’une
culture des
affects,
d’une
modélisation
des
sentiments,
d’une
manière de
signifier
l’indicible ...
à moment
donné de
l’histoire
sociétale.
Une fois
bien cernée
cette
calligraphie
de la voix
de Piaf,
j’en
confronte
l’identité à
celle
d’autres
grandes
interprètes
de la
chanson
française :
encore
Damia, mais
aussi
Barbara,
Juliette
Gréco,
Catherine
Ribeiro. Car
une fois
estimées les
différences
sémantiques,
les
métamorphoses
musicales,
on peut se
demander si
nous n’avons
pas aussi
affaire à un
même élan, à
une même
poétique
féminine du
geste
tragique
poursuivant
son
histoire.
Ce travail
fait et la
confrontation
menée durant
toute
l’aventure
de cette
recherche
face aux
différentes
figures de
l’indicible :
Comment dire
la voix ?
Comment dire
le visage ?
Comment dire
le geste ?
Je ne sais
si je suis
parvenue à
poser
quelques
balises sur
les chemins
d’indépassables
secrets. Je
sais
seulement
que cette
traversée de
l’écoute et
de l’image
de la voix
des chansons
m’a conduite
vers des
expérimentations
inédites de
saisie de
l’objet à
traiter,
vers une
expérience
phénoménologique
de la
réception
qui chahute
le tabou de
l’objectivation,
vers la
réitération
ethnologique
de cette
réflexivité
emphatique
sujet/objet
comme partie
prenante du
savoir se
constituant,
vers la
revendication
délibérée
d’une
écriture
nourrie du
savoir
des lettres et des humanités
…en
bref, vers
la nécessité
hétérodoxe
d’une autre
sociologie
de l’art.
Autre
sociologie
que je
consentirai
volontiers à
nommer
sémiologie,
au sens de
Ferdinand de
Saussure qui
subsumait
sous cette
notion
-vision
l’étude de
la vie des
signes dans
la
vie sociale
en accordant
d’ailleurs
aux gestes
et aux
rituels
quotidiens,
une place
essentielle
dans ce
champ de
savoir
imaginé.
Mais sans
doute ce jeu
d’étiquettes
déboucherait-il
sur d’autres
querelles
terminologiques
et surtout
il ne
parviendrait
pas à calmer
les gardiens
de la
Discipline.
En
conséquence,
je
persisterai
à qualifier
cette
recherche
d’anthropologique. Plus
précisément,
je la
désigne par
un nouveau
syntagme,
comme
Anthropographie
esthétique
appliquée.
Cette étape
achevée
(sans
délaisser
l’analyse
des grands
mythes
populaires
de la
chanson), au
titre des
projets, il
me faut
travailler à
un niveau
plus
théorique
sur
l’axiomatique
de cette
anthropologie
esthétique
mise en
œuvre, il
s’agit de
mon horizon
le plus
proche
d’écriture.
Et
parallèlement,
je commence
un chantier
sur
l’anthropologie
latente de
quelques
grands
écrivains
et/ou
essayistes
vivants
contemporains.
Joëlle
Deniot,
5 02
09
« Voir
une image,
c’est saisir
le vestige
d’un
passage,
trouver dans
cette trace
la place du
spectateur
que nous
devenons. »
In
Qu’est-ce que voir une image ?
Marie Josée
Mondzain,
2008
Rattaché au sens premier de
techné qui dit savoir-faire
et puis savoir y faire aussi…
Dans
sa communication Alain Maillard
soulignera la distinction entre
temps historiques et temps
sociaux
Approche
complémentariste ainsi nommée
par Georges Devereux
ethnopsychiatre et dont la
question est fondamentalement
abordée par Yves Gérin lors de
cette journée d’études de
l’axeIII sociabilités et
légitimations : approches
sociologiques de l’EA 4287
Habiter-PIPS.
Bien
rares sont en effet les études
sociologiques qui vont enquêter
les ouvriers là où simplement,
ils occupent leurs fonctions et
où l’usage de la catégorie n’a
donc pas a priori à se dilater
idéologiquement.
Lors
des échanges Gérard Déhier
souligne avec ironie et un
certain désabusement, ce
contraste entre ouvriers
théoriques et ouvriers réels
Elisabeth
Lisse sur son propre terrain,
celui d’une cité à image
fortement désymbolisée, retrouve
en 2000-2006, un phénomène
semblable de mythe positif
unifiant posant les bases d’une
identité collective réactive.
Jacky
Réault, Ouvriers de l’Ouest, in
A.T.P. CNRS, L’Ouest
bouge-t-il ? Son changement
social et culturel depuis trente
ans, Vivant Editeur, Nantes,
1983. Formes de vie ouvrières
et écosystèmes sociaux de
reproduction. Cahier
Lersco CNRS- Université de
Nantes.1989
[ Dans
le débat de cette journée,
Pierre Cam insistera sur le
cadrage juridique de la
qualification, autre
vecteur-clef de cette vive
conscience d’indépendance.
Anne-
Sandrine Castelot expose
comment a contrario de la
littérature existante, elle
s’attache à saisir l’impact
intime de l’engagement syndical,
pour les personnels de
l’encadrement, cette fois.
Cultures
autrement abordées par Sébastien
Peyrat, à propos des jeunes gens
issus de l’immigration et sur le
thème des conflits entre justice
et droit.
Cet
en deçà désigne ici pour
moi le déni de toute virtualité
de fondation même datée, même
passée de ces personnes et
collectifs salariés en sujets de
l’histoire. Manière de croiser
au fil des débats, cette
proposition avec l’accentuation
émise par Stephen Bouquin sur le
double refus et d’un optimisme
et d’un misérabilisme du regard
dans l’appréhension des mondes
du travail.
Joëlle
Deniot,
Usine et coopération,
Métiers, syndicalisations,
conflits aux Batignolles,
éditions Anthropos, Paris, 1983
13]Le
pain noir et les roses rouges, Film
de Marc Grangiens, 2008
In
cd-rom, livre codirigé par Jacky
Réault et
Joëlle
Deniot
The societies of
globalisation Lestamp, 2006;
une première version de ce texte
est consultable sur
www.lestamp.com
Yves Bonnefoy, Goya, les
peintures noires, éditions
William Blake, 2006
Développements
sur ce thème in
Joëlle
Deniot
La photographie, une
sociologie off² ? In
www.master-culture.info ,
conférence 2006 au Diaporama
festival de la photographie
à Nantes
[17]
Gaston Bachelard, La poétique
de l’espace, P.U.F, 1957
Joëlle
Deniot,
Ethnologie du décor en milieu
ouvrier, le bel ordinaire,
L’Harmattan, Logiques sociales,
Paris, 1996
Expression empruntée à Jacky
Réault
Joëlle
Deniot,
Le décor textile, les murs et
la table in Ethnologie
Française, Paris, 1985
Elisabeth
Lisse, « On est quoi, nous ? »
D’une génération à l’autre,
des vies au sein de la cité
Ney, thèse de doctorat de
sociologie, 2005, Université de
Nantes
Il
faut bien sûr là distinguer
entre appartement, maison
individuelle ; entre phase de
stabilisation des salaires et
période plus critique.
Joëlle
Deniot,
Figures intérieures, in
Cahier du Lersco, 1992
[Michaël
Nerlich, Qu’est-ce qu’un
iconotexte ? Réflexion sur le
rapport texte - image
photographique in
Iconotextes sous la direction
d’Alain Montandon, Ophrys,
Paris, 1990
Joëlle
Deniot,
Intérieurs ouvriers,
l’ambiguïté iconographique
in Archives sensibles, images et
objets du monde industriel et
ouvrier, sous la direction de
Noëlle Gérôme, éditions de L’ENS
Cachan, 1995
Que
j’aborderai explicitement dans
deux articles : Echos
d’absences et restitution (
2002), Le poids, la perte
des mots - au fil de l’enquête
(2003)
Joëlle
Deniot,
Parlers ouvriers : la
perspective des dynamismes
vocaux in Métamorphoses
ouvrières, tome 2, L’harmattan,
Logiques sociales, Paris, 1995 ;
texte remanié 2005 Paroles
ouvrières sur
www.sociologie-cultures.com
Surtout si l’on se réfère au
répertoire français et plus
largement francophon
Ceci
vaut pour l’espace lyrique et
ses divas, y compris pour le
trouble à nouveau mis à
l’honneur des voix de
haute-contre, héritiers des
castrats.
Les
historiens me furent d’une
grande aide dans l’appréciation
de ce poids culturel des gestes.
J’avais d’abord le somptueux
éclairage du livre de
Jean-Claude Schmitt, La
raison des gestes dans
l’Occident médiéval que je
gardai en mémoire et en fiches !
Durant cette journée, Geneviève
Hoffmann, à travers la
présentation de son travail sur
les stèles funéraires attiques,
illustra de facto la
pertinence des croisements
disciplinaires dans la saisie de
la complexité.
Question
soulevée par Christophe Baticle
à propos de son enquête sur les
chasseurs de la baie de Somme et
croisant d’ailleurs une des
propositions de Stephen
Bouquin : décider de faire dans
son travail de sociologue ce que
personne d’autre ne pourrait
faire à sa place. Cette
centralité de l’expérience reste
en effet le plus précieux bien
de la connaissance.
Antoine
Baczkowski qui travaille sur les
raves et la musique techno fera
part de son débat intellectuel
avec les paradigmes existants en
ce domaine.
Contre toutes attentes
Antoine
Baczkowski
Doctorant
Lisst-Cas/Habiter-Pips
« Bilan
réflexif et critique des
itinéraires de recherches ». De
prime abord accrocheur, ce thème
avait finalement de quoi
m’inquiéter : moi, fildefériste
inexpert, cherchant toujours la
stabilité dans cet aller dont je
ne devine pas la fin. Revenir
sur ses pas à peine la marche
entamée n’était-il pas se
retourner trop tôt ? Comment
revenir sur ce qui n’est encore
fait, acquis et cumulé ? Ma
question fondatrice
n’ayant pas trouvé de
réponse, je n’avais que peu de
matière intellectuelle pour
esquisser cet autoportrait.
N’avais-je pour autant rien à
dire ? A redire ? De fraîche
date doctorant, mon parcours se
résumait à celui d’un étudiant.
De ce constat, je décidais moins
de rebrousser chemin que de
reprendre mon cheminement à ses
débuts, jusqu’ici balisé par
l’université, afin d’en dresser
le bilan.
La balistique…
La voie
universitaire est, comme chacun
le sait, l’actuelle étape
propédeutique au métier de
sociologue fournissant savoirs
et savoir-faire à tout novice
s’y engouffrant. Plus encore
qu’une voie, allusive à un
passage indéterminé,
l’université est trajectoire ;
celle qui balise le trajet
menant classiquement aux métiers
de la sociologie. En France, ces
derniers sont enseignés, soit au
sein d’un département de
sociologie propre à une unité de
formation et de recherche (UFR),
soit au sein d’un institut
; plus rarement d’une
école.
Quelle que soit la composante
universitaire proposant l’accès
à la connaissance sociologique,
il me semble que sa
programmation, avalisée par
certains organes de la
gouvernance universitaire,
ait pour souci de répondre à la
demande sociale telle que peut
la définir Robert Castel :
« [telle] la demande que la
société, c’est-à-dire les sujets
sociaux différemment configurés
dans l’espace social, adressent
à la sociologie (…) ». Et Robert
Castel de préciser que « c’est
le travail des sociologues de
tenter d’y répondre ». La
crédibilité sociologique des
réponses étant validée par
l’université qui seule délivre
le diplôme. Ou plus justement,
les diplômes : ce diplôme
européen, le master
professionnel
sociologique, anciennement DESS,
ce précédent titre français de
la sociologie appliquée ; le
master recherche préparant à une
longue exploration sociologique,
cette carte d’invitation au
doctorat, autrefois connu sous
le nom de DEA.
Lancé dans l’université
à la fin de l’année 2000, j’ai
progressivement intériorisé ces
possibles sociologiques où
l’étudiant en sociologie,
diplômé d’un master à finalité
professionnelle, pouvait être un
expert, cet examinateur sachant
scruter quantitativement et
qualitativement le réel,
proposant ses services sur la
base de besoins sociaux
exprimés. Ou chercheur, celui
qui doué d’une acuité critique,
pourvu d’un master à finalité
recherche, répondait à une
interrogation sociale
collectivement partagée.
Acceptant la demande sociale
sans la remettre en doute, le
premier se faisait rentable, se
ployait à l’instrumentalisation
de son savoir. A l’inverse, le
chercheur, dépouillant la
demande sociale de ses omissions
et malentendus, proposait un
retour à une question de départ
qu’il s’était en premier lieu
appropriée. Interlocuteur
privilégié face à l’inconnu,
celui-ci résolvait un
« problème » spontanément posé
en des termes informes et qu’il
s’était évertué à remodeler. Il
guidait l’agir du commanditaire
par sa résolution de la question
sociale. A la différence de
l’expert, écarté de la
délibération, que l’on consulte
strictement sur ce que l’on
savait ne pas pouvoir maîtriser.
Tel était en 2003 et
2004 ma représentation des
métiers de la sociologie
s’indexant d’une part sur ces
garants formels, les diplômes
aux intitulés différents,
délivrés par l’université ;
d’autre part sur ma
« proximité » avec les
enseignants-chercheurs donnant
chair à ces conceptions de la
sociologie. Etais-je pour autant
clairvoyant ? Mes
représentations des applications
de la sociologie étaient-elles
typiques de ce que la sociologie
est ? Caractéristiques de ce que
la sociologie fut ?
…et ses prémices
A la
préhistoire de la sociologie, il
y eut un intérêt intellectuel
passionné pour la société mû par
« le thème de l’ordre, plus
précisément de
l’ordonnancement ».
D’après Jean-Michel Berthelot,
jusqu’au 18ème
siècle,
« la pensée politique oscillait
entre la recherche sur le
fondement, divin ou naturel, de
cet ordre, et la réflexion sur
d’autres ordres possibles. Le
social était soit chose divine,
au même titre que la nature dont
il achevait le plan, soit
création humaine, selon les
termes d’un contrat originel.
Dans les deux cas, il n’avait
aucune consistance, aucune
densité propre».
Le
siècle des Lumières
appuya la seconde
alternative : le social
ressortit davantage du contrat.
Cette théorie contractuelle
solutionnait le problème
de l’allégeance humaine à la
société par le droit. Comment
l’expliquer ? Savoir vivre en
société impliquait que l’on
abandonne les principes égoïstes
de ses actes pour s’en remettre
définitivement à la loi : ce
règlement supérieur accordant
les êtres, normalisant les
écarts. Autonomie et sérénité
individuelle fondaient le
respect. En d’autres termes, se
soumettre à la société
signifiait faire montre
d’abnégation en appelant à la
volonté générale de vivre
ensemble ; un appel audible à
condition que la constitution
espérée du social ait été
l’objet d’un accord
synallagmatique.
La loi symbolise ce
contrat, elle veille au respect
de ses termes en protégeant la
volonté de faire
contractuellement société, par
les sanctions encourues en cas
de transgression.
A cette étape de
l’histoire humaine où le social
procédait d’un pacte, autrement
dit d’une création, l’homme
s’opposait à la conception d’un
droit divin
; également à
l’absolutisme, en affermissant
le libéralisme politique.
Ce 18ème
siècle européen va, pour
ce qui est de son épistémè,
faire valoir avec Emmanuel Kant
l’autonomie de la volonté,
mue par la raison pure qui d’une
part est inaliénable à cette
souveraineté de soi ; de l’autre
au dessein moral qu’elle
ambitionne. Il va promouvoir
avec Isaac Newton
(1642-1727) l’empirisme
contre la métaphysique ;
il va avec Jean le Rond
d’Alembert (1717-1783), Denis
Diderot (1712-1784) valoriser le
progrès social et moral de
l’Homme ; faire émerger la
figure de l’intellectuel engagé
avec François-Marie Arouet dit
Voltaire (1694-1778). Toutes ces
connaissances et attitudes
présidèrent au discrédit des
divisions sociales de l’Ancien
Régime, de cette injonction à
être évalué relativement à son
rang, dans une distribution
verticale des places.
Matériellement,
pour ce qui est de la
transformation de l’économie
politique jusqu’alors pilotée
par l’absolutisme monarchique,
la bourgeoisie, dont le pouvoir
s’est accru depuis
approximativement la seconde
moitié du 17ème,
jouera un rôle clef. Un rôle
facilité par la marche naissante
de l’industrialisation dès la
fin du 18ème
siècle : cette classe
ambitieuse sut mieux l’investir
que la noblesse rivale.
D’après Jean-Michel
Berthelot,
« les transformations profondes
dans les rapports sociaux et les
modes de vie qu’entraîne le
développement du capitalisme
industriel obligent les pouvoirs
publics, les administrations,
les collectivités locales, les
associations de soutien et
d’entraide à changer
radicalement leur approche des
problèmes et à recourir de plus
en plus systématiquement au
recensement et à l’enquête. De
façon balbutiante se mettent
progressivement en place les
procédures et les techniques
d’un vaste appareil
d’observation des phénomènes
sociaux et économiques, qui ne
cessera dès lors de se
perfectionner : les recensements
statistiques et les enquêtes
sociales apporteront, tout au
long du siècle, une moisson de
faits, d’interrogations, de
techniques dont la sociologie
académique peu à peu apprendra à
se nourrir ».
Nous
pensons à l’enquête de Frédéric
Le Play (1806-1882)
Ouvriers européens.
Études sur les travaux, la vie
domestique et la condition
morale des populations ouvrières
de l’Europe (1855) du
réformateur, au
Tableau de l'état
physique et moral des ouvriers
employés dans les manufactures
de coton, de laine et de soie
dépeint par René Louis Villermé
(1782-1863) ; à la « statistique
morale » dont le savant Adolphe
Quételet (1796-1874) était une
figure de proue.
Cependant la vision de
Jean-Michel Berthelot relative à
l’enquête sociale du 19ème
siècle est lisse. Louis
Chevalier y ajoute quelques
aspérités quand il évoque le
regard bourgeois posé sur le
prolétariat ; une vision
inquiète emplie de mépris.
L’industrialisation et
l’urbanisation ayant enfanté des
« maux » jusqu’alors
« contenus » – conceptions hors
mariage, alcoolisme,
criminalité, insalubrité, etc.
–le prolétariat était moins
perçu comme classe laborieuse
que dangereuse.
Ces « déviances » horrifièrent
la bourgeoisie qui, de
connivence philosophique avec
l’ « utilitarisme »,
aussi travaillée par cette idée
du social héritée du 18ème
siècle, examinant tout
objet au tribunal de la raison,
ne pouvait qu’étudier ces
« vices » afin de mieux les
juguler. Ainsi les enquêtes
sociales du 19ème
siècle ne
fusionnaient-elles pas mésestime
bourgeoise à l’égard du monde
ouvrier et critique, cette
nouvelle faculté de l’âme,
sachant produire des jugements
de valeur sur la base de
partages sociaux opérés ?
Si le 18ème
siècle fit du social un
« objet » philosophico-politique
bon à penser, à révolutionner,
le 19ème
siècle en fit davantage
un terrain « chaotique »
d’étude. Quant au 20ème
siècle, il constitua le
social en une science. Cette
élaboration scientifique du
« social » nécessitait d’une
part que la définition
scientifique de l’objet fasse
consensus ; de l’autre que la
discipline scientifiquement
définie s’institutionnalise,
s’établisse officiellement.
L’organiciste René Worms
(1869-1929) fut le premier à
œuvrer en ce sens. Econduit par
l’école durkheimienne, son
projet intellectuel fut laissé à
l’abandon. On lui préférait
cette définition du social
d’Emile Durkheim qui dans Les
règles de la méthode
sociologique
(1895), les présentait
comme relevant de « manières
d’agir, de penser et de sentir,
extérieurs à l’individu, […]
doués d’un pouvoir de coercition
en vertu duquel ils s’imposent à
lui ».
« Ce texte [Les règles de la
méthode sociologique] n’aurait
sans doute pas eu ce rôle
fondateur si, simultanément,
Durkheim n’avait pas développé
son entreprise dans deux
directions : scientifique, d’une
part, en apportant la preuve sur
des phénomènes donnés – le
suicide, l’évolution du système
scolaire français, le totémisme
australien – de la solidité et
de la fécondité du programme de
recherche qu’il inaugurait ;
institutionnelle, de l’autre, en
rassemblant autour d’un projet
commun, l’Année sociologique,
toute une génération de jeunes
universitaires, et en menant un
combat acharné et permanent, y
compris dans les attributions de
postes académiques, pour la
reconnaissance de la nouvelle
discipline ».
Savoir ce
qu’on recherche, susciter
l’adhésion intellectuelle,
travailler avec ceux convaincus
pour produire des résultats
s’actualisant dans une revue,
l’Année sociologique, furent les
premières armes de
l’institutionnalisation de la
science sociale en France ;
appelée depuis 1847
« sociologie » – une
dénomination inventée par
Auguste Comte (1798-1857) dont
l’emploi se généralisera. Mais
cette avancée, seule, ne pouvait
combler. Encore fallait-il
intégrer la sociologie à
l’université pour en consacrer
la discipline. A ce sujet Claude
Dubar dit que « c’est en 1920
qu’est créé le « certificat de
morale et sociologie » qui
restera pendant près de quarante
ans la seule attestation (un
quart de la licence de
philosophie) universitaire ».
Certes existait à l’époque
l’Institut français de
sociologie ; créé en
1924, dissout en 1962.
Mais il est à noter que cet
institut rassemblait des « chercheurs
« sociologisant » de tout
horizon disciplinaire »
en une association
sélective, hostile à l’identité
de la sociologie.
Comprenons qu’avant 1939, « l’enseignement
de la sociologie reste encastré
dans celui de la philosophie et
pourvu d’une image passablement
floue ».
Après la Seconde guerre
mondiale,
« l’appel aux recherches
sociologiques (…) devient un
instrument de fonctionnement des
Etats modernes et, plus encore,
des administrations et des
grandes organisations. La
période d’expansion de
l’après-guerre se marquera, dans
les pays occidentaux, par un
développement sans précédent des
études commanditées, frayant la
voie à la définition de nouveaux
profils professionnels : plutôt
que de faire appel
ponctuellement à des équipes
diverses, certaines grandes
administrations ou certains
bureaux d’études préféreront se
doter de sociologues permanents,
inaugurant la profession de
sociologue non universitaire ».
Parallèlement à la
« professionnalisation »
de la sociologie, la
discipline gagne en 1946, le
Centre national de recherches
scientifiques
(CNRS), créé en
1939, par son Centre d’études
sociologiques (CES) ; elle gagne
l’université en 1958 grâce à
Raymond Aron, par la création de
la licence de sociologie.
Il faudra attendre 1962 pour que
soit créé un troisième cycle
universitaire en sociologie,
1970 pour que les sciences
économiques et sociales (SES)
entrent au lycée ;
1972 pour que les SES intègrent
les écoles normales supérieures,
1976 pour que les SES donnent
lieu au CAPES et à l’agrégation.
Si la seconde moitié du 20ème
siècle fut l’époque où la
sociologie intégra
l’enseignement secondaire,
l’enseignement et la recherche
universitaire, cette intégration
ne s’est cependant faite sans
luttes intestines. La
controverse à propos de la
discipline perdure…
« La Société française [de
sociologie ayant succédé à
l’Institut français de
sociologie], avec le soutien de
Pierre Massé, commissaire au
Plan, et de Claude Gruson,
administrateur de l’INSEE »
avait programmé les
« Journées d’octobre
1965 »,
des
journées d’études ayant fait
l’objet d’une publication
« Tendances et volontés
de la société française »
que Claude Dubar commente en ces
termes : « les
communications
trop « critiques » n’ont pas été
publiées sans que les
justifications données
paraissent convaincantes. Les
sociologues « critiques »
interprètent cette « censure »
comme un coup de force
idéologique destiné à faire
prévaloir une conception
« experte » et « bien pensante »
de la recherche sociologique.
Certains quittent la Société en
dénonçant le parti pris des
organisateurs en faveur d’une
sociologie « conseillère du
Prince » prête à toutes les
compromissions avec le Pouvoir.
(…) Les événements de mai 1968
vont révéler et amplifier la
coupure précédente entre les
sociologues-militants et les
sociologues-experts. L’image de
la sociologie comme « discipline
agitée et agitatrice »
[…] date de cette époque
qui semble sceller l’absence de
consensus sur le sens même de la
formation et ses curricula ».
Quel était ce « critique »
d’antan ? Faisait-il la synthèse
entre la raison du 18ème
siècle, cette raison en
tant qu’elle est à la fois
discernement et improbation liée
selon Arnaud Fossier et Anthony
Manicki à « la formation du
sujet moderne et [à]
l’émancipation à l’égard des
autorités
»
et la
raison du 19ème
siècle générée par
l’inquiétante « question
sociale » ? Quant aux experts,
ces analystes conformistes du 20ème
siècle, descendaient-ils
des orthodoxes enquêteurs
sociaux qui les précédaient ?
Je n’ai pas appris la
sociologie de l’expert lié à une
morale du bien, ni celle du
militant doué d’une éthique plus
relativiste. La critique se
profilant lors de mon cursus
avait trait à la rationalité
scientifique.
Mon apprentissage de la
sociologie s’approchait
ainsi de ce que
Jean-Marie Brohm pointait comme
étant d’actualité en sociologie,
une « sociologie de la
critique » c’est-à-dire une
« critique rationnelle des
théories sociologiques ».
Quant à l’expert présenté dans
ce cadre, c’était un analyste
tout terrain d’enquête, aussi
bien adroit dans les
collectivités territoriales et
administrations d’Etat, que dans
les sociétés de services. Nulle
raison pour cet examinateur
« omnibus » de discriminer les
commandes, la nature juridique
du commanditaire, ni de juger de
la finalité de la demande
sociale émanant d’entités de
droits public et privé.
Mon idée du réalisme
sociologique ne correspondait
pas à celui des années 1970.
Militantisme critique et
expertise « constructive »
reflétaient les oppositions des
analyses sociologiques sur les
effets des Trente Glorieuses à
propos des inégalités sociales.
L’augmentation de la production
des biens et des services
d’après-guerre allait-elle
gommer les disparités sociales ?
La réponse méfiante, critique
était en substance pessimiste,
voire hostile et subversive ; la
réponse plus tôt plébiscitée
par Georges Friedmann,
Edgar Morin et Jean-René
Tréanton,
impulsée par « les problèmes
économiques et sociaux du 20ème
siècle » et s’orientant
vers « l’action pratique »,
bien plus optimiste. S’opposant
à la révolte et la révolution
des premiers, ces derniers
préféraient la réforme à la
radicalité, afin d’instiller le
changement.
Les années 1970, via la
dépression économique naissante
en 1973, donnèrent pour un temps
avantage à la critique : la «
perte de confiance généralisée
dans le progrès économique et
social »
justifiait le discrédit.
Les années 1970 auraient
également annoncées, via
« l’esprit de 1968 », les
difficultés d’ordre rationnel de
la critique. Selon Jean-Marie
Brohm, la remise en cause
institutionnelle – « de
l’entreprise à l’école en
passant par l’armée, la famille,
les Eglises, la médecine, la
psychiatrie, la télévision, la
culture, le sport, etc. »
rendit inadéquate les
clefs théoriques de lecture
critique. « Structures et
fonctions, acteurs et systèmes,
mouvements sociaux et
représentations collectives,
champs et habitus, organisations
et appareils ont été
bouleversés, contestés,
subvertis par l’ébranlement des
principales institutions
sociales ».
La perte d’adhérence critique
aurait permis à cet analyste
politiquement muet, le
chercheur, épistémologiquement
bavard, d’apparaître. S’étant
chargé des apories de la
synthèse holiste, il ajusterait
la focale sociologique à la
nouvelle individuation se
profilant à l’horizon de 68 pour
valoriser l’acteur. Car la
fronde contre les grands récits
institutionnels, ces guides
identitaires, annonçait la
réinvention de repères sociaux.
D’où cet individu qui, se
saisissant des représentations
collectives, à la quête de son
identité, prendrait une part
encore plus active dans la
production historique de soi :
l’acteur.
Toutefois était-il
sociologiquement juste de tirer
cette opération cognitive
singulière des seuls
effondrements institutionnels de
mai 68 ? Cette conception de
l’individu moderne le présentant
tel un être déductif justifiant
son action par sa capacité à se
jouer rationnellement des
symboles et des
« établissements », est une
vision courte. Norbert Elias
rapporte les conditions
de cette faculté au faisceau
historique qui suit :
complication grandissante de la
chaîne sociale du travail,
réorganisation de la société en
Etat et confiscation étatique de
la violence militaire et
policière.
Cette organisation
sociétale singulière prolongeant
l’Ancien Régime, par l’avènement
de l’Etat moderne, la brutalité
que celui-ci monopolisait et la
division sociale amorcée sans
fin du travail, elle révéla à
l’homme d’autres horizons
d’attente. L’avenir commença à
s’envisager à cette étape
socio-historique bourgeoise, où
les craintes pour sa vie
allaient s’amenuisant. Dès lors
vaincue la tripartition féodale
empêchant toute
mobilité, les aspirations
naquirent graduellement : la
représentation de soi dans un
milieu espéré qu’il s’agissait
d’atteindre, était imaginable.
Le travail permettait la
réalisation de cet idéal. Mais
la force de travail étant
canalisée par son emploi social,
encore fallait-il trouver une
mission fonctionnelle au cœur de
la division sociale du travail
si l’on souhaitait se
transcender.
Cette
réorganisation fit de l’homme
moderne un sujet en puissance
(passive), celui qui,
connaissant l’ouverture du champ
des possibles, pouvait rendre
raison de ses actions.
La raison, forme
singulière de conscience, a
partie liée selon Norbert Elias
à ces trois couches
fonctionnelle de la structure
psychique : le ça, le moi et le
surmoi. Fondée sur des rapports
réciproques et nécessaires entre
des individus toujours plus
nombreux au cœur d’une
spécialisation croissante des
tâches, il eût été impossible de
policer par la force cette
chaîne interminable de la
division sociale du travail.
La différenciation de la
division sociale du travail
s’amplifiant à la suite de
l’Ancien Régime, elle exigeait
que chacun veille à ne pas
dévier de sa mission
fonctionnelle, en usant de
raison, cette faculté permettant
de connaître les états
psychiques autorisés ; les états
proscrits mus par des impulsions
instinctuelles, sachant
détourner tout individu de sa
concentration. En
agissant comme il
se doit ; en réprimant, le cas
échéant, ses pulsions. D’où la
pression résultant de la
complexification du réseau
fonctionnel, sur la liberté
pulsionnelle, et plus
généralement sur l’économie
émotionnelle. Le façonnement
social de ces strates de
l’appareil psychique, le moi et
le surmoi nous livre la
sociogénèse de la contrainte
intériorisée.
« La
crise mondiale de 1968 – avec
ses effets à l’Ouest comme à
l’Est – a secoué la sociologie
bien plus que ne veulent le
concéder les ténors de la
discipline ». Faut-il en
convenir avec Jean-Marie Brohm ?
Certes ladite crise a
imposé l’acteur comme « objet »
sociologique aux yeux des
sociologues de la critique.
Cependant faut-il
conclure que la décade accoucha
de l’acteur ?
Il me semble que les
revendications politiques
portées par le vent des années
1970, furent possibles dans la
mesure où elles étaient l’obligé
de la raison, forme particulière
de conscience historiquement
déterminée. Ne
faudrait-il pas interpréter la
période postérieure aux
événements de Mai comme ceux
révélant la difficulté de normes
surannées à contenir une raison
grandissante ? Comme l’indice
historique de règles inadaptées
à des comportements humains où
prévaut la faculté pensante ?
Le fléchissement
institutionnel et normatif de la
décade 70 n’a pas enfanté cette
aptitude à combiner des
jugements de fait et de valeur.
Gratifié de raison, l’individu
moderne, ayant intériorisé lors
des années 1970 ces règles
allégées et la dépréciation des
institutions, fut acculé à se
responsabiliser.
Autrement dit à
user de plus de raison encore :
la capacité évaluative
individuelle, subjective, devant
combler les trous
institutionnels et normatifs, se
substituer aux cadres sociaux,
objectifs, jusqu’alors
indiscutés.
« L’organisation
de la société en Etat, la
monopolisation et la
centralisation des contributions
et de l’emploi de la force »
pour reprendre Norbert Elias,
ainsi que la complication de la
division sociale du travail et
ses conséquences civilisatrices
ou « résonnances » psychiques,
sont certes des états
structurants ; néanmoins ce sont
des états que toute volonté
politique forte peut infléchir.
Cette sociologie fut par le
passé, bien plus qu’aujourd’hui,
l’objet de luttes idéologiques
ayant tourné à l’avantage des
libéraux. Le libéralisme est
aujourd’hui cette idéologie qui,
instruisant le cours de la
division sociale du travail et
l’Etat, contraint nécessairement
les états de consciences, la
raison.
En faisant de cette
dernière un mode dépolitisé de
la conscience, il me semble que
l’actuelle sociologie de
l’acteur, par ailleurs
sociologie de la critique,
aujourd’hui dominante en
sociologie, néglige
l’orientation libérale des
aptitudes individuelles à
connaître, juger et agir. Elle
entretient bon gré mal gré,
« positive » ce qui lui échappe
analytiquement : les effets
politiques du libéralisme sur
les consciences. Tout comme
l’expert qui, aidant celui qui
cherche à rester maître de son
entreprise, « positive » la
direction de
celui-là.
Par ailleurs, posant la
neutralité axiologique comme
condition d’une plus fine
connaissance, la sociologie de
la critique accuse – et c’est un
comble – la critique
sociologique de partialité
politique, ainsi que de
décadence intellectuelle, alors
qu’elle-même n’est pas dénuée
d’effets sur l’actuel cours
politique.
Bien que ma trajectoire
à l’université ait été faite à
ce moment disciplinaire où les
sociologues « positivaient » la
société, mon itinéraire n’était
que balistique et produit
historique. Toute marche
s’éprouve en son temps.
L’épreuve
Primitive prise de
contact avec certaines figures,
premières paroles capturées,
premier malaise. « Bienvenue sur
le parking du chômage ! ». Et
l’impudent ethnologue à
l’origine de cet accueil, écueil
mémorable, en cours magistral,
devant un parterre d’environ
trois cents étudiants en
première année d’enchérir au vu
et au su de tous : « considérez
votre carte d’étudiant comme
celle d’un chômeur. De toute
façon, moins de 10 % d’entre
vous arriveront en doctorat ! ».
Autre époque, autre
université, autre formation,
professionnelle cette fois-ci et
à thématique culturelle ;
dernier malaise. Alors que ses
concepteurs nous mettaient en
demeure d’écrire un mémoire
traitant du stage de formation
selon un cadrage
« scientifique » d’écriture, un
enseignant-chercheur,
vraisemblablement en froid avec
les instigateurs de la formation
culturelle mais participant tout
de même à notre instruction, dit
qu’il était vain de produire un
mémoire scientifiquement
contraint ; alléguant
l’inutilité de ce type de
connaissance pour les acteurs de
la culture. Et ce sociologue
d’ajouter qu’il faut nous
accorder, par gain de temps et
d’investissement intellectuel
plus sûr, avec nos directeurs –
de mémoire et de stage – dans la
rédaction d’une
pseudo-reconstitution de
l’apprentissage. Autrement dit
se contenter d’une langue de
bois.
En dehors de ces deux
bornes mnémoniques, que me
reste-t-il ? En bouche, une
saveur amère, voire acide. La
conception digestive d’un
enseignement atomisé en
amphithéâtre et autres « TD ».
Après le gavage intensif sur
cinq années, il implique, en
temps de restitution, la
régurgitation de la connaissance
avalée. D’où cette sapidité. Et
côté moteur, je ne sais
intellectuellement marcher
« seul » que depuis peu ; mon
sujet de
thèse ayant été
nouvellement immatriculé. Que
d’aléas avant l’enregistrement.
D’abord ma première soutenance
de mémoire, ayant
particulièrement manqué de me
faucher. En effet la
délibération de cette
juridiction inaugurale, après
trois années passées dans la
seule verticalité du rapport
didactique entretenu avec
l’enseignant-chercheur, m’a
décontenancé. N’étant pas assez
théorique, il me fut
vivement conseillé de pratiquer
la marche sociologique sur
d’autres sentiers moins
escarpés, disons plus
professionnels.
Car « la théorie, c’est
la vérité ! » pour relayer cette
affirmation qui emplit encore
aujourd’hui mes pensées, clamée
par un spécialiste du rapport
réticulaire au social dans son
cours
d’épistémologie-méthodologie.
« Le masque et la
plume » ?
« (…) Pour être efficace
– pour obtenir le statut de
théorie générale – une théorie
tend à ne proposer qu’une seule
mise en scène du réel pour
engendrer le sentiment chez le
lecteur qu’il est en face du
réel : l’effet de réel n’est pas
propre au romancier, il est
observable en sociologie dès que
l’auteur fait tout pour faire
oublier que des dimensions du
social ne sont guère
perceptibles par son point de
vue. Elle contribue aussi, à sa
manière, à simplifier le réel en
éliminant ce qu’elle considère
comme secondaire (…) ».
Et François de Singly,
auparavant dans le texte,
de préciser que si toute
simplification d’un réel
sociologiquement construit est
en soi légitime,
« l’abus de confiance commence
[cependant] quand, par effet
d’écriture, le lecteur est
incité à croire que la démarche
scientifique se confond avec la
démarche exposée ».
Mon
mémoire inaugural, ne montant
pas en généralité, était
effectivement plus
impressionniste, local, que
théorique et d’envergure
sociétale.
Néanmoins faire de
l’argument théorique l’ultime
critère dénotant la capacité
d’une connaissance à embrasser
le réel, faire de la théorie un
jugement de fait à convoquer
pour trier dans la connaissance
le bon grain de l’ivraie, tirer
argument de ce dernier pour
apprécier ou déprécier les
candidats, est abusif.
Il consiste à
croire et à faire croire que,
pour ce qui est du domaine
sociologique, la théorie, la
theoria
en grec,
c’est-à-dire la
« contemplation » organisant le
social
est le plus sûr moyen
d’épuiser le réel, d’acheminer
ce dernier à la vérité.
Or la théorie
sociologique est un raccourci de
l’expérience humaine ou la
sélection d’une donnée jugée
fondamentale de l’expérience
sociale que le sociologue
échafaude en un ensemble
systématisé. Dès lors, comment
la théorie employée par le
sociologue peut-elle constituer
une source irréfutable et
universelle de vérité ? Ce
sociologue qui, pour reprendre
François de Singly filant la
métaphore, est le « spécialiste
des masques ».
Celui-là même qui masque des
perspectives au sein desquelles
s’inscrit pourtant son « objet »
mais que sa théorie ne saurait
saisir et faire valoir.
En effet si la
sociologie privilégie l’analyse
systémique, elle minimisera
l’action sociale ; et
réciproquement. Si la sociologie
avantage l’intégration sociale,
elle dédramatisera le conflit ;
et réciproquement.
Contrairement à François de
Singly, je ne pense pas que la
méprise soit générée par la
plume d’un sociologue
malhonnête. Ce qui concourt à
prendre la partie pour le tout,
à confondre la théorie
singulière avec l’entièreté de
la sociologie, c’est la
partialité analytique ; ce
« totalitarisme » d’une théorie
partiale rendant inimaginable
l’antithèse.
Demander que je quitte
la recherche, faute de théorie
suffisante à l’occasion d’un
premier essai, était immérité.
La théorie sociologique n’étant
qu’insuffisance, paradoxalement
boursouflée. Arguer de ce qu’on
ne fait finalement pas soi-même
– la production d’une
connaissance théoriquement
pleine et typique, sachant
simultanément intégrer
l’embrasement et l’adaptation,
l’agir et la société – pour
justifier l’expulsion de la
trajectoire universitaire, est
malhonnête. La sociologie
serait-elle en proie à
l’improbité intellectuelle ?
La désillusion
De mon épreuve
universitaire, je retiens cette
mise en garde formulée à peine
le cursus démarré d’un avenir
incertain proféré par ce
prêcheur se délectant d’un
cynisme mal placé. Ce maître de
conférence mû par la futurologie
prédisait notre incapacité,
d’une part à gagner un troisième
cycle universitaire ; d’autre
part, si tant est que nous
étions ultérieurement doués de
compétences sociologiques et
consacrés sociologues, à trouver
un emploi dans ce domaine.
Nous responsabiliser
face à l’avenir était chose
louable. Suggérer la
responsabilité de notre défaite
si nous nous entêtions ne
l’était en aucun cas. Notre
embarras n’était-il pas
imputable aux personnels de la
discipline sociologique ? Ces
derniers ne peinaient-ils à
maintenir le bien-fondé de la
sociologie au sein de la société
à cette « heure » européenne et
mondiale ?
Jan Spurk affirme que « sa
raison d’être [y] est de plus en
plus mise en question parce que
la spécificité de son discours
s’efface par rapport aux
discours de journalistes, de
politiciens ou d’experts » –
cette veine des discours
résolument instrumentaux. Nous
inspirant de Danilo Martuccelli,
nous pourrions synthétiquement
dire que ces trois discours
seraient des instruments en tant
qu’ils sont des « leviers de
rationalisation » destinés à
« la capacité de maîtrise du
monde social ». Et Jan Spurk
de préciser, pour ce qui est des
experts instruits de sociologie,
que « […]
le contrôle et
l’action de pouvoir sont les
éléments clés de l’expertise, ce
que l’on oublie souvent dans les
discours sociologiques et ce que
Adorno souligne dans Minima
moralia. De cette façon,
l’expertise sociologique trouve
sa place au sein du « monde
administré » (Adorno) »
Accaparé par le marché
de la prospective, de la
maîtrise temporelle et du
contrôle social s’étant
consolidé sur cinquante années
de « professionnalisation » de
la sociologie, le chercheur
« positivant » la société
« s’invente » un peu plus chaque
jour expert, offrant un savoir
manipulable à une demande
sociale en quête de pouvoir.
La technocratisation
grandissante du savoir
sociologique, la pente vers son
exploitation à des fins
décisionnelles et autoritaires
est un constat qui s’impose sans
que je puisse pour autant
pleinement me l’expliquer. Et
qui ne cesse de poser des
problèmes. L’éventuel triomphe
de ce marché, où des sociologues
quasi interchangeables luttant
pour se faire les interlocuteurs
privilégiés auprès de structures
de pilotage, ne risque-t-il pas
d’une part de fomenter les
mésintelligences entre
sociologues ? D’autre part de
faire disparaître la
recherche « positive »?
Effectivement dans ce
contexte, je n’ai que très peu
de chances de trouver un emploi
en qualité de sociologue, dans
cette course expansive à la
lutte des places; qui plus est
entre sociologues
instrumentalisant et autres
métiers du même acabit
instrumental. La faute revient
aux aînés n’ayant pas su
résister à cette assimilation
graduée de la sociologie par la
société. Que dire de
l’université, a priori
universelle, totalisante,
ployant sous ce singulier
« technicisme gouvernemental »
qui souffle…
Depuis les années
1980 des rameaux (trans-)
disciplinaires appliqués,
« professionnels » s’y sont
progressivement institués afin
d’être enseignés.
Quant à notre incapacité
pointée, à nous étudiants,
d’être d’un niveau intellectuel
suffisant pour parfaire et
honorer le cursus, envisageons
des causes. Cet outrecuidant
universitaire subissait, tout
comme nous en étions
l’expression, la politique de la
massification de l’école des
socialistes. M’appuyant sur
Claude Dubar, rappelons cette «
« prédiction autocréatrice »
formulée par le ministre
Chevènement en 1984 : « 80%
d’une classe d’âge doit arriver
au niveau du baccalauréat en
l’an 2000 »
« Ce volontarisme
politique qui n’est pas très
loin de s’être réalisé eut des
conséquences encore plus
redoutables sur les études de
sociologie. Une part croissante
de l’enseignement secondaire,
général et technique (et même
parfois professionnel après
l’instauration du bac pro), qui
ne purent pas entrer dans les
formations « courtes » (IUT
principalement) devenues de plus
en plus sélectives, se
retrouvèrent, sans l’avoir
voulu, dans les secteurs réputés
les moins exigeants de DEUG, en
particulier en sociologie […].
Les cursus de sociologie durent
partout accueillir une masse
d’étudiants que rien ne
préparait à « devenir
sociologue ». D’ailleurs, ils ne
le deviennent généralement pas
[…] »
Cette politique de
massification n’a donc pas eu
seulement pour effet d’accélérer
la professionnalisation des
disciplines universitaires à
dater des années 1980. Elle a
aussi participé au fourvoiement
contraint d’étudiants au sein
desdites disciplines. Mais
responsabiliser les étudiants
ayant fait un choix sociologique
à défaut de leur premier souhait,
de surcroît surligner leur
faible niveau, qui n’est in
fine
qu’une adaptation subie
de l’intelligence, revenait à
charger plus que l’on ne peut
charrier… Cet abus, gratuit, m’a
révélé l’enseignant-chercheur en
science humaine comme pouvant
être inconséquent :
l’exclusivité de sa « sympathie
compréhensive » n’allait-elle
qu’à l’ « acteur », cet
« individu objet »
agissant avec raison ? Il faut
croire que « leurs » étudiants
« déraisonnables » bénéficiaient
d’une générosité bien moindre.
La sociologie ayant une
pente à l’expertise, je décidais
de suivre, désillusionné, le
courant après l’accomplissement
non sans heurts d’un master
recherche, en gagnant un master
professionnel officiellement
pourvoyeur d’experts, producteur
de connaissance composite. Ainsi
suis-je parti ailleurs, me
former à l’expertise –
culturelle.
La réflexion retrouvée
Sans nul doute, ma
future expertise sera la caution
intellectuelle des attentes et
besoins culturels se
rationalisant. Mais chose hors
pair, ma certitude fut chahutée.
Car le projet de la formation,
pour ce qui est de
« l’estimation culturelle »,
consistait premièrement, à
nantir l’expert de réflexes
ethnographiques afin qu’il
puisse transcrire son expérience
en une fidèle monographie.
Deuxièmement, à réorganiser le
récit de l’expérience en
fonction d’un critérium de
fondamentaux : espaces, temps,
collectifs et interrelations,
symboles. Troisièmement, à
replacer la temporalité de
l’expertise dans une durée
extrinsèque à l’expérience, dans
une chaîne causale temporelle
indépendante afin que
l’expertise face historiquement
sens. Quatrièmement, il
s’agissait de faire émerger la
(les) particularité(s) de
l’activité travailleuse en
jouant sur une restitution
cinématique de l’expérience,
pour en saisir la dynamique et
en déterminer les logiques
sociales mobilisées.
Cinquièmement, il s’agissait de
répondre à la demande de notre
hôte – demande métrique
d’audience de l’activité,
connaissance des publics, étude
de prospective et proposition de
mesures adaptées aux prévisions,
etc. Sixièmement, il nous
fallait également établir les
enjeux sous-jacents à la
demande, pour le reste en
induire les intérêts et
l’idéologie des acteurs de la
culture.
Nous avions là les
réquisits d’une expertise
réflexive.
L’enseignant-chercheur ayant
tenu auparavant ce propos
inconsidéré, la vacuité de notre
examen, s’était vautré dans
l’erreur : le programme de la
formation qu’il dépréciait à
tort, était de réarmer la
considération, l’observation
sociologique appliquée d’une
« distance » ; ou de distancer
davantage le rapport de l’expert
à son « objet » tout en
distançant encore le rapport du
but examiné à celui qui,
sollicitant les services de
l’analyste, le vise.
Autrement dit, il
s’agissait par le profit que
tire l’expertisé de l’analyse de
l’expert, de garder une
autonomie de pensée. Les besoins
d’optimisation d’organisations
humaines ne faisaient pas céder
à l’analyste, et par extension à
la sociologie qu’il incarne, sa
curiosité intellectuelle et son
sens de l’analyse. Certes, il
répondait à l’exigence sociale
par son exposé de l’état des
lieux du travail culturel, du
problème « naturellement »
rencontré par le commanditaire,
ainsi que par sa description des
possibles s’offrant à ce dernier
pour le solutionner.
Mais par le détour
socio-historique de ce besoin
exprimé, l’expert faisait tomber
le masque du travailleur
culturel, manifestement
généreux, en dévoilant son
calcul subreptice, ses mobiles
intéressés.
En outre, il conviait
l’expertisé à réfléchir son
activité par rapport à un
domaine social de réalité plus
vaste – à relativiser ses
entreprises – en donnant sens à
son univers, en touchant à sa
raison.
C’est cette relativité, cette
réflexion, qui potentiellement
ébranle les certitudes, appelle
à l’humilité.
Mais je ne suis dupe.
L’exposé de ces filiation et
rapport, cet appel au
flottement, autrement dit le
tour d’une expertise
réflexive ne se
ferait sans les animosités et
les réactions de l’expertisé.
Sans résistances. Et cette
tournure, sachant irriter le
commanditaire, de disparaître
des mémoires de l’expertise.
Encore que de connivence avec
cette formation exceptionnelle
faisant de la résistance à
l’instrumentalisation de la
connaissance, il m’était
désormais inimaginable de ne pas
faire cas dans ma réflexion
ultérieure. Que faire ? Rester
pour m’user dans la bataille ?
Perdre ? Ou partir afin de
concrétiser, ne serait-ce qu’une
fois, ce qui me porte ?
Demi-tour : je faisais derechef
face à la recherche sociologique
en butte à l’expertise, pour
tenter de m’y frayer une place
sans que je dusse m’aliéner
l’esprit. Il fallait demander
quelques « faveurs » aux
personnels de la sociologie afin
que je puisse regagner le
parcours pour faire une thèse,
produire une connaissance
analytique et réflexive à partir
d’une question d’inspiration
personnelle, alors que la mode
sociologique était à répondre à
des questions intéressées,
institutionnellement relayées
qui préfiguraient les réponses ;
cela m’exposait à probablement
ne pas seoir au « milieu ».
Malgré cela, mon entêtement a
« payé ». J’ai trouvé place.
Bilan
Les pères
institutionnels ne doivent pas
être mis au rebut. S’il me fut
permis d’étudier la sociologie,
c’est pour partie grâce à ces
chercheurs s’étant décidés à
institutionnaliser la discipline
tout au long du 20ème
siècle. Je pense
notamment à Emile Durkheim,
précurseur de l’établissement
scientifique de la sociologie en
France. Quant à la constitution
et à la reconnaissance
universitaire de la sociologie,
tout étudiant est d’une certaine
façon redevable à Raymond Aron,
annonciateur en la matière,
créateur de la licence de
sociologie. Toutefois ce
dernier, par extension la
discipline, semble avoir profité
de la conjoncture – les Etats
modernes, après-guerre, ayant
rencontré quelques besoins
sociologiques pour se relever.
Antichambre de la division
sociale du travail, l’université
instruit aussi les modes de la
première. La vogue était en 1958
à l’heure sociologique. Durant
la seconde moitié du 20ème
siècle, la sociologie ne
s’est réduite à n’être
qu’instrument d’Etat : les
critiques de la sociologie ont
fait entendre leur soupçon. Il
en allait tout autrement au 19ème
siècle où la sociologie,
plus précisément l’enquête
sociale, donnait sa caution à
une société d’ordre de même
qu’aujourd’hui les sociologues,
mutant en experts,
« positivent » cette société
mondialisée du consensus
libéral.
C’est à cet âge
« positif » qu’il me fut donné
d’être un étudiant sérialisé,
jugé approximatif, théoriquement
maigre ; quand bien même la
théorie sociologique est
carencée.
Mais contre toute
attente, je suis encore là. Et
contre toutes attentes sociales,
ayant quelques affinités
critiques avec la raison des
Lumières, j’entends conduire ce
qui, dénué de mobiles
techniciens, m’anime toujours.
Références
bibliographiques
Brohm Jean-Marie,
Sociologie critique et
critique de la sociologie,
Education et sociétés
1/2004 (no
13), pp71-84.
Elias Norbert, La
dynamique de l’occident
(1re éd.
1939), Paris, Pocket, Agora,
1975, 320 pages.
Fossier Arnaud et
Manicki Anthony, Où en est la
critique ?,
Tracés
2/2007 (n° 13), pp5-22.
Lahire Bernard (dir.),
A quoi sert la
sociologie ? Paris, La
Découverte, Textes à l’appui /
laboratoire des sciences
sociales, 2002,193 pages.
Spurk Jan, Quel
avenir pour la sociologie ?,
Paris, PUF, Intervention
Philosophique, 2006, 227 pages.
Van Meter Karl M.
(dir.), La sociologie
(1ère éd.
1992), Paris, Larousse-Bordas,
Textes essentiels, 1997, 831
pages.
Références
« orales
Ferrand Alexis, cours
magistral de
Méthodologie et
épistémologie, Institut de
sociologie et d’anthropologie,
USTL (Lille1), 2003.
Rodriguez Jacques, cours
magistral de Sociologie et
faits sociaux, Institut de
sociologie et d’anthropologie,
USTL (Lille 1), 2003.
Titres
Universitaires
Maîtrise d’Histoire
Grecque : 1971
Agrégation externe
d’Histoire : 1972 (51ème)
Doctorat d’Etat
ès-lettres :
Thèse d’Etat d’ancien
régime, inscrite en 1980
et soutenue le 29 juin
1987 auprès de
l’Université de Paris
VIII, sur le sujet La
Jeune Fille, les
Pouvoirs et la Mort dans
la Société athénienne du
Ve siècle.
Directeur de
Thèse :
Mme
Claude Mossé, Professeur
à Paris VIII. Jury :
Mesdames Nicole Loraux,
Annie Bonnafé, Madeleine
Rébérioux ; Messieurs
Pierre Lévêque
(Président du Jury) et
Pierre Vidal-Naquet.
Mention « Très
Honorable » à
l’unanimité du jury.
Cadre de
la recherche
- membre
principal de Trame
- membre associé du
Centre Louis Gernet
depuis 1981, membre du
Conseil de Laboratoire
de 1998 à 2002.
Livres
1. Le Châtiment des
Amants dans la Grèce
Classique, Paris, de
Boccard, 1990.
2. La Jeune Fille, le
Pouvoir et la Mort dans
l’Athènes Classique,
Paris, De Boccard, 1992.
3. Les Pierres de
l’Offrande, Actes du
colloque de 1998 en
l’honneur de Christoph
W. Clairmont, Zürich,
Akanthus, 2001.
4. La Culture grecque,
Paris, Ellipses, 2002.
5. Les Mondes
Hellénistiques (en
collaboration avec C.
Grandjean), Paris, A.
Colin, 2008.
6. Participation au
Dictionnaire de
l’Antiquité sous la
direction de Jean
Leclant, Paris, PUF,
2005.
7. Actes du
colloque :
Rituels et
transgressions de
l’antiquité à nos jours
(en collaboration avec
Antoine Gailliot),
Amiens, à paraître en
décembre 2008.
8. Participation au
Dictionnaire de
l’Antiquité grecque
sous la direction de
Maurice Sartre, A.
Colin, à paraître fin
2008.
Articles
15. « Le Marbre et
l’écrit dans la
Prière sur l’Acropole
de Renan », La Terre
et l’Ecrit, de la
découverte archéologique
au texte scientifique et
littéraire, études
rassemblées par I. Chol
et R. Perichon,
Montbrison, 2000, pp.
55-64.
16. « Brasidas ou le
fait d’armes comme
source d’héroïsation
dans la Grèce
classique », Kernos,
supplément 10, 2000, pp.
365-375.
17. « Biographie et
Stèle funéraire
attique », dans
Biographie des hommes,
biographie des dieux (sous
la direction de M.-L.
Desclos), Grenoble,
2000, pp. 189-197.
18. « Le Dieu Pan et
l’Effet comique dans le
Dyscolos de
Ménandre », dans Rire
des Dieux, Etudes
rassemblées par
Dominique Bertrand et
Véronique Gély-Ghedira,
PUBP, 2000, pp. 47-53.
19. « De la rareté du
Kalathos sur les
stèles funéraires
attiques de l’époque
classique », in
Technica,
Hommages à Marie-Claire
Amouretti, 2001, pp.
679-692.
20. « L’Empreinte des
valeurs sociales au
miroir des monuments
funéraires attiques du
IVe siècle », Colloque
de Rouen de novembre
1998, organisé par
Françoise Thelamon, sur
Autour des morts
Mémoire et Identité,
2001, p. 347-354.
21. « L’expression du
Temps sur les Stèles
funéraires attiques »,
Mètis XII 1997,
pp. 19-43.
22. « La Stèle de
Dexileôs », dans La
Guerre Imaginée
(sous la direction de
Philippe Buton),
éditions Seli Arslan,
2002, p. 33-44.
23. Présentation du
Dossier « Alexandre le
Grand, Religion et
tradition », publication
des Actes de la journée
organisée à Amiens le 6
mars 2001 (Mètis).
24. « La lyre de
Phyrkias », Pallas
63, 2003 p. 37-42.
25. 3 notices : « le
serment », « le héros »
et « le culte
funéraire », dans le
Dictionnaire de
l’Antiquité sous la
direction de Jean
Leclant, Paris, 2005.
26. « Socrate hors les
Murs dans le Phèdre
de Platon», Hommage à
Nicole Moine et Claire
Prévotat, Reims, 2006.
27. « Ordre et variété
dans la gestuelle des
monuments funéraires
attiques de l’époque
classique »,
L’expression des Corps,
PUR, 2006, p. 110-115.
28. « Entre nature et
culture : l’eugénisme
spartiate », dans The
Contribution of Ancient
Sparta to Political
Thought and Practice,
(N. Birgalias, K.
Buraselis, P.
Cartledge), colloque
international d’Olympie,
25-30 août 2002,
Alexandria Publications,
2007, p. 391-406.
29. « Agalma : la
Représentation divine
chez Hérodote », à
paraître dans l’hommage
à Danièle Aubriot,
publication 2007.
30. « A propos de la
stèle funéraire attique
de Mika, fille
d’Hippoclès,
quelques questions
méthodologiques (Inv.
N°Λ5775) », Pallas
75, 2007, p. 177-187.
31. « Peinture et
sculpture dans l’oeuvre
d’Euripide », dans
Voyages en Antiquité.
Mélanges offerts à
Hélène Guiraud,
Pallas, Presses
Universitaires du
Mirail, 2008, p. 19-29.
32. « Le
lit vide des funérailles
civiques athéniennes »,
colloque Rethymnon,
décembre 2005, à
paraître en 2008.
Encadrement et activités
de recherche :
Direction de thèse :
Michaël Martin : Le
Chamanisme dans le monde
gréco-romain, thèse
soutenue en décembre
2003.
Damien Langlois : Du
héros grec à l’idéal
héroïque d’aujourd’hui
(inscription 2002)
Yoann Le Tallec : Les
Dioscures dans les
mondes grecs
(inscription 2002).
Julien van Imbeck :
Les Guerres grecques,
entre norme et démesure,
inscription 2008
(Amiens)
Membre de jury
-
Soutenance de la thèse
de Florence Gherchanoc,
dirigée par Pauline
Schmitt-Pantel, sous la
présidence de François
Hartog (Paris VII,
1998).
-
Soutenance de la thèse
de Pascale Roth 16
novembre 2001 :
Autour du lit. Usages
féminins. Images et
textes dans le monde
grec classique
(Toulouse, direction de
Mme Hélène Guiraud).
-
Présidence du jury lors
de la soutenance de la
thèse de Valéry Raydon,
24 mai 2003 :
La Richesse chez
Hérodote (Université
de Provence, direction
Pierre Villard).
-
Présidence de la
soutenance de la thèse
de Roxane Marie
Bocquelet Galliez,
l’Enfant en Grèce
ancienne : entre Désir
et Rejet, Lyon II,
23 septembre 2005
(Université Lyon II,
Marie-Thérèse le
Dinahet).
Colloques
-
Organisation du Colloque
Musique et Poésie
les 23 et 24 mai 1997 à
l’Université
Blaise-Pascal (Clermont
II), en collaboration
avec G. Pinault.
-.
Organisation du Colloque
en l’honneur de
Christoph W. Clairmont,
les 9, 10 et 11 décembre
1998, en collaboration
avec Odile Cavalier et
Valérie Deshoulières
(Université
Blaise-Pascal).
-.
Participation à
l’organisation de
l’exposition de la
collection des Vases
d’Auvergne sous la
responsabilité de D.
Frere (1999) (Université
Blaise-Pascal).
-.
Journée de DEA 7 mars
2001 (Amiens) :
Alexandre le Grand,
Religion et Tradition,
journée publiée par la
revue Mètis.
-
«Démocratie, monuments
publics et deuil
privé », Communication
au colloque organisé par
l’Université de Crète :
9 et 10 décembre 2005,
Emotions over Time :
Ancient Pathê- Moderne
Sentiments a Comparative
approach, organisé
par David Konstan et
Anastasia Serghidou.
-
Organisatrice du
colloque international
Espaces et Rituels :
Traditions et
Transgressions de
l’Antiquité à nos jours,
23, 24 et 25 janvier
2008, Université
d’Amiens.
Compte-rendu de
lecture :
1.
Claude Calame,
Choruses of Young Women
in Ancient Greece,
1997, RHR mai
1999.
2. Victor Hanson, Les
Guerres Grecques,
Autrement, 2000,
Historiens et
Géographes, 2001.
3. Pierre Sineux,
Amphiaraos. Guerrier,
devin et guérisseur,
Paris, Les Belles
Lettres, 2007, pour la
REA.
4. Marcel Detienne,
Les dieux d’Orphée,
Paris, Gallimard, 2007
(1989), 234 p, pour la
REA.
5. Christiane
Sourvinou-Inwood,
Hylas, the Nymphs,
Dionysos and Others.
Myth, Ritual, Ethnicity,
Stockholm 2005, pour la
revue Anabases.
6. Lorna Harwick et
Carol Gillespie,
Classics in
Post-Colonial Worlds,
Oxford, Classical
Presences, 2007, 422 p.,
pour la revue
Anabases.
7. Martin M. Winkler
(éd.), Spartacus :
film and history,
Malden, Blackwell
Publishing Ltd, 2007,
267 pages, pour la revue
Anabases.
8. Claudia MOATTI et
Wolfgang KAISER (sous la
direction de), Gens
de passage en
Méditerranée de
l’Antiquité à l’époque
moderne. Procédures de
contrôle et
identification,
Paris, Maisonneuve et
Larousse, 2007, 512
pages, pour la revue
Anabases.
9. Marcel Detienne,
Les dieux d’Orphée,
Paris, Gallimard, 2007
(1989), 234 p, pour la
REA.
10. Isobel HURST,
Victorian Women Writers
and the Classics.
The Feminine of Homer,
11. Oxford University
Press, 2006, 253 pages,
pour la revue
Anabases.
11. Pierre Brulé, La
Grèce d’à côté. Réel et
Imaginaire en miroir en
Grèce antique,
Rennes, PUR, 2007, 542
pages pour la REA.
12. Martin M. Winkler
(ed.), Troy : from
Homer’s Iliad to
Hollywood Epic,
Malden, Blackwell
Publishing Ltd, 2007,
231 pages pour la revue
Anabases.
13. Gabriella Pironti,
Entre Ciel et guerre.
Figures d’Aphrodite en
Grèce ancienne,
Kernos, supplément
18, Liège, 2007, pour la
REA.
14. Dominique Jaillard,
Configurations
d’Hermès, Kernos,
Liège, 2007, pour la
REA.
15. Philippe Borgeaud et
Francesca Prescendi
(éd), Religions
antiques. Une
introduction comparée,
Genève, Labor et Fides,
20008, pour la REA.
16. Marie-Hélène
GARELLI, Danser le
Mythe. La Pantomime et
sa réception dans la
culture antique,
Editions Peeters,
Louvain-Paris-Dudley,
2007, 511 pages, pour
Anabases.
17. Rita FELSKI (edited
by), Rethinking
Tragedy, Baltimore,
The John Hopkins
University Press, 2008,
368 pages, pour
Anabases.
18. Barbara GOFF et
Michael SIMPSON,
Crossroads in The Black
Aegean, Oedipus,
Antigone, and Dramas of
the African Diaspora,
Oxford, 2007, 401 pages,
pour Anabases.
Conférences :
1. « Ménandre et la
société athénienne du
IVe siècle » (Université
d’Avignon), mai 1997.
2. « La personne et le
politique dans les
stèles funéraires
attiques » (EHESS), mars
1997.
3. « Les stèles
funéraires » :
présentation au
Laboratoire
d’Anthropologie
religieuse de Clermont
(CNRS), 27 janvier 1998.
4. « Dexiléôs : une
biographie
d’exception »,
conférence dans le cadre
du DEA de Grenoble
(PARSA), 24 mars 1998.
5. « Les Héros athéniens
et la liberté »,
conférence à l’Institut
d’Etudes Politiques, 15
février 1999.
6. « Le Citoyen athénien
au Ve siècle : ses
devoirs, ses droits »,
Participation aux
journées sur la
citoyenneté organisées
les 9 et 10 mars 1999 à
Reims par l’APHG.
7. « La Représentation
de la Jeunesse sur les
Stèles funéraires
attique », conférence
donnée à Nancy le 21
janvier 2000 dans le
cadre du DEA.
8. « Les Guerriers sur
les stèles funéraires
attiques du IVe
siècle », conférence
donnée à Lyon III dans
le cadre du DEA, le 8
mars 2000.
9. « La Représentation
des femmes sur les
stèles funéraires
attique de l’époque
classique », conférence
à Toulouse le 8 avril
2000, dans le cadre du
DEA.
10. Semaine de
conférences à Cluj
(Roumanie), 11-16
décembre 2000 (niveau
DEA : La Liberté ou la
Mort dans le monde
grec).
11. Conférence dans le
cadre du séminaire de
François Lissarrague :
« le Kalathos sur
les stèles funéraires
attiques » (14 mars
2001).
12. Conférence :
« L’instrument de
musique sur les
monuments funéraires
attiques de l’époque
classique », DEA
Toulouse, 8 décembre
2001.
13. Conférence sur « la
Musique et les Musiciens
dans la Grèce
classique », Musée
Saint-Raymond, Toulouse,
6 avril 2003.
Fonctions
administratives et
responsabilités
collectives
Participation aux
Institutions
-.
Responsable du
département d’Histoire
(Clermont II),
1994-1998.
-. Responsable du CRCA,
1996-1999.
- Membre du Conseil
d’Administration de
l’Université de Clermont
II, de 1992 à 1996.
- Membre de la
commission de
spécialistes de
l’Université Jules-Verne
d’histoire, de
géographie en tant que
suppléante, de la
commission de
spécialistes de Caen.
- membre du Conseil de
Gestion de la Faculté
d’Histoire Jules-Verne
d’Amiens, depuis 2001.
- responsable du
département d’histoire
Amiens, 2001-2003.
- membre élu du CNU de
2003 à 2007.
Le 6 novembre 2008
signé
Geneviève Hoffmann.
|